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LES POMPES A FEU. — LETTRES PATENTES

de M. de Parcieux, et qu'il le feioit à ses risques, périls et fortune, sans pouvoir en aucun cas demander au Gouvernement ni à la Ville aucune indemnité, pas même dans le cas où le Gouvernement jiigeroit à propos de faire exécuter le projet de M. de Parcieux'. »

Cette délibération est un modèle de sagesse et d'esprit de justice. On y voit percer à chaque ligne l'admiration qu'excitait alors le projet de de Parcieux et de Perronet, et la ferme résolution de l'exécuter dès que l'élat des finances de laYille le permettrait. Les autres projets, même celui de MiVI. Périer, étaient considérés comme -des solutions provisoires, comme des entreprises particulières dont la durée devait être très-limitée. Cette réserve faite, le bureau donnait hautement la préférence au seul projet admissible dans les circonstances où l'on se trouvait, cà celui de MM. Périer.

A la suite de la délibération qui précède, MM. Périer obtinrent, le 7 février 1777, des lettres patentes scellées du grand sceau de cire verte et lacs de soie rouge et verte, signées Louis, et plus bas: Par le Roi, Amelot ; visa Hue de Miroménil, Par ces lettres, le roi permettait aux frères Périer, qui sont qualifiés de mécaniciens :

« 1° D'établir et de .faire construire à leurs frais, dans cette ville de Paris, es lieux qui seront par nous jugés convenables, des pompes et machines à feu propres h eslever l'eau de la Seine, et de la conduire dans les dilférenls quartiers de la ville et de ses fauxbourgs, pour être distribuée aux porteurs d'eau dans les rues et dans les maisons, au prix qui sera réglé de gré à gré.

«2° De faire construire, aussi à leurs frais, et aux endroits qui leur seront pareillement par nous indiqués, des foiitaines de distribudon pour faciliter, à un prix modique, ï approvisionnement des petits ménages et des particuliers qui ne jugeront pas à propos d'avoir citez eux des réservoirs.

« 3° De placer, sous le pavé, tous les tuyaux de conduite,

I Délil)i'T3tion du 25 odolire 1770, Registres de h ville, vol. C, 11. 1877, fol. 47 ol suiv.

tiMpes, regards, puisartls, robinets, el défaire en outre toutes les constructions nécessaires pour pcrleclion de rétablissement desd. pompes à feu, pour lequel établissement Sa Majesté a accordé aux sieurs Périer un privilège exclusif pendant 15 années à commencer du jour que les macbines commenceront à courir, aux cbarges, clauses el conditions portées es dites lettres. »

La Cour rendit un arrêt en date du V avril 1778, qui ordonnait qu'avant de procéder à l'enregistrement de ces lettres patentes, elles fussent comnuuiiquées aux prévôt des marcbands et échevins assend)lés avec le procureur du roi et de la ville pour donne]' leur avis.

Le bureau émit l'avis que les lettres patentes du 7 février 1777 pouvaient ètie enregistrées'. Cet enregistie lient eut lieu au Parlement le 16 juillet 1778'.

Les mots soulignés dans le texte de ces lettres patentes font ressortir l'immense progrès que le système des frèi'es Périer réalisait dans la distribution de l'eau. Ils étaient autorisés à conduire l'eau dans les maisons, ce qui permettait de relier les réservoirs privés aux conduites publiques par de courts brancbemenls ; les conduites privées ne iKirlaient donc plus d'un château, d'eau en aussi grand nombre ([u'il y avait de cmicessionnaires. Ainsi disparaissaient en même temps el ce fouillis de pelils conduits qui encombraient le sous-sol des rues, et l'aliénalion à perpétuité des eaux publiques.

Transitoircnienl, on autorisait l'établissement de fontaines publiques, où les petits ménages pouvaient, à des prix modérés, puiser l'eau qui leur était nécessaire. Telle est l'origine des fontaines maicliaudes qui ont joué un si grand rôle dans la distribu lion de l'eau pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, el qui cerlaincmeut ont entravé le développement des concessions jtarlicujières.

M. M. Périer créèrent, sous le nom de Compagnie des eaux de

« DrliluMiilioM ilii 20 nui 1778, Registres (!.■ l;i mII.'. ^..l. C, 11. 1877, fol. 550 H sui\. s Ibulnii. \.il. CI, fcl. 524.

LES POMPES A FEU. — MACHINES DE CHAILLOT. ù-lh

Paris, une sociélé de capitalistes qui fut constituée le 27 août 1778. L'acte de société fixait à 20000 livres leur traitement annuel. Ils étaient nommés administrateurs perpétuels* et avaient la haute direction des travaux; ils touchèrent, en outre, une indemnité de 25 000 livres; le capital social, fixé d'abord provisoirement à 1440000 livres, fut divisé en 1200 actions de 1200 livres chacune. Cinq des principaux actionnaires furent chargés de diriger l'affaire sous le titre d'administrateurs gérants. Il fut enfin stipulé en faveur de MM. Périer, auteurs du projet et propriétaii'es du privilège, une remise de 10 p. 100 sur le montant de toutes les actions qui seraient créées ultérieurement ; celte somme devait leur être remise lorsque les actionnaires auraient touché par les dividendes une somme égale à leur mise de fonds.

MM. Périer mirent immédiatement la main à l'œuvre et construisirent d'abord les pompes à feu de Chaillot, exactement à la place où sont encore les deux grandes machnies qui les ont remplacées.

On se demande pourquoi, d'accord avec la Ville, ils ont choisi cet emplacement, situé à l'aval de Paris, et par conséquent si peu convenable.

