‹ Les eauxChapitre 176 sur 310 · DISTRIBUTION. SÉCHERESSE AU SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION. SÉCHERESSE AU SEIZIÈME SIÈCLE

faict iing pourtraicl desdites fontaines el seroit regardé de près quelle grosseur d'eaue il étoit convenable auoir a chacune fontaine parlicuUiere et en serait faict une esquille (esquisse) ou échantillon. . . qui sera mys au bureau de laditte ville pour y auoir recours quand besoin sera. Et pour ce faire sera proportionné l'eaue des sources et regards des fontaines du Pré Sainct-Gervais et Belleuille sur Sablon pour les faire conduire par thuanx séparez es dictes fontaines particullières.^ »

L'époque oii ces mesures furent prises correspond à une grande sécheresse qui motiva les lettres patentes du roi Henri II, en date du 14 mars 1554, et le retranchement des concessions. Cette sécheresse fut de très-longue durée, puisque la première ordonnance du prévôt des marchands qui s'y rapporte est du 6 août 1558, et la dernière du 20 janvier 1559. La pénurie d'eau se fit donc sentir pendant ces vingt et une années. Nous ne savons pas même si elle ne se prolongea pas au delà; l'étude des concessions d'eau fera encore mieux ressortir ce fait.

Après la mort de Henri II, survenue le ,10 juillet 1559, les intrigues de la cour des rois ses enfants, et de leur mère Catherine de Médicis, les guerres de religion qui s'ensuivirent troublèrent si profondément le repos de Paris, qu'il ne fut plus question des fontaines publiques jusqu'au règne de Henri IV. La tranquillité que ce grand roi ramena avec lui, le retour de la confiance, qui fut la conséquence de l'édit de Nantes, donnèrent une grande impulsion aux travaux de la paix.

Le bureau de la ville prit les mesures nécessaires pour rétablir le cours des fontaines.

Par une ordonnance du 14 octobre 1600, rendue sur les remontrances du procureur du roi et de la Ville, le grand prieur du Temple et les religieux de Saint-Martin-des-Charaps furent assignés au bureau de la Ville « pour se voir condemner à faire

' Registres de la ville, II. 1784, vol. VII, fol. 1(1.

refaire leurs fontaines, » Celles-ci ayant été fort négligées penilanl les troubles, el les conduites se trouvant en mauvais état, les fontaines de la ville qu'elles alimentaient ne recevaient plus une « si grande afflnence d'eaue quelles avaient accoutumé, ce qui apportait une grande incommodité an publicq. »

Le prévôt des marchands mit donc ces deux établissements en demeure de rétablir le cours de l'eau « en toute dilligence, autrement y serait mis ouvriers à leurs dépens'. »

Une mesure beaucoup plus radicale fut prise l'année suivante. Le 23 mars IGOl, le bureau convoqua les « conseillers de ville, deppntez de messieurs des courtz souveraines, corps, collèges, commnnaultez, quarliniers et deux bourgeois de chacun quartier, en la grand' salle de l'hostel de la ville pour aduiser aux moiens de trouver fonds pour le restablissement des fontaines...

« Sur quoi l'affaire mise en délibération a este conclu par arresté que pour reslablir les dictes fontaines, le Roy sera trè<hnmblemeut supplié vonlloir trouuer bon qu'il soit leué dix sols tournois sur chacun muid de vin entrant dans cette ville et faulxbourgs de Paris sur touttes personnes exemptes ou non exenqiles preuilleges et non preuilleges, laquelle sera baillée à feime par la dicte ville pour ung an seullement' »

Restaurations des fontaines des Halles, Barre-du-Bec et des pierrées du Pré-Saint-Gervais. — On entreprit les travaux l'année suivante, sans attendre l'autorisation de lever l'inniôl. On relit la fontaine des Halles qui tombait eu ruines'; toutefois on n'y remit l'eau que sous la jiréxôté de François Miron, c'està-dire de 1604 à 400G, comme le prouve le distique suivant :

SaXKL'S AGGER EllAM, Fir.TI MODO FONTIS IMAGO: ViVA MIMI I.ATICIS MlRO FI.I'EXTA DEDIT.

« Registres de la ville, vol. XV, fol. 411.

* Regi.stres de la ville, II. TSI, vol. IV, fol. fii.

'' 9.-) février 1002. Rcfjislrps do la ville, V(d. XV, fol. 70.^.

RESTAURATION DES FONTAINES SOUS UEiNRI IV. 477

Pierre Guillain, maître des œuvres de la ville, recul l'ordre de rétablir, par des travaux provisoires, le cours de la fontaine Barredu-Bec\ La cour ordonna le rétablissement de cette fontaine aux frais de la ville et le retranchement des concessions qui en absorbaient l'eau \

Les travaux de restauration des pierrées du Pré-Saint-Gervais furent adjugés « à l'extinction de la chandelle » le 28 mai 1603 à Remy Dupais, manœuvre, au prix de 25 sols la toise cube'.

L'impôt de 10 sols par muid devin n'était pas encore approuvé. Un dissentiment s'était élevé entre le Roi et le prévôt des marchands. Les travaux du Pont-Neuf n'étaient pas achevés et le roi voulait qu'on y appliquât une partie de cet impôt. Le prévôt demandait qu'il fût entièrement réservé pour le rétablissement des fontaines et que ce qui restait à faire du Pont-Neuf fût à la charge des généralités du ressort du parlement de Paris. Le roi lui répondait « que quand il vouldroit imposer sur les dicts habitans du plat pays, il le feroit bien » sans le bureau de la ville; il ajoutait que trouvant le bureau si refroidi « il feroit délaisser l'œuure du dict pont et deschargeroit son peuple des dictes trois générallitez du dict impôt du sold pour escu... que pour les regards des dictes fontaines il veoioit bien » que le bureau ne vouloit point mettre la main à la bourse, mais que néanmoins il enverroit ses lettres patentes à la ville, afm de l'autoriser à appliquer l'impôt de 10 sols par muid de vin à la réfection des fontaines.

Le Roi tint sa parole et les lettres datées du 14 avril 1605 furent soumises le 17 du même mois cà une nouvelle assemblée générale. L'impôt d'un sol par écu à la charge des généralités pour l'achèvement du Pont-Neuf était maintenu par le Roi et l'impôt de dix sols par muid de vin était autorisé pour le réta-

' 1 j juin 1G0"2. Registres de la ville, vol. XV, fol. 854. - -J juillet 1605. Registres Je la ville, vol. XVI, fol. 177. ' Registres de la ville, U. 1705, vol. XVI, fol. 147.

blissement des fonlaines. Il est vrai que ces lettres patentes étaient accompagnées d'une lettre du Roi dans laquelle il insistait sur l'irrégularité de l'impôt mis à la charge des généralités ; il priait donc le bureau de clierclicr une autre solution. L'assemblée se piqua d'honneur el, pour donner satisfaction au Uoi, elle vota un impôt de 15 sols par muid de vin, tant pour l'achèvement du Pont-Neuf que pour le rétablissement des fontaines'.

Quelques ionlaines publiques furent construites vers la lin du règne de Henri IV.

Fontaine de Saint-Lazare. — Le 7 mars 1605, la concession faite au prieuré de Saint-Lazare fut renouvelée, et une prise d'eau de quatre lignes de diamètre fut concédée aux religieux de ce prieuré « à la charge par les dits relligieux de tenir entre les deux portes de leur maison une fontaine pour seruir au publicq. »

Fontai72e du Palais. — Henri IV construisit une fontaine dans l'île de la Cité qui eu était absolument dépourvue. Nous voyous dans la concession accordée à liobert Miron le 29 mai 1606 pour sa maison sise rue du Chevalier-du-Guet, que la prise était faite sur le tuyau passant rue de Saint-Denis « pour conduire, dit la délibération du bureau, l'eau à la fontaine publicque que [nous faisons baslir et construire deuant le Pallais. »

C'est donc vers 1606 que la fontaine du Palais fut construite ; elle était alimentée par la conduite île la rue Saint-Denis et, par conséquent, avec l'eau du Pré-Sainl-Gervais.

Elle occupait la place de la pyramide qu'on avait érigée à l'emplacement de la maison du père de Jean Châtel ; cette maison avait été rasée après la tentative d'assassinat du 27 décembre 1504. L'inscription suivante de la fontaine conservait

' Registres de In ville, vol. XV, fol. Mis.

COiNCESSIONS AU SEIZIEME SIECLE. 479

la mémoire de ce crime, et du nom de l'auteur de la fontaipe, François Miroii :

Hic ubi restabant sacri mokomenta fororis.

ElUIT IiNFANDOM MlROiMS niSDA SCELDS.

Restaïu'ation delà foiitaine Saint-Leu. — C'esl à la même date, le 11 avril 1606, que le bureau accorda une concession de trois lignes et demie de diamètre au S' Charles Le Comte, seigneur de la Martinière, pour l'usage de sa maison, sise rue Neuve-Saint-Leu, pour remplacer celle qui y coulait de temps immémorial « tant pour l'usage de la maison que pour la commodité publicque, dont les tittres ont cy-devaut estes perduz dès le temps du feu roy Charles Sixiesme. » La délibération ajoutait « à la charge de faire faire par ledict sieur de la Martinière et à ses fraiz et despens, ung réseruoir au dedans de ladite maison, de quatre piedz en carré en tous sens, a laquelle haulteur de quatre pieds en carré sera la descharge pour seruir tant au publicq qu'à l'usage de ladite maison. »

Fontaine Saint-Laurent. — « Veu la requeste a lui faicte et pntée (présentée) par les bourgeois et habitans des faulxbourgs Saiuct-Laurent de celle ville de Paris.... » il fut accordé par le bureau, le 17 septembre 1607, une concession d'eau « de deux lignes et demyede diamètre.... pour fluer au publicq et commodité desdictz habitans. »

C'est ainsi que le bureau améliorait le service des eaux, et créait de véritables fontaines publiques, autant que possible aux frais des concessionnaires.

Les concessions cfeau.

Il n'est fait aucune mention de prise d'eau nouvelle depuis le commencement du siècle jusqu'en 1528. C'est au 11 février de celte année que remonte la première, laquelle fut

obtenue, el non sans peine, à la requête de François I", pour une maison de plaisance que son ami messire Pierre de Monligny, évoque de Castres, faisait construire à la Yillelte; la prise d'eau était de la grosseur d'un grain de vesce'. 11 est très-probable que ce commencement du seizième siècle a été sec el que l'alimentation des fontaines publiques s'en ressentait; les concessions, relativement nombreuses accordées dans les années suivantes, indiquent évidemment qu'il n'y avait plus pénurie d'eau. En voici l'indication :

10 avril 15'29. On permet à l'Iiilljert Bubou de lélaljlir à l'IIolel Clisson iiii cours d'eau de la grosseur d'un pois^.

1 i avril 1551. Concession d'un lil d'eau de la grosseur d'un grain de vesce à tirer du tuyau des iîlles ilcpeiilies, accordée à messire Jeliaii de la Barre, gouverneur de Paris"'.

io juillet 155'2. Concession d'un coins d'eau de la grosseur d'un pois, à tirer du gros tuyau de la rue Simoii-le-Fiaiic, « à noble homme et seigneur maistre Jehan Luillyer, seigneur de Boullencourl, etc. , el Prévôt des marchands, pour sa maison sise rue Barre du Becq* ».

7 août 1554. Conces.-ion de la grosseur d'un grain de vcsce, à tirer de la conduite du Pré Sainl-Gervais « près les regardz des Mors-Sainclz (aujourd'hui des Moussins) », à messire Denys Picot, conseiller du Boi. Le petit regard établi sur la prise d'eau par le concessionnaire fermait à deux clefs, dont l'une restait à la Ville et l'autre « aud' suppliant^ ».

10 août 1557. Conce.^sion de la grosseur d'un pois « à prandre dud' gros

thuau des fontaines du Tiroucr procédant des sources du pré sainctGervais

près le pillory, pour faire aller et fluer au dedans de ladicte maison de la rue de l'Arbre Sec aud' Tronson, conseiller en la cour du parlement, preuost des marchans" ».

16 décembre 1537. Conce>sion d'eau sans indication du diamètre de l'ouverture pratiquée dans la conduite publique à Mgr de la Rochepot,

' Voy. p. 103 cl Regislir.s do l;i ville, 11. I77i), vu). Il, fol. 5'J.

" Kegislies (le la ville, 11. 177i), vol. 11, loi. 54.

^ Registres de la \i\\e, 11. 1779, vol. 11, p. 85.

« Registres de la ville. 11. 177i), vol. 11. p. 108.

'' Registres delà ville, 11. 1779, vol. il, p. 145.

'■ Cette concession, laite à Jeliaii Tronson et à ses successeurs à toujours, lui ralilioe par litres patentes de François I' du 15 août 1557. Registres de la \ille, II. 177'J, vol. Il, p. 505 cl suiv.

SÉCHERESSE 1537-1559. LE MARECHAL DE SAI>(T-Ax\DRÉ. -481

gouverneur de Paris, pour sa maison sise rue Saint-Antoine, en face l'église Sainte-Catherine. Les plombs furent fournis par la Ville, et la délibération porte que « le tout sera faict par le fontainier de lad" Ville aux dcspens dycelle sans que led' s' Gouuerneur y faisse aucuns fraiz' ».

Grande sécheresse du seizième siècle. — A partir de celle date, commence évidemment la grande sécheresse qui a motivé les lettres-patentes de Henri II dont il sera question ci-dessous, car on ne voit pas, dans les registres de la ville, qu'il ait été accordé de nouvelles concessions de 1537 à 1549. C'est sur la demande expresse du Roi que les deux prises d'eau suivantes furent faites au commencement de l'année 1550 : l'une, pour son ami le maréchal de Saint-André; l'autre, pour sa maîtresse Diane de Poitiers, duchesse de Yalentinois.

Permission des eaux des fontaines à monseigneur le Maréchal de Saint-André'.

Du dernier jour de février mil cinq cens cinquante.

Aujourduy sur les lettres missives du Roy envoyées a la Ville de Paris dont la teneur ensuit. De par le Roy

Très chers et bien amez. Pour ce que nous avons este advertiz que le orros thuyau des eaux des fontaines de la croix du tirouer passe par la maison des Filles penitantes, bien proche de la maison de nostre 1res cher et Jjien ame cousin le Sieur de Sainct André, mareschal de Fra'^ce. Et quil pourra advenir que lors que nous ferons séjour en nostre Ville de Paris nous pourrions quelque foys nous y rendre pour adviscr a nos affaires priveez et pour nestrc point importunez, à ccste cause désirant faire acommoder lad" maison, vous mandons et comandons que vous faictes prandre dud' gros tuyau un "■ lîl dcaux de la grosseur dung poix et les faictes conduire a voz despens en lad" maison et lieux les plus commodes et nécessaires pour lusage de nosