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PROJET DE DÉRIVAÏIOX DE L'YVETTE

Le canal d'Yvette était découvert sur 29 SlO^jST et couvert ou en souterrain sur 4 309", 52.

Celui de Bièvre était entièrement découvert.

La section adoptée avait!", 46 de largeur moyenne et 1"',62 de hauteur ; après la réunion de la Bièvre la largeur était augmentée de0"\52. La dérivation avait une pente uniforme de 15 pouces par 1000 toises (0"',208 par kilomètre). La dépense totale était évaluée à 7 826209 livres.

L'eau arrivait à Paris h l'altitude 64", 65 environ, derrière l'Observatoire. Comme TYvette ne fournissait, cubasses eaux, que 10 000 mètres cubes d'eau en 24 heures, on n'arrivait cà un produit de 19195 mètres cubes qu'en y réunissant l'eau des ruisseaux et du réservoir dont il est question ci -dessus.

Le projet de de Parcieux, Perronet et Chézy, fut accueilli avec une grande faveur ; toutefois la situation des finances de la ville de Paris ne lui permettait pas de se charger d'un travail qui l'entraînait dans une dépense de près de huit millions ; on dut donc ajourner cette grande entreprise' ; mais elle ne fut pas oubliée : à chaque proposition faite à la Ville, on examinait si elle n'était pas de nature à compromettre la dérivation de l'Yvette. Nous avons déjà vu qu'entre autres motifs qui firent repousser un projet du sieur Deforge, on faisait valoir « qu'il serait un obstacle à celui de l'Yvette ».

Dans une délibération du bureau, en date du 25 octobre 1776, sur la proposition d'établissement de machines à vapeur faite concurremment par le chevalier d'Auxiron et MM. Périer frères, et

très pour le terr.iin, qui correspondrait à peu près à celle de 72 mètres pour le fond du ruisseau. Celle exactitude du nivellement de Perronet n'a rien qui doive surprendre ; tout le monde sait avec quel soin ses projets étaient étudiés.

La prise d'oau de la Bièvre avait lieu à Pelit-Bièvre; la conduite se développait sur la rive droite, traversait le parc de Vilgenis et se soudait à la dérivation de l'Yvette, presque en face du village de Massy.

22"2 bornes en grès, places par les soins de M. Trudaine, indiquaient les principaux points du tracé et servaient de repère au radier de l'nqueduc; il parait que plusieurs de ces Ijornes existent encore ; il serait facile de les reconnaître à la flem- de lys dont elles sont marquées.

" Le projet de Perronel etdeChezy est déposé à la bibliothèque de l'Institut. C'est un modèle de précision et d'exactitude.

sur un projet du sieur Capron, on lit de longs développements sur les avantages du projet de l'Yvette, et en somme le eonseil donna la i)réréience au projet de Mil. Périer, parce (ju'ils ne demandaient (pi'une concession de 15 années et qu'ils admettaient que leur projet serait adopté « sous la réserve expresse de celui de M. de Parcieux ».

Modification du projet de V Yvette par M. de Fer de la Nouerre. — M. de Fer de la Nouerre, ancien capitaine d'artillerie, lut à l'Académie de sciences, en 1782, un mémoire dans lequel il proposait d'exécuter le projet de l'Yvette, en sup])rimant le chenal maçonné et en faisant couler l'eau dans un canal en terre.

Le 12 février 1786, M. le baron de Breteuil envoya au prévôt des marchaiids une requête de M. de Fer, qui demandait à être autorisé à construire la partie du canal qui dérivait la Bièvre, pour conduire provisoirement à Paris 500 pouces d'eau, offrant de verser, entre les mains du trésorier delà Ville, une soninie de 250000 livres qu'il jugeait suflisante pour exécuter ce travail.. '

11 témoignait, en outre, le désir d'être autorisé à jalonner le tracé depuis Amblainvilliers jusqu'à Arcueil. M. de Breleuil recommandait ce projet à l'attention do prévôt dos marchands.

Celte ouverture fut accueillie très-froidement par le bureau, et, le 16 février 1786, le Prévôt des marchands répondait à M. de Breleuil que l'économie et la réduction de dépense qu'offrait le nouveau projet, coni[taré avec celui de MM. de Parcieux et Perronet, tenait surtout à ce que M. de Fer se proposait de conduire l'eau dans un canal en terre, à l'exemple de celui de ISew- River près de Londres; que cet article seul donnait une différence de dépense de 4228000 livres. D'après le rapport des chimistes et de la Faculté de médecine, on avait la certitude que l'eau de l'Yvette perdrait son goût de marais dans un canal de 7 lieues construit en grès et pierres meulières, et après avoir coulé à l'air libre pendant deux jours et avoir été filtrée « par plusieurs encaissemcnls de cailloulage prali(piés dans le canal....

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que, de celle manière, ces eaux ne seraient poinl infectées par la pourriture des plantes el des feuilles qu'elles reçoivent dans leur lit actuel ». M. de Fer ne pouvait, sans compromettre le sncccs de l'entreprise, c'est-à-dire la salubrité et la pureté de l'eau, « dénaturer » le projet primitif. Il convenait d'ailleurs de consulter les propriétaires riverains sur les conséquences d'un changement aussi radical; du reste, le bureau reconnaissait que, nonobstant celle diminution de la bonne qualité de l'eau, le projet pouvait être exécuté puisqu'il donnerait un grand voliwie cVeau propre à assainir ht capitale.

M. de Breleuil revint à la charge, et, dans une lettre de mars 1786, il reconnaissait que les observations du Prévôt des marchands étaient très-fondées, mais que néanmouis « le projet serait toujours dans le cas d'être accueilli i\ cause du volume d'eau qu'il procurerait pour les autres usages de la vie civile ». Une troisième lettre du 15 mars du même minisire débutait ainsi : « J'ai eu l'honneur, Monsieur, de parler au roi du projet de l'Yvelle qu'a proposé le S' de Fer. Le roi m'a paru en goûter l'idée el en a même été frappé. En conséquence, je vous serai obligé de vouloir le communiquer au bureau de la Ville et de me faire passer sa délibération, afin que je puisse au premier moment remettre cette affaire sous les yeux du roi en son conseil .» Le ministre ajoutait que la délibération de la Ville ne pouvait porter ni sur les moyens d'exécution, ni sur la qualité de l'eau, M. de Fer ayant communiqué ses « moyens » h l'Académie des sciences qui les avait approuvés. Le bureau devait surtout se préoccuper de la surveillance des moyens financiers el des travaux, surveillance qui pourrait être confiée à des commissaires chargés en même temps de régler les indemnités de terrain.

La délibération fut prise en effet le 20 mars 1786. Les observations tlu procureur du roi et de la Ville y sont transcrites in extenso, ce que je n'ai jamais vu dans aucune autre délibération du bureau ; ce magistrat faisait observer qu'il convenait de laisser à M. de Fer toute la responsabilité de son œuvre; qu'il était donc

inutile de nommer des commissaires chargés de la surveillance : qu'il n'y avait nulle nécessité de faire verser à la caisse de la Ville les 250000 livres, somme que M. de Fer jugeait suffisante pour l'exécution de son projet ; il terminait en proposant au bureau de s'en rapporter à la sagesse du roi. Ces conclusions furent adoptées'.