J'ai entendu dire par M. Mary, je crois, si ma mémoire est bonne, que l'emplacement de Chaillot avait été choisi parce qu'il était sur le chemin que le roi suivait pour aller à Versailles, ce qui lui permettait de visiter facilement les machines; c'était une tradition du service. Je ne sais si elle doit être admise, et je la rapporte ici sous toute réserve; la seule raison sérieuse me paraît être celle-ci : cet emplacement était très-voisin du coteau de la Seine et à 700 mètres du point où l'on a pu construire les quatre réservoirs qui, jusqu'à ces dernières années, ont reparti l'eau sur la plus grande partie de Paris. MM. Périer avaient l'intention de construire une autre machine à la Gare, en amont de Paiis et de la Salpètrière. Là, ils étaient aussi à peu de

' On ne comprend guère ce titre d'adniinislrateurs perpétuels, le privilège n aviint iiue quinze ans de durée.

dislance des coteaux, leurs réservoirs se seraient trouvés peu éloignés (les pompes, et l'eau, à l'abri des déjections de Paris, aurait été iriéprochable. Mais les machines auraient été à une grande distance du centre populeux de la ville. Celle que MM. Périer devaient y construire était évidemment destinée au service des faubourgs. Les événements n'ont, dureste, pas permis de réaliser ce projet.

Enfin, le troisième établissement de pompes à feu, le plus mauvais de tous, celui du Gros-Caillou, n'était pas sur la route du roi. Mais il était à proximité d'nu riche quartier qui prenait alors un grand développement, le faubourg Saint-Germain.

J'ai vu fonctionner ces machines de 1850 à 1858, et il est difficile de se faire une idée de la puanteur de l'eau qu'elles aspiraient dans la longue traînée de déjections de toute nature et surtout de matières fécales que l'égout des Invalides projetait dans le fleuve.

Lorsqu'il fut décidé que deux des pompes à feu seraient consiruiles à Chaillot, les habitants de la localité adressèrent au bureau de la Ville un mémoire dans lequel ils représentaient « que la prodigieuse quantité de charbon de terre dont la consommation seroit nécessaire pour alimenter continuellement les pompes, occasionneroit, dans la dislance de plus 600 toises, des tourbillons de fumée et de vapeurs sulfureuses, bitumineuses et vitrioliques, capables d'infester les voisins, et de gâter leurs denrées, meubles et effets, et de nuire à leur santé, ainsi qu'on l'éprouve en Angleterre et que l'assurent les gens de l'art, w

Ce mémoire fut transmis à la Faculté de médecine, qui le fil examiner par une commission. Les commissaires trouvèrent sans peine des exemples qui devaient rassurer complètement les habitants de Chaillot. A la verrerie de Sèvres, on biùlait beaucoup plus de charbon de terre qu'on n'en consonunerait à la pompe à feu ; la situation forçait la fumée à se porter presque en entier sur le château de Bellevuo; « ce|)endant on étoit encore à observer que

LES l'OMl'ES A FEU. — OPPOSITION DES ll.VBITAMS DE CllAlLLOT. 527

celte fumée eût incommodé' les augustes princesses qui habiloient celle maison royale. »

Les habilants du pays de Hainant, de Liège, cl ceux d'une grande parlie de la Flandre ne se chauffaienl qu'avec du charbon de lerre el n'élaienl point sujets à la maladie des Anglais ; c'était donc mal h propos que les habitants de Chaillot attribuaient la consomption aux vapeurs de ce chauffage.

Cet avis si sage et si fortement molivé de la Faculté de médecine mit fin à l'incident, cl la réclamation des habitants de Chaillot n'eut pas de suite'.

MM. Périer, dans le but de simplifier la marche des affaires, présentèrent au roi une requête dans laquelle ils demandaient que toutes les contestations, relatives à l'exécution des lettres patentes du 7 février 1777, fussent portées devant le lieutenant général de police, et non au bureau des finances. On évitait ainsi de longues formalités. Cette requête fut transmise au bureau de la Ville par M. Amelot'.

Le bureau de la Ville, dans une délibération longuement motivée, fit observer qu'un arièl du 6 octobre 1778 chargeait en effet le bureau des linances des affaires contenlicuscs de la Compagnie; mais que cet arrêt violait les droits des juges du Chàtelet, du lieutenant de police el du bureau de la Vdie : que le roi ne pouvait se dispenser d'ordonner que ledit arrêt fût considéré comme nul et non avenu; que les affaires louchant à la propriété continueraient à être portées devant les juges du Chàtelet; que celles de police, telles que les plaintes sur la corruption de l'air, la mauvaise qualité des eaux et leur dislribulion journalière par les porteurs d'eau seraient du ressort de M. le lieutenant général de police ; et enfin, que les conleslalions couccrnant la pose des tuyaux el autres ouvrages dépendant de la voie publique seraient jugées, sauf ap[)el au Parlement, par les

' Rapport (lu 12 avril 177û. Registres île la ville, vol. Cl, 11. 187N, fol. 157.

* Lettre du U murs 1780. Registres de la ville, voL CI, U. 1878, fol. 324, verso.

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piévôt (les inarclianJs el éclievins de la Ville'. La solution de celle affaire fui favorable à MM. Pcrior.

En 1781, les macliines de Chaillolel une partie de la canalisation claicnl terminées. La Compagnie exposa ses projets dans un [irospectus très-remarquable qui est devenu fort rare; il n'a jamais été analysé, et je crois devoir le reproduire en entier, parce que c'est la seule pièce qui fasse connaître d'une manière nette les projets de la Compagnie'.

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