LES POMPES DU GRAND-MOULIN. — RECEPTION DES TRAVAUX
pour laquelle quantité on estoit convenu de luy donner vingt mil liures, qu'on auoit faict un autre traité auec le s'' De Mance soubs le nom de Fondrinier pour l'Eléuation de cinquante poulces d'eau dans le grand moulin du d' pont moyennant cinquante milliures, que cette convention estoit d'autant plus aduantagcuse que l'on ne debuoit luy donner aucune chose que lors que l'on auroit veu l'effect et la certitude de sa machine.
Sur quoy ouy le Procureur du Roy et de la Ville, en ses conclusions, la malièi-e mise en délibération, a esté arresté que les traités faicls auec les s" De Mance et JoUy seroient exécutés'.
Les pompes du Grand-Moulia furent reçues sur la réquisition de M. de Mance. J'ai sous les yeux le procès-verbal de celte réception faite dans le mois de février 1672 en présence du prévôt des marchands et des écbevins, par « le siem* Blondel, professeur du Royez mathématiques et ingénieur de sa Majesté, Michel Noblet, architecte des bastimenls du Roy, maistre des œuvres de la Ville, Macé Cauchy, maistre des œuvres de charpenterie de lad" Ville, René Grégoire, maistre serrurier à Paris et de lad" Ville et Jean de Lorme, maistre charpentier à Paris ». Je n'entrerai pas dans le détail de cette minutieuse réception ; je me bornerai à citer les passages suivants du procès-verbal.
« Et d'autant que nous aurions trouvé (c'est le Prévôt des marchands qui parle), le mouvement très-inégal, nous aurions enquict led' sieur Blondel et autres experts des moyens de remédier à cette inégalité, lesquels nous auroient dit que pour en trouuer la cause et ensuite y remédier, il estoit nécessaire d'observer longtemps et à diverses reprises ladite machine et qu'ils y donneroient volontiers leurs soins, ce qui nous auroit obligé à demander audit de Manse s'il ne se souniettroit pas de faire faire les ouurages que led' sieur Blondel et experts proposeroient pour donner plus de stabilité à lad^machine
et en régler le mouuement. Iceluy sieur de Manse nous l'auroit promis
Et quant à la quantité de l'eaue, nous aurions trouué que lesd'' poulces n'étant que remplis esgallement, et l'eaue n'excédant point l'ouuerture desd' canelles, toute la quantité d'eaue cslevée par la machine dud' de Manse ne pourroit faire que la quantité de cinquante poulces d'eaue, quelque peu
' Registres de la ville, toI. XLV, fol. 310.
plus, lequel excédant no se trouveroit plus apparcmnicnl lorsque les caucs seroient plus basses ez mois d'aoust, septembre et octobre, ausquels temps suiuant le Irailté faict aucc led' de Manse lesd' eaux doivent estre jaulgées'... »
Le 25 avril de la môme année, une nouvelle visite des pompes du Grand-Moulin fui faite par les experts. Il fut ordonne, « sauf à jauger les dites eaux aux mois d'aousf, seplemlire et octobre », qu'un nouvel à-comple serait délivré à de Mance. 11
avait reçu antérieurement 17,000 livres.
Le nouvel à-coinple qui lui fut accordé s'élevait à 18,055 —
On lui releiiait 4,945 —
Total égal au prix stipulé. . . . 40,000 livres.
Le procès-verbal ajoute :
« Il en sera payé (des 4945 livres), lorsqu'il aura faict les ouuragcs nécessaires pour rendre les mouvements de lad"' machine plus égaux suivant les devis (jui en seront faicts par lesd^ sieurs BlonJcl et Cliquin... et sera en outre ledit sieur de Mance tenu d'entretenir... ladite machine en sy bon élat (ju'elle fasse sans discontinuation l'cslévalion diisdits tin([uante poulces d'eau'... »
Je ne trouve dans les registres aucune pièce relative à la réception de la machine du Petit-Moulin qui, suivant Girard, aurait clé faite en 1671. 11 est certain que cette machine fonclionnait au commencement de 1675, puisque dans la répartition des eaux
' Registres de la ville, vol. XLV, fol. 2'28 cl suiv.
« Ibid , vol. XLVI, fol. 711.
' Girard a commis une grave erreur de date et d'appréciation des travaux. Suivant lui la machine du Grand-Moulin fut reçue en mai 1G70, et il ajoute : « Malgré quelques irrégularités dans son mouvement, on reconnut qu'elle élevait un peu plus de 50 pouces d'iau, tandis que celle du S'Jollvqui ne fui terminée qu'en 1071 en élevait seulement 25 à 50... » (Registies de la ville, vol. XLVII, fol. ô24.) La discussion qui précode étiblit clairement que le travail de la ujacliino de M. de M.ince était Irès-irrégulier, qu'elle élevait bien 50 pouces d'eau, mais dans la saison des grandes eaux, et qu'il convenait de recommencer les jaujeages en août, septembre et octobre.
Girard s'appuie sur une délibéralion du bureau Ijansci lie dans les Uogistres, vol. XLV, fol. 228. J'ai \aineirieut fait chercher cette pièce, et les deux procès-verbaux des mois de février et avril 1 072, dont je donne des extraits, prouvent qu'il n'est pas possible que la réception ait élé faite en 1070.
LES POMPES, ETC. — ACQIjISITIOM DES DEUX MOULINS. 257
faite à celle dale, le procluit des deux machines figure pour 99 pouces 109 lignes.
Celle appréciation du travail des machines était mal justifiée, mais au fond cela n'avait aucun inconvénient, car sur les 99 pouces 109 lignes d'eau, 7 pouces 85 lignes seulement étaient affectés à des concessions particulières ; le surplus était réparti entre un certain nombre de fontaines publiques, richement dotées en ap[)arence, mais qui pouvaient supporter de fortes réductions de débit sans que le public en souffrît beaucoup.
Acquisition des deux moulins du pont Notre-Dame. — 11 fut décidé, dans une assemblée du 30 juin 1673, qu'on achèterait les deux moulins du pont Notre-Dame que jusqu'alors la ville avait pris à bail. On espérait traiter avec la dame Talon, propriétaire du Giand-Moulin, au prix de 28 000 livres, y compris 4000 livres pour diverses charges supportées par celte dame ; les propriétaires du Petit-Moulin eslim.aienl leur immeuble 20000 livres, la ville leur en offrai 114 000.
La proposition du prévôt des marcliands fut approuvée en ces termes :
Sur qiioy la n:alière mise en délil^ération oiiy le Procureur du Roy et de la ville en ses conclusions, a esté aricstéet conclud, d'emprunter à constitulioii de renies, les sommes qu'il conviendra pour faire l'acquisition desdils deux u.oulius au denier vingt-deux ou ving't-(|uatrc, s'il se peut mcsnie de passer contracl de coiislitution au proffit desJ* propriétaires pour leur rcni- Ijour.-cmenl s :r les bi^ns et revenus do ladite ville.
Dans la môme assemblée le prévôt des marcliands fut autorisé h vendre di.\ pouces d'eau de Seine élevée par les machines « pour remplacer une partie du fondz quy auoit eslé employé pour le payement des machines et pompes. »
Le prévôt pensait « que l'on pouuoit disposer de celte quantité d'eau sans diminuer la fourniture des fontaines publiques, que l'on estoit obligé de mellre souvent en descharges'. »
' Picjjislicsdcla \ille, vol. XLVII, fol. 57G et siiiv.