Un arrêt du conseil d'Etat, en date du o novembre 1787, rendu à la suite de la délibération précédente du bureau de la Ville, jette un très-grand jour sur les propositions de M. de Fer, et fait connaître notamment en quoi consistaient les modifications introduites par lui dans le projet de Perronet, ce qu'aucun auteur n'a indiqué. Le projet avait été renvoyé à des commissaires qui devaient l'examiner dans tous ses détails. 11 résulte de leur rapport un fait capital, c'est qu'après avoir passé de la vallée de lYvelte dans celle de la Bièvre par le col de Palaiseau, M. de Fer ne suivait pas la vallée de la Bièvre dans le sens du cours de celte rivière, comme le faisaient Peironet et Cliézy. En agissant ainsi, ces ingénieurs s'élevaient de plus en plus au-dessus du thalweg; ils étaient obligés de franchir le petit ruisseau de Rungis, à Tourvoye, sur un pont-aqueduc de 017 mètres de longueur, et de 20'", 79 de hauteur, d'exhausser le pont-aquediic d'Arcueil, etc. M. de Fer, au contraire, à partir du col de Palaiseau, dirigeait le tracé du canal de l'Yvette en remontant la vallée delà Bièvre, jusqu'à un l)oint où le tracé se trouvait au niveau de cette rivière qu'on franchissait à Amblainvilliers sur un pont ordinaire. Il n'y avait donc, dans son projet, ni pont-aqueduc analogue à celui de Tourvoye, ni travail important à la traversée de la Bièvre. Le tracé même était })lus court, puisqu'il Amblainvilliers les deux canaux de l'Yvette et de la Bièvre se réunissaient et n'en faisaient plus qu'un seul jusqu'à Paris. Le canal était purement et simplement en terre comme cela a déjà été dit. On comprend donc facilement comment la dépense, déjà réduite de 4228000 livres par la suppres-

' Manuscrits des Archives nalionalef, liasse, II. I'J57, pièces 1 19, 120, 121, l'2-2 et 117.

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sion de la cunelle maçounce de Perronet, ait encore été diminuée d'une somme considérable par la suppression des grands ouvrages d'art; c'était une grande amélioration. L'estimation de 250000 livres de M. de Fer ne s'appliquait qu'à la dérivation de la Bièvre, qui devait Ôlre terminée avant d'entreprendre celle de l'\velle et produire 500 pouces d'eau (9 600 mètres cubes). Les commissaires approuvaient cette estimation et évaluaient à 400 000 livres le montant des indemnités de toute nature qui lombaient à la charge de l'entreprise. La largeur du canal était portée à 12 pieds (5™,90), et sa profondeur à 5 pieds (0^97). Les propriétaires de terrains clos de murs pouvaient exiger que le canal fût couvert d'une voùle. La largeur des fi-ancs-bords dans les lieux clos de murs était lixée à 24 pieds (7-,80), celle du canal comprise. Elle pouvait Ôlre portée à 152 pieds (42-,88) dans les terrains non clos de murs. M. de Fer devait verser entre les mains du receveur de la ville de Paris, pour garantie de l'exécution de ses obligations, une somme de 250000 livres en deniers comptants, et en outre 150000 livres en effets d'une valeur solide. Ces sommes seraient rendues au concessionnaire au fur et à mesure que les travaux seraient exécutés et les indemnités soldées.

En résumé, le tracé du canal partait de la vallée de l'Yvette audessous du village de Sainl-Remi, passait sur le territoire de Courcelles, Gif, Palaiseau, AmblainviUiérs, derrières, Antoni , Sceaux et Arcueil , et aboutissait à Paris à peu près dans l'emplacement actuel de la gare du chemin de fer de Sceaux, à 7 pieds (2"',27) au-dessus des eaux d'Ârcueil. Le canal pouvait prendre es 'ruisseaux de l'Yvette, de Tourvoyc, de Coubertin, de Bure, de Goutte-d'Or, de Vauhallan, des Malhurins, de Bièvre, ^de la butte des Godets, de Châteuay, de la fontaine des Moulins'.

Cette autorisation obtenue, M. de Fer créa 4800 actions de 1200 livres chacune, payables par douzième d'année en année;

' Extrait des registres du conseil d'Etat.

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les aclionnaires avaient droit de partage dans le |iioduil de la vente des eaux; le prospectus fixait à 120 millions la valeur de la propriété de ces eaux. On pouvait acquérir à perpétuité une concession d'un niuid d'eau par jour (258 litres) pour la somme de 216 livres.

Le tracé du canal fnt fait en 1788. Le règlement des indemnités domia lieu à quelques dillicultés dont le Parlement évoqua la connaissance par un arrêt du o décembre 1788. Cet arrêt et d'autres qui furent rendus depuis, furent tous cassés par un arrêt du conseil d'Etat du 14 février 1789; le 10 janvier, M. de Fer rendit compte à TAcadémie des sciences de ses projets et de son plan financier; plus tard il fit connaître au public que le produit de la vente des actions était de 461 000 livres, que les dépenses montaient à 250000 livres, qu'il restait par conséquent en caisse 211 000 livres, somme suffisante pour achever les travaux en moins de six semaines.

Au moment où cette entreprise touchait à sa fin, un arrêt du conseil d'Etat du 11 avril 1789, provoqué par les propriétaires riverains et les teinturiers, tanneurs, mégissiers et autres habitants du faubourg Saint-Marceau, suspendit les travaux. Cet arrêt porlait que toutes les pièces de l'affaire seraient réunies «entre les mains du sieur de Crevecœur, maître des requêtes, que Sa Majesté a commis et commet à cet effet, i)Our, après en avoir communiqué aux sieurs de Montyon, de Flesselle, Dupré de Sainl- Maur etde Cypière, conseillers d'Etal que Sa Majesté a pareille^ ment commis, être, au rapport dudil sieur de. Crevecœur, maître des requêtes, en présence et de l'avis desdits sieurs commissaires, statué et ordonné dans le mois ce qu'il appartiendra. »

Ce n'était point un reirait de la concession ; mais la liévolulion, qui commençait alors, fit perdre de vue les travaux et ruina l'entreprise.

Ainsi se termina le projet de de Pareieux, Perronel et Chézy, Doit-on le regretter?. le ne le iieusc pas. J'ai cilé la délibération du bureau de la Ville du 16 féviior 1786, où la question des eaux est

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envisagée à un point de vue entièrement nouveau ; en discutant les modifications faites au projet par M. de Fer, le bureau reconnaît qu'un grand volume d'eau, même de qnalilé inférieure, peut être très-utile pour assainir la capitale. C'est ce à quoi on n'avait jamais songé jusque-là : l'eau conduite à Paris devait avant tout être propre aux usages domestiques et notamment à la boisson. C'est ce qui avait fait accueillir avec une grande faveur le projet de dérivation de l'Yvette : d'après les rapports de l'Académie des sciences, de la Faculté de médecine et des chimistes, l'eau de l'Yvette devait être au moins aussi agréable à boire que celle de la Seine. On reconnaissait cependant qu'elle avait un goût de marais : de Parcieux lui-même ne le niait pas. Mais on était convaincu qu'après un parcours de sept lieues dans un canal maçonné, et une exposition <à l'air libre pendant deux jours, qu'après avoir traversé des amas de graviers que Perronet proposait d'établir dans le canal, l'eau deviendrait parfaitement potable, préférable même à l'eau de Seine. C'était une erreur fondamenlale, et aujourd'hui les faits connus ne laissent aucun doute sur ce point : l'eau d'une grande rivière convient beaucoup mieux pour les usages domestiques que celle des petits cours d'eau, sur lesquels les actions extérieures ont une influence énorme ; la construction d'une usine, d'un abreuvoir, le voisinage d'une grande ferme pourvue d'un nombreux bétail changent complètement la qualité de l'eau du ruisseau et sont sans action sur celle du fleuve; l'eau de l'Yvette et de la Bièvre était peutêtre encore potable du temps de de Parcieux; aujourd'hui, les usines nombreuses établies sur ces deux ruisseaux, notamment les tanneries et les tonneaux de blanchisseuses, ont altéré absolument la qualité de leurs eaux.

Celle du réservoir de quarante arpents proposé par Perronet aurait été encore luoins acceptable et on en a la preuve précisément sur le plateau compris entre l'Yvette et la Bièvre. Louis XIV

' Voyez ci-dessus, page 508, la délibéraliou du bureau.

a réuni les eaux qui s'écoulent à la surface de ce plalcau, clans (le grands étangs (jui alimentent Versailles : c'est ce qu'on appelle les eaux blanches. Ces eaux sont réellement impolablcs '. Lorsqu'on est conduit à prendre l'eau d'une petite vallée, c'est aux sources mêmes qu'il faut s'adresser et on doit les dériver avant qu'elles n'aient vu le jour. Les vallée? de la Bièvre, de l'Orge et de ses aflluenis, la Renarde, la Rimarde et l'Yvette, renferment de nombreuses sources, et dans le voisinage de Paris. C'est là seulement qu'on trouve des eaux de bonne qualité. Lorsqu'en 1854, 55, 56 et 57, j'ai été chargé de laire un projet de dérivalion d'eaux de sources pour Paris, c'est dans ce petit coin du bassin de la Seine que j'ai fait mes premières recherches ; j'ai fait l'étude complète des sources de ces cinq vallées. En ne comptant que celles dont l'eau renferme moins de vingt-quatre centigrammes de sels lerieux par litre, j'arrivais à celte conclusion que toutes ces sources réunies ne donneraient pas plus de 10000 mètres cubes d'eau en vingt-quatre heures. En triplant la longueur du j)rojel de Perronet, on ne conduisait donc à Paris qu'un volume d'eau potable insuliisant.

Cette insuflisance est encore plus évidente si, comme le reconnaissait le bureau dans sa délibération du 16 février 1786, l'eau à dériver devait surtout être appliquée à l'assainissement de la ville, au lavage des rues et des égouts; il aurait été absolument impossible d'opérer ce lavage avec les 27 855 mètres cubes d'eau que la rigole de Perronet devait conduire tous les jours à Paris.

Si donc l'entreprise de M. de Fer avait été menée à bonne fm, elle aurait eu une conséquence désastreuse : le canal de l'Ourcq n'aurait pas été entrepris et la Ville aurait été privée du plus

' Voici ce qu'en clisail, il y a quclijries nniiécs, la romniission d'ingénieurs chargée [lar le minislùre d'État d'étiidiei' la question des eaux do Vrisailh's : « Pendant les clialeurs, les eaux se cnrroin|ient et srraient funestes à la santé des habitants de Veisailles, s"il n'avaient pas d'autre boisson. Cette altération des eaux des étangs tient à ce que, sous rinducncc des rayons solaires, celte eau, peu profonde, s'échaulfe et donne naissance à une végétation très-active de plantes aquatiques, qui, par leurs débris, nourrissent des myriades d'insectes dont les générations rapides meurent et se décomposent dans le cours d'une saison, n

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puissant moyen d'assainissement dont elle dispose aujourd'hui.

Le projet de Perronet devait échouer par une autre raison : il n'est pas possible de priver une banlieue aussi riche et aussi populeuse que celle de Paris de la totalité des eaux, qui, en somme, en font tout l'agrément. C'est ce qui a fait ajourner indéliniment l'exéculion du projet de M. de Fer réduit à la Bièvre et ce qui aurait fait sombrer le projet de l'Yvette.

Ainsi qu'on vient de le dire, les travaux de M. de Fer étaient très-avancés lorsqu'ils furent tout à coup suspendus. Il prétendait même qu'il pouvait les terminer en moins de six semaines.

Il était intéiessant de chercher les traces de ces travaux qui n'ont pu disparaître entièrement. M. l'ingénieur Lalanne, en construisant le chemin de fer de Sceaux, a trouvé des restes du canal en terre vers Bourg-1 a-Reine. Il a découvert, dans la tranchée d'une culée d'un pont du chemin de fer, un aqueduc de forme entièrement circulaire, en maçonnerie d'une grande dureté. Etait-ce l'aqueduc de M. de Fer? C'est ce qu'il est peut-êlre difiicile de démontrer aujourd'hui. J'ai dit ci-dessus qu'en fondant les piles du grand pont-aqueduc de la Vanne <à Arcueil, j'avais découvert un aqueduc qui longeait celui de Marie de Médicis et qui pourrait bien être celui de M. de Fer \ Je ne puis arriver à une démonstration complète, ne connaissant pas les détails du projet de cet ingénieur; j'ai vainement cherché, dans les mémoires de l'Académie des sciences, les notices sur le projet de l'Yvette qu'il a lues en 1782 et le 44 janvier 1789. L'Académie des sciences ne publiait point alors de comptes rendus, mais simplement les mémoires les plus importants qui étaient lus en séance. Les mémoires de M. de Fer n'y ont pas été publiés. Je n'ai pu mettre la main sur un autre opuscule de cet ingénieur, intitulé : Réflexions sur le .profil de l'Yvette, Paris 1786. Je ne connais donc pas le profil d'aqueduc qu'il avait adopté pour la traversée des parcs. L'aqueduc que j'ai découvert à Arcueil est dans

' Voyez la gravure de la page 204.

■ïic LES A^•CIE.N^'l■:s e\u\.

une propriôlé close de murs, c'csl-à-dire cl;ins la condition où M. de Fer élnil tenu de remplacer son caiinl en terre par un a(pieduc voûté lorsque le propriétaire l'exigeait. Cet ouvrage a {"','20 de hauteur sous clef et 0"',70 de largeur ; c'est bien peu pour remplacer un canal de S"", 90 de largeur et de 0'",97 de profondeur. Mais c'était plus que suffisant pour conduire les cinq cents pouces d'eau (9598"" en 24 heures) que M. de Fer devait prendre dans la Bièvre, On trouve en effet que cet aqueduc, rempli jusqu'à O^jSO de liauleur au-dessus du radier et avec la pente de 0"',208 par kilomètre prévue par Perronet, devait débiter 1(5 954 mètres cubes en 24 heures. Il est donc très-possible que .M. de Fer ait, par économie, réduit la section de Faquoduc dans les parties maçonnées et voûtées. Ce qui semble le prouver, c'est que la pente qu'il s'était donnée est un peu plus grande que celle adoptée par Perronet. Sur la longueur de 4925, comprise entre ces restes d'aqueduc voûté que j'ai découverts à Arcueil et la gai'C du chemin de fer de Sceaux, celte augmenlaliou de penle est de 0™,59; c'était peut-être pour compenser la diminulion de section f|ue M. de Fer avait augmenté île 59 centimètres la pente de l'aqueduc.

Fn somme le canal découvert à l'extrémité du ponlsKjueiluc d'Arcueil est voûté comme devait l'être celui de M. de Fer dans les propriétés closes de murs. Il longe le tracé de l'aqueduc d'Arcueil, comme c'était prévu dans les mémoires de de Parcieux. Sa section est suffisante pour débiter 850 pouces d'eau environ, sa penle est à Irès-peu j)rès celle prévue par Perronet et il pouvait arriver à Paris avec celte pente près de la gare du chemin de fer de Sceaux, à 2"", 66 au-de s aS des eaux d'Arcueil, au regard de l'Observatoire. Il semble donc que cet aipicduc est bien celui de M. de Fer.

Je dois dire que cet ouvrage était construit en chaux grasse, car, lorsque nous l'avons découvert, il ne reslait dans les joints que du sable très-fin provenant des carrières voisines de sable de Fontainebleau. La chaux avait totalement disparu, entrauiée

l'iuuirr DK ni;riiVATioN de l.v bikvre. 517

sans doute par les eaux extérieures, car cet aqueduc n'a jamais été en service. Cela n'infirme pas ce qui a été dit ci-dessus: au XVlir siècle on n'avait que des notions très vagues sur ce qui fait qu'une chaux peut être grasse ou hydraulique, et on a pu commettre beaucoup d'erreurs eu employant des chaux grasses dans des ouvrages très-soignés.

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