CONCESSIONS. LES FILM-S-DIED. -'.CO
compte de la charije de cette conduite et par conséquent sans débit déterminé. Ce mode de pri^e d'eau parait être le seul qui ait été en usage sous les rois de la race des Valois, et sous leurs prédécesseurs.
Une ordonnance du bureau du 51 juillet 1663, relative à la prise d'eau des FiUes-Dieu\ nous fait savoir qu'en l'année 1496, " eu esgard au petit nombre de religieuses qui lors éloient audicl couvent, on auroit limité (la prise d'eau) à la grosseur de certain eschantillon attaché sur le contre-scel desdictes lettres et qni paroit être de neuf lignes {en superficie ou de trois lignes de diamètre), mais aussi auroit esté permis de prendre la jauge dudict
eschantillon au passage du gros thupu au moyen de quoy
ladicle jaulge leur donnoit plus grande quantité d'eane que ne faisoient à présent trente lignes prises au réservoir commun de la Porte Saint-Denis, d'autant que le gros thuyau estant toujours plein à l'endroit dudict passage, l'eaue pressée en iceluy sorloit avec impétuosité et couloit d'aultant plus viste à la décharge qu'elle en estoit plus proche ; au lieu que dans les bassinets du réservoir l'eaue estant seullement à fleur de l'ouverture entre foiblement et conle très-lentement. » Par ces considérations le bureau accorda aux Filles-Dieu huit nouvelles lignes d'eau à joindre aux neuf lignes dont elles jouissaient déjà ' ; mais toutes les concessions particulières ayant été retranchées en 1669 et un nouveau partage des eaux ayant été fait en 1673, la concession des Filles-Dieu fut définitivement fixée à dix lignes d'eau, ^^ du pouce fontainicr.
Une ordonnance du bureau du 2 août 1623 fait connaitre ce que c'était qu'une prise d'eau de la grosseur d'un pois : « le i-obinet des Filles-Dieu rédnict à deux lignes et demye, qui est la grosseur ordinaire d'un poix, au lieu de trois lignes et un quart qu'il a este lrouné\ »
' Regisires do la ville, H. 1817, vol. XL, fol. 537.
2 Regisires de la ville H, 1801, vol. XVIV, fol. 142 et siiiv.
Nous n'avons aucune notion sur les concessions qui furent accordées antérieurement au règne de Cliarles \'I, si ce n'est celle des Filles-Dieu. Il fallait qu'elles fussent assez nombreuses puisque, d'après l'édit du 5 octobre io92 de ce roi', elles causaient une telle pénurie d'eau, que les quartiers de la ville un peu éloignés du fleuve étaient abandonnés. Ces concessions n'étaient sans doute pas la seule cause de cette détresse; elle était due aussi très-probablement à une sécheresse prolongée.
A partir de l'année 1499, tous les titres de concessions furent transcrits sur les registres de la Yille. Une ordonnance du 28 novembre 1555 porte commandement aux propriétaires des maisons qui jouissaient des eaux de la Ydle de présenter leurs titres au bureau. Yoici, d'après celle précieuse pièce, le nom de ceux des concessionnaires dont les litres portaient une date antérieure à 1499'.
Mons' le gém'ial de la Clipsnayes. j En l'Iioslel Bailietle.
Mons' de Liiies. I Aux eulfans de la Tourle.
Mons'' de Bobigny. | En la maison Luzancy, iiie aux Omis.
Mons' (le Chartres. ' Les Filles-Dieu.
Mons^ du Mortier. i Les Filles-Repenlyos.
Mons' le Connestable. . En la maison de Mous'' de Villeroj .
La maison de Laual. | En l'hostel de Persan.
La vesve (la veuve) Lliermitage. : A Saint-Ladres (Saint-Lazare).
Mons"' de Ferrières. |
A ces concessionnaires il faut ajouter les religieux de Saint- Martin-des-Champs et du Temple qui recevaient les eaux de leur fontaine de Savies, ce qui porte à dix-neuf le nombre des hôtels des seigneurs et des maisons religieuses qui jouissaient des eaux publiques.
Nous trouverons dans la suite de celte histoire quelipies concessionnaires anciens dont les litres s'étaient perdus dans les Iciniis de troubles. En fait, en 1499, les trois aqueducs du Pié-
' Voy. pages 84 et 85.
