INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS ANALYTIQUES
L'analyse chimique des eaux nous donne deux sortes de renseignements :
1° Elle nous fixe sur la composition minérale à peu près complète;
2° D'après la présence et la proportion de certains éléments, elle nous indique son degré de potabhilité.
Nous plaçant exclusivement au point de vue de l'hygiène, nous étudierons les indications que la chimie nous offre pour retrouver les souillures dans les eaux d’a'imentation.
De nombreux congrès de chimistes se sont occupés de l’importante question des eaux potables, mais malheureusement aucun n’a pu définir d’une facon claire et précise quels étaient les éléments à doser et indiquer la proportion de ces éléments entre eux, en un mof d'unifier les procédés d'analyses et les formules d'interprétation des résultats. Cela ne saurait surprendre, quand on considère la multiplicité des eaux servant à l'alimentation et dont la composition chimique subira des influences si différentes, suivant la texture des terrains d’où elles proviennent, leur degré de perméabilité et l’influence des courants qu'elles subissent.
Aussi ne peut-on attacher qu'une importance relative aux éléments minéraux, exception faite de ceux qui pourraient fournir à l'eau des propriétés actives ou thérapeutiques et nous ne croyons pas que la composition minérale seule puisse renseigner suffisamment sur la pureté des eaux potab'es. Nous allons étudier rapide-
ment la signification des éléments principaux caractérisés par
Le degré hydrotimétrique et le degré alcalimétrique permettront d'indiquer si une eau peut convenir à certains usages industriels, tels que le blanchissage et la teinture ; leur seule utilité hygiénique consistera à ne pas faire accepter une eau trop calcaire pour une canalisation qui serait rapidement obstruée.
L'azote ammoniacal est le lien entre les phénomènes de destruction et de construction qui se partagent le monde. Sa présence n'aura de signification que suivant son origine et l'examen bactériologique
seul confirmera un diagnostic défavorable. Il arrive en effet que l'Ammoniaque n’est pas toujours un indice de pollution de matières animales ; si elle provient de terrains tourbeux et marécageux, son origine végétale n’est également pas recommandable ; mais on trouve de l'azote ammoniacal d’origine minérale, dans les nappes profonides des puits artésiens, qui ne peut faire rejeter ces eaux.
La présence des nitrites est considérée par tous les chimistes hygiénistes comme une preuve de souillure, les nitrites étant très instables indiqueraient une contamination récente, cependant des études actuelles démontrent que la phase nitrite existe légèremient dans beaucoup d'eaux potables dont la nitrification n’est pas complète ; si de fortes doses de nitrites caractérisent une pollution cerfaine, il n’en est plus de même des petites quantités et, sans vouloir réhabiliter les nitrites, nous en avons trouvé des traces dans près de 2 % d’eau reconnues bactériologiquement assez pures.
Les nitrates représentent la dernière phase de l'oxydation des matières azotées dans le sol avec le concours des germes nitrifiants ou d’autres agents naturels. L'interprétation de la présence des nitrates dans une eau est difficile à donner. Des doses considérables de nitrates font rejeter une eau et cependant cette manifestation d'une oxydation complète devrait indiquer sa pureté et l’on doit se méfier de celles qui n’en contiennent que des traces, ce serait souvent une preuve d'oxydation peu active et incomplète ou d’une contamination récente. Quelquefois, les nitrates proviennent des terrains traversés ou de l'atmosphère, et ne sont pas nuisibles ; mais il n’en est pas de même de ceux produits par l'oxydation ide la matière organique animale, ils sont d'autant plus dangereux qu’ils communiquent à l’eau un goût piquant qui est pris pour de la fraîcheur, et il arrive que dans certains villages, l’eau de puits très contaminée est préférée à celle de sources ayant une eau pure.
Les chlorures à dose élevée sont considérés comme un indice certain de pollution animale ; cependant, exception faite pour les eaux voisines de la mer, certains terrains sont imprégnés de chlorures naturels. Quelques auteurs, comme M. le professeur GARRIGOU, affirment que le dosage du chlore ne signifie rien, nous n’admettons pas une opinion aussi catégorique ; mais de nombreuses analyses nous ont permis de nous rendre compte que, sans fixer de limites générales à la présence du chlore, on ne peut condamner une eau que si sa teneur est supérieure à la moyenne normale des eaux de la région et si les autres éléments particulièrement les matières organiques indiquent une souillure animale ou la filtration défectueuse des terrains traversés.
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La présence de quantités assez fortes de chlorure de sodium ne donne pas une saveur désagréable à l’eau et n'offre pas d’inconvénients pour la santé, si le chlorure a une origine naturelle.
Les matières organiques des eaux proviennent de la décomposition des éléments organiques du sol, mais leur nature n’est pas entièrement connue.
Les matières organiques d’origine animale, dosées en milieu alcalin sont celles qui indiquent une contamination dangereuse, néanmoins les eaux chargées de matières organiques d’origine végétale ou banale (humus, tourbe), ne sont pas recommandables, car elles constituent pour les bactéries un milieu favorable et forment dans les conduites des dépôts qui peuvent devenir d'actifs foyers de culture.
Le Comité consultatif d'hygiène classe ainsi les eaux d’après leur teneur en matières organiques, évaluées en milligr. d'Oxygène consommé : Eau très pure moins de 1 milligr. ; eau potable, moins de 2 milligr. ; eau suspecte de 3 à 4 milligr. ; eau mauvaise, plus de 4 milligr.
Cependant POUCHET et BONJEAN dans un certain nombre de cas, où le chiffre de la matière organique ne dépassait pas 1 milligr. en solution alcaline ont isolé des germes dangereux ou de provenance suspecte. Les matières organiques d'origine végétale ne semblent pas avoir d'influence appréciable sur la santé, nous avons rencontré des villages qui sont alimentés par des sources dont l’eau est chargée d'humus en assez forte quantité pour être colorée en jaune, ces eaux ne paraissaient pas être nuisibles.
Aussi croyons-nous qu'on ne peut être trop catégorique dans cette appréciation sans avoir contrôlé l'analyse chimique par l'examen bactériologique.
Ainsi que nous venons dé le voir, l’analyse chimique donne des renseignements utiles, néanmoins chaque élément pris en particulier ne peut fournir une indication suffisante pour un diagnostic ; Îla proportion des divers éléments entre eux et leur quantité, pourront faire juger une eau mauvaise ; mais ils ne permettront pas d'en indiquer la pureté. |
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