PROJETS DE MACHINES HYDRAULIQUES. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Le 18 janvier 1781, M. Amelol transmettait au prévôt des marcliands, pour avis, une requête du sieur Bourbon de Charancourt, ingénieur, tendant à obtenir du roi rantorisation d'établir, sur les bords de la Seine, dix-buil fontaines d'eau épurée, et même un plus grand nombre s'il était besoin pour le service public.
Chacune dec es fontaines avait treize robinets, dont douze pour les porteurs d'eau à seaux et le treizième pour le service gratuit des pauvres; plusieurs de ces fontaines avaient, en outre, deux robinets pour les porteurs d'eau à tonneau. L'eau était vendue 5 deniers la voie et o sols le muid ; elle était élevée au moyen de pompes établies dans des bateaux'.
Le sieur de Charancourt ne donnait pas la description de ses procédés de llllrage. Le prévôt des marchands, en faisant connaître au bureau la requête qui lui était transmise par le ministre, signalait tous les inconvénients du projet. Jamais établissements de ce genre n'avaient été autorisés qu'à la suite d'un examen de la Faculté de médecine. Les bateaux nécessaires pour faire fonctionner les dix-huit fontaines étaient si nombreux qu'ils auraient présenté un obstacle sérieux à la navigation et qu'on n'aurait su où les garer pendant les glaces. Les dix-huit fontaines, avec leurs réservoirs et les porteurs d'eau qui les fréquenteraient, seraient très-encombrantes, d'autant plus que l'impétrant voulait en faire de vrais monuments publics. Plusieurs des rues désignées pour l'établissement de ces fontaines étaient trop étroites pour les recevoir.
Le bureau concluait de là que le projet du sieur de Charancourt présentait « beaucoup d'embarras sur la rivière, sur les ports et quais et dans les rues, sans aucun avantage réel qui put compenser ces inconvénients. »
tnige de l'eau au milieu du dix-huitième siècle ; je ne crois pas qu'avec le sable seul, ou avec les éponges placées au-dussous du sable, il soit possible de filtrer l'eau de Seine en toute saison , sans un bassin de dépôt.
* La voie d'eau était alors de 29 litres et le muid de 258 litres. Le sol valait -S centimes, et le denier Jj de sol, 0', 00417; Teau était donc vendue 0','i3 ou 0',63 le mètre cube, suivant qu'elle était livrée à la voie ou au muid.
Par ces consirléralions, le bureau estimait, sous le bon plaisir de Sa Majesté, qu'il n'y avait pas lieu d'accorder au sieur do Charancourl l'objet de sa demande '.
Le sieur de Cliarancourt revint à la charge et présenta une fiouvelle requête que le même ministre, M. Amelot, transnàl au prévôt des marchands le 26 décembre 1781, en lui faisant remarquer que l'essai du procédé de fdtrage avait été trouvé bon. M. de Charancourt reproduisait la demande analysée ci-dessus et demandait, pendant trente ans, le privilège de vendre de l'eau filtrée à Paris. Le bureau fut d'avis de réduire à trois le nombre des bateaux destinés à élever l'eau, el à six le nombre des fontaines fdtrantes; la délibération se termine ainsi : «Nous pensons que la défense proposée (le privilège exclusif de vendre de l'eau filtrée) ne doit donner d'exclusion qu'à ceux qui, pour parvenir à la dépuration de l'eau, voudraient employer la même machine et le même procédé '. »
Un arrêt du conseil d'Etat conforme à la délibération qui précède, mais réduisant à quinze ans la durée du privilège, fut rendu le 18 mai 1782. Le bureau de la ville fut d'avis qu'il pouvait être enregistré'. 11 ne paraît pas que le procédé de M. de Charancourt ait été mis en pratique.
Pourquoi ces systèmes d'épuration d'eau, qui avaient tant de chances de succès, ont-ils tous échoué au dix-huitième siècle? Cela est difficile à comprendre aujourd'hui. Je suis convaincu que les procédés proposés réussissaient dans une expérience de laboratoire, mais qu'ils étaient d'une application difficile dès qu'on les employait en grand. Je ne puis rien dire de l'invention de M. de Charancourt qui n'est pas connue. Mais le filtre des sieurs de Montbruet et Ferrand est complètement décrit, et je viens de dire pourquoi ils avaient échoué dans l'essai en grand :
' Registres de la ville, vol. Cil, II. 4873, fol. 153.
« Ibid. Fol. 407. Délibrialion du 26 déceiidire 1781.
= Délibération du 18 juin 1782. Registres de la ville, vol. Cil, II. 1879, fol. 1*8.