- Hegislros (le l:i ville, vol. V, fol. î.'iô, verso.
DISTRIBUTION. FONTAINE DU TIROliER. 471
Saint-Gcrvais, de Belleville et de Saint-Martin alimentaient dixsept fontaines publiques et dix-neuf concessions privées, et il faut convenir que c'était bien peu de chose si l'on tient compte de la grandeur de la Ville qui renfermait déjà près de 300 000 habitants.
Seizième siècle et commencement du dix-septième siècle jusqu'à la mort de Henri IV (14 inai 1610)
Cet état de pénurie des eaux se prolongea dans tout le cours du seizième siècle sans qu'on ait rien fait de sérieux pour y porter remède. Jusqu'à la mort de Louis XII (l" janvier 1515) et pendant les premières années du règne de François F'', les registres de la Ville ne font mention d'aucune amélioration des fontaines publiques, ni de nouvelles concessions d'eau. Une grande sécberesse, qui commença vers 1538 et se prolongea au moins jusqu'à la mort de Henri II, aggrava encore la désastreuse situation du service qui tomba dans un abandon absolu pendant les troubles et les guerres de religion qui désolèrent la France sous la royauté des fils de ce prince. Les premières années du règne de Henri IV furent employées à réparer ces désastres.
Deux fontaines nouvelles seulement furent érigées dans le cours du seizième siècle.
Fontaine du Tirouer ou du Traiwir \ — Les registres de la Ville ne disent rien de l'origine de cette fontaine.
Il existait autrefois, à l'emplacement du carrefour des rues Saint-Honoré et de l'Arbre-Sec, une croix qui portait le nom de Croix du Tirouer ou Trahoir; voici ce qu'en dit Pierre Bonfons : « Au lieu maintenant dit le carrefour Guillori, il y avait vu pilori, où l'on mettoit les malfaiteurs et leur coupoit quelquefois les aureilles. Et en la place, à présent dite, la croix du Tiroir,
' Aujourd'hui fontaine de l'Arbre-Sec, n" 57 de la carto de l'atlas.
OU Tirocr, on tiroit (selon Corrozel) les bcstcs, ou, selon les autres, celte Croix, qui est en ceste place fut louiours surnommée du Tiroer, depuis que la Royne Brunehault y lut lirée à quatre chevaux soubs le règne de Clotaire second '. »
François I" fit construire près de cette croix, en 1529, une fontaine qui fut nommée la fontaine de la Croix du Tirouer. Elle était située au milieu de la voie publique; ses abords furent bientôt envahis par les étaux des bouchers ; les fruitières et les vendeuses d'herbes s'installèrent sur les degrés de son perron, de telle sorte que ce petit édifice devint dès l'origine un obstacle à la libre circulation; malgré les plaintes des habitants du voisinage et même du prévôt des marchands, plaintes qui furent portées au Conseil, ce ne fut qu'en 1656 qu'on déplaça cette fontaine pour la transporter dans un pavillon construit tout à côté vers 1604, par messire François Miron, prévôt des /narchands'. J'aurai occasion de revenir sur cette fontaine qui devint un des principaux châteaux d'eau des eaux du Roi.
Fontaine de Birague'^. — La seconde fontaine créée dans le cours du seizième siècle porta le nom de Fontaine de Birague ; dans le cours du dix-septième siècle-, elle fut désignée sous les noms de fontaine en face les Jésuites, fontaine Sainte-Catherine. Son nom primitif lui fut rendu plus tard ainsi qu'il sera dit ci-après. Elle est aujourd'hui détruite.
Yoici le plus ancien document qui nous soit parvenu sur cet édifice :
« En la mesme année (1579), messire René de Birague, cardinal, chancelier de France, fit achever une fontaine publique sise en la grand' rue Saint-Anlhoine, près la culture Sainte-Catherine, à l'oposite de la chapelle de lesuistcs, et fit grauer l'escrit
' Les aniiqvili's et choses plus remarqvalili's île Paris, recueillies par M. Pierre Bonfons. M.DC.VIII. avec privilège du Roy. fol. 5, Ter.<o.
- Voy. Piganiol de la Force, Description de Paris, t. II, p. "270 et suiv. 5 N° 81 de la carie de l'atlas.
