FUMALNES ANTÉRIEURES AU QUATORZIÈME SIÈCLE
devis remoulant à 1627 lui donnent le nom de fontaine de l'Apport Baudoyer; il n'est pas permis de changer ce nom. D'après ce devis elle devait être reconstruite à son ancien emplacement, derrière la Barrière des Sergents.
C'est en 1675 que je trouve la modification du nom de cetle fontaine : elle est ainsi désignée dans le partage des eaux du 2 juin de cette année : « Fontaine Saint-Gervais ou porte Baudoyer. » Elle était située au carrefour des rues Saint-Antoine et de la Tisseranderie, sur une petite place en face Saint-Gervais, près de la rue de Barres.
Les fontaines Maubuée, de Sainte-Avoie, de Saint-Julien des Ménétriers et de l'Apport Baudoyer, étaient alimentées en eau do Belleville.
Fontaine Barre-du-Bec. — La fontaine de la rue Baire-du-Bec paraît aussi fort ancienne. Cet édifice ayant. été démoli, un arrêt de la cour du 5 septembre 1602, confirmé par un autre arrêté du 2 juillet 1603, en ordonna le rétablissement aux frais delà Aille'. D'un autre côté, il n'est nulle part fait mention de son origine dans les délibérations du bureau remontant au seizième siècle, quoiqu'il y soit souvent question de cette fontaine; elle existait donc au quinzième siècle'.
Nous n'avons pas de notions aussi précises sur les fontaines du Ponceau', de la Reine, de la Trinité et des Cinq-Diamants, qui étaient alimentées par l'aqueduç du Pré Saint-Gervais ; les re gistres de la Ville ne parlent pas de l'origine de ces fontaines, ce
1 Registres de la ville, H. 1793, vol. XVI, fol. 177.
- La rue Barre-du-Bec fait aujourd'hui partie de la rue du Temple, entre les rues Croix-de-' la-Bretonnerie et de la Verrerie. La fontaine, aujourd'hui détruite, était du côté des numéros pairs, plus près de la rue de la Verrerie.
^ Fontaine du Ponceau, rue Saint-Denis, à l'angle de la rue du Ponceau (détruite). Fontaine de la Reine, rue Greueta, près de l'angle de la rue Saint-Denis. Fontaine de la Trinité, jeutètre dans le cimetière du couvent de la T rinilé, rue Grenela ? Fontaine des Cinq-Diamants. La rue des Cinq-Diamants faisait suite à la rue Quincduipoix entre les rues Aubry-le-Bouchcr et des Louihards. La place de la fonlaiue n'est pas indiquée sur le plan de Gomhoust.
qui porte à croire qu'elles sont plus anciennes que ces registres, qui remontent à l'année 1499 (règne de Louis XII).
D'après ce qui précède, il y avait à Paris, vers la fin du quinzième siècle, douze fontaines publiques. Six de ces fontaines existaient en 1580 : ce sont celles de la Halle, des Innocents, Maubuée, Saint-Julien, Sainte-Avoie, et de Saint-Lcu ; les six autres, celles de l'Apport Baudoycr, de la rue Barre-du-Bec, du Ponceau, de la Reine, de la Trinité et des Cinq-Diamants sont certainement antérieures à la fin du quinzième siècle. En y ajoutant les cinq fontaines du Pré Saint-Gervais', de Saint-Lazare, des Filles-Dieu, de Saint-Martin et du Temple, situées extranmros, on trouve que les trois aqueducs du Pré Saint-Gervais, de Belleville et de Saint-Martin alimentaient alors dix-sept fontaines.
Je dois faire remarquer que les douze fontaines renfermées dans les murs de la ville étaient toutes comprises entre la Halle et la rue \'ieillc-du-Temple, principalement aux abords des rues Sainl-Denis et Saint-Martin, ce qui semble indiquer que c'était la seule partie habitée de la ville, comme je l'ai dit ailleurs ; le reste de la surface comprise dans l'enceinte de Charles V était occupé par des terres arables et des maisons de campagne.
Concessions d'eau.
Les prises d'eau, antérieures au seizième siècle, que nous connaissons, celles du prieuré de Saint-Lazare et des Filles-Dieu, étaient réglées par ce qu'on appelait alors un échanlillon, attaché au titre même de la concession. On a vu ci-dessus que l'échantillon du prieuré de Saint-Lazare était un anneau de cuivre ou d'argent attaché par un fil ou lacet de soie à l'arrêt du 4 juillet
* Fontaine du Pré Sainl-Cervais, sur h yhcc puhlique ilu villngc. Fontaine de Saint-Latare (délruile), à l'cniplacoinont aclui.1 du boulevard de Strasbourg et de la rue du Faubourg- Saiiil-Deuis. Fontaine des Filles-Dieu (delruite), à la perle du nionaslère, rue Saint-Denis. Fontaine de Saint-Maiiin, à l'angle des rues Saint-Martin et du Vert-Bois. Fontaine du Temple, rue du Temple, côte des numéros pairs, près des restes de l'ancien mon a : i
COiNCESSlONS. MODE DE PRISE D'EAU. 465
1364', qui réglait la concession ; nous savons aussi que l'échantillon d'eau des Filles-Dieu tenait à leur titre. Il est probable qu'au seizième siècle les échantillons des établissements religieux et des personnages importants étaient aussi des anneaux attachés aux titres, car leurs diamètres ne sont pas indiqués dans les délibérations du bureau ; telles étaient les concessions de la duchesse de Valentinois pour son hôtel Barbette; du couvent de l'Ave-Maria ; du sieur Almaras, rue des Francs-Bourgeois ; du président Malon, rue A^ieille-du-Temple : de demoiselle de Varade, au Pré-Saint- Gervais, et de beaucoup d'autres.
Les orifices de prise d'eau des concessions ordinaires étaient fort mal déterminés : jusqu'en 1576, ils étaient de la grosseur iTuii pois, d'un grain de vesce, d'un ferr et d'aiguillette, mesures grossières justifiées par l'ignorance systématique des plus grands personnages de l'époque.
On croyait que le volume d'eau débité par une ouverture d'un diamètre déterminé, pratiquée dans la paroi d'une conduite, était invariable, quelle que fût la charge à laquelle l'eau de cette conduite était soumise. On perçait donc un trou de Vécliantillon accordé, sans s'occuper de cette charge. On a vu ci-dessus les conditions imposées à Tévêque de Castres pour la prise d'eau qui lui fut accordée en 1528, à la demande de François I" ' ; cette formule fut appliquée jusqu'en 1560, ou plutôt jusqu'en 1557, date de la dernière concession accordée avant les lettres patentes de 1554 de Henri IL Voici le texte d'un brevet délivré le 10 août 1557 : « permettons de prendre aud' gros Ihuau des fontaines de la croix du tirouer... près le pillory ung fil d'eau de la grosseur d'un pois pour faire aller et fluer au dedans de lad'^ maison. . . cl toujours ». Au commencement du dix-septième siècle, la formule est un peu moins simple; voici, par exemple, celle de la prise d'eau des Filles-Dieu en 1605 : a Le gros thuiau des-
Voy. p. 109 et 110.
Voy. paye 103.
dites fontaines publiques sera percé à l'endroit et viz-à-viz ledict monastère et sur icelui sera assiz et posé ung petit thiau qui ira respondre dedans iceluy monastère pour y faire fluer ladicle eaue de la grosseur de l'échantillon attaché auxdictes lettres de nos prédécesseurs, ci-devant datlées, pour jouyr par icelles religieuses de ladicte eaue modérément pour l'usaige de leur maison sans en faire aulcun dégast, à la charge de restrinction de ladicte eaue en temps de grandes sécheresses et nécessité pour en servir le publicq ; et à ceste fin la clef du regard qui donnera l'eaue auxdictes religieuses demeurera par devers nous ou de nos officiers \ »
Avec un correcfif bien simple on était sur la voie d'une excellente solution : au lieu de fixer la grosseur de l'ouverture, il fallait indiquer le volume d'eau concédé, placer un robinet à la jonction du tuyau du concessionnaire et de la conduite publique et percer l'œil de ce robinet par tâtonnement, de manière à donner au concessionnaire le volume d'eau qui lui était accordé. Au lieu de cela, comme ou ne tenait pas compte de la pression de l'eau dans la conduite publique, ou donnait un volume d'eau généralement beaucoup plus grand que celui qu'on voulait concéder et, dans tous les cas, absolument indéterminé.
Lorsque la concession était accordée à un grand personnage, la ville prenait la prise d'eau à sa charge : voici, par exemple, comment se termine l'ordonnance du 16 décembre 1537 qui accorde une concession à M. de la Rochepot, gouverneur de Paris : « et le tout sera faict par le fontainier de lad" ville aux dépens d'ycelle sans que led' gouverneur y laisse aucun fraiz'. » Lorsqu'il s'agissait d'une personne moins distinguée, la prise d'eau était faite « à ses fraiz et dépens. »
Vers la fin du seizième siècle, le diamètre des orifices pratiqués dans les conduites publiques fut réglé en lignes ; ou rem-
' Registres de la ville, vol. XVI, fol. 033.
- Registres de la vill.:, U. Vlld, vol. II, fol. 510.
CO.NCESSIONS. LES FILLES-DIliU. 4G7
plaça la prise d'eau de la grosseur d'un pois par une ouverture de deux lignes et demie de diamètre. Aux concessions delà grosseur d'un grain de vesce et d'un ferret d'aiguillette on subslilua des ouvertures plus petites, probablement d'une ligne et demie ou de deux lignes. Plus tard on remplaça le diamètre par une superficie égale à son diamètre; ainsi au lieu d'»»e ouverture de trois lignes de diamètre, on écrivit une ouverture de neuf lignes en superficie. On connaissait alors la valeur du pouce fontainier et chaque ligne en superficie, débitait jf^ de pouce. On trouvera les preuves de ce que j'avance dans la discussion suivante des titres de la concession accordée aux Filles-Uieu, par le roi saint Louis, fondateur de leur couvent.
Concession des Filles-Dieu. — ■ Cette concession, la plus ancienne de toutes, doit être l'objet d'un examen tout particulier : nous trouvons dans les délibérations du bureau, non-seulement les preuves de sa haute antiquité, mais encore l'indication des divers systèmes de prise d'eau qui ont été successivement en usage avant l'établissement des châteaux d'eau. Ce couvent était situé rue Saint-Denis du côté des numéros impairs, à peu près à mi-chemin entre les rues du Caire et des Filles-Dieu.
Je trouve une première mention de cette concession dans une lettre de la reine Catherine de Médicis en date du 15 août 1554, au dos de laquelle est écrit : « à nos très-chers et bien amés les preuost des marchans et escheuins de la ville de Paris. »
Le 14 mai de cette année, le roi Henri II avait supprimé toutes les concessions particulières, comme il sera dit ci-après. La reine Catherine intervint près du bureau de la Yille en faveur « de ses chères et bien amées religieuses. Seroit, dit-elle, les priuer d'une grande commodité dont elles joysseut par preuillége des roys uos prédécesseurs depuys le temps du roy Saint Loys ' »
» Koijislres de la ville, vol. VI, loi. UU.
Les concessions d'eau ayant de nouveau été supprimées vers la fin du seizième siècle, une délibération du bureau du 8 juin 1605, en ordonnant le rétablissement de la fontaine des Filles-Dieu, fait connaître la date de leurs titres. « Veu la requesle
a nous faicte parles prieurs et religieuses du couuanl des
Filles-Dieu contenant que le feu roy Sainct-Loys les ayant fondées, leur donna dès lors pour leur usaige et nécessité un droit
d'eau tirée des fontaines publiques» et « requérant qu'il
nous pleust ordonner que leur dite fontaine sera refaicte — qu'il sera tiré du gros thuiau desdictes fontaines publiques de l'eau
de la grosseur et escbantillon attaché à leurs lettres
« Veu le vidimus des lettres dudicl feu roy Sainct-Loys daltées de l'an mil deulx cens soixante et citui pour la concession de ladite fontaine, autres lettres patientes du roy Charles huitième données et cnuoyes le vingt et huictiesme febuvrier mil (pialre cens quatre vingts-quinze portant confirmation deladicte concession les lettres pattentes du roy Hemy second données à Yillers-Cotterels le dix-neuf septembre mille cinq cens cin-
(juante quatre adressantes a nos dits prédécesseurs Nous,
sur ce oy le procureur du roy et de la Ville \. . etc. »
Ainsi cette concession d'eau fut accordée aux Filles-Dieu en 1265 par saint Louis, et fut confirmée })ar lettres i)alentesdes rois Charles VllI et Henri II du 28 février 1495 et du 10 septembre 1554. En 1225, la Ville ne possédait d'autre conduite d'eau (pie celle de la rue Saint-Denis, et le roi saint Louis, pour alimenter celle concession, avait dû autoriser les religieuses à faire (lireclcmenl leur prise d'eau sur « ce gros lluiiau » ([ui conduisait aux fontaines des Halles et des Iimoecnts l'eau du Pré-Saint- Cervais appartenant au jirieuré de Saint-Lazare. C'est le premier exemple d'une concession raccordée directement sur une ouverture pratiquée dans la conduite de la voie publique, sans tenir
' Registres de la ville, vol. XVI, fol. 633. Le couvent des Filics-Diou élail rue Saiut-Denis, à iiii-ciiomiii enire les rues du Caire cl des Filles-Dieu.