TRIBUTION. FONTAINES DE BIRAGDE, — DES INNOCENTS. 47Ô
suiuant sur vne table de marbre, qu'on veoit encores au haut de ladite fontaine '.
HENRtCO III
Frangin et poi.onijE rege ghristiamssimo
RENAT. BIRAG.
S^NGTjî Romand; Ecclesi^e Presbit. Cardin.
Et franc. Ganceli.ar. illostriss.
Benificio. CLAUD. D'ALBRAY. Prjîfecto
Mercator. I0HA?{N. le COMTE,
RENAT. BAUDART, lOHAN. GEDOYN,
PETPi. LAISNÈ TRiBUiNis plebis
cdraktibds.
Anno Redemption'is. M.D.LXXIX.
Et les vers suivants au-dessous :
Hanc dedoxit aquam duplicem Btragus in usum :
Sertiat l't Domino, serviat ut Populo, pdblica sed qdanto privatis c0m5i0da , tanto
Pr^stat amore domus publicus Urbis amor.
Renat. Birag. Franc. Canceîl. pub. comm. M DLXXVII.
Fontaine des Innocents. — C'est en 1550 que cette fontaine fut reconstruite avec les admirables sculptures de Jean Goujon, On y grava l'inscription suivante qui existait encore du temps de Girard.
FONTICM
Nymphis.
On y ajouta, en 1689, le distique suivant de Sanleuil, qui a disparu depuis longtemps.
QOOS DUROS CERNIS SIMOLATOS MARMORE FLrCTUS, HnjOS NYMPHA LOCI CREDIDIT ESSE SUOS.
' Les antiqvités et choses plvs remarqvnhles de Paris, recueillies par M. Pierre Bonfons, con IrooUeur au Grenier Magazin de Ponlnise. augmentées f.ar frère laeqiics du Breul, religieux octogénaire de l'Abbaye de Sainct Germain des Prez, Lez Paris, M.D.C.YIII avec priviiege nv Rot (Continuateurs de Corrozet).
Mi IKS ANCIENNES EAIX.
Le bureau de laYille ne prit aucune pari à la construclion des l'on laines de la croix du Tirouer cl de Biraguc, ni à la rcconslruclion de celle des Innoeenls. 11 n'en est même pas fait mention dans les registres de ses dclibéralions. 11 se borna ta faire réparer les fontaines exislanles qui avaient été fort détériorées dans les troubles des quinzième et seizième siècles. J'ai déjà fait connaître les mesures prises pour faire fluer l'eau dans la fontaine Croyx de l'Apport Baudoyer.
Premières notions de la sécheresse du seizième siècle. — Une ordonnance du prévôt des marcliands, en date du 6 août 1558, fut rendue pour régler le débit des fontaines qui liraient leur eau de la conduite de la fontaine des Innocents. « A esté mandé Jeban de Chou, fontainier d'icelle ville », et il lui fut ordonné, en raison de la pénurie d'eau qui existait alors dans celte fontaine, de réduire le débit « des aultres fontaines fluanles prenant branche sur le gros ibuau d'icelle fontaine deslnnocens... durant ladite nécessité d'eaue pour ladite fontaine des Innocens « étant entendu qu'elles seraient remises dans leur étal dès que l'eau reviendrait. En attendant, les fontaines furent fermées par une serrure, de laquelle la ville seule avait la clef.
Par une nouvelle délibération du 26 septembre 1547, Denys Hamoy, plombier, fut chargé de la garde des fontaines dont il devait être payé. « Selon les vaccalions », il lui fut remis, «parle maistre des œuvres de maçonnerie de ladite ville, quatre trousseaulx de clefz, cest a scaueoir deux Irousseaulx des halles contenant trente-deux clefz, plus deux autres Irousseaulx pour les fontaines des Innocens et autres contenant trente-trois clefz, lequel Hamoy s'est obligé el a promis rendre lesdiles clefz touttes fois et quantes qu'il plaira à messieurs delà ville '. »
Le 20 janvier 1559, il fut « délibéré et arresté que serait
« Uegislresde la ville, II. iT'il, vol. Il, fol. r>()5. * Registres de la ville, II. 1781, vol. IV, fol. 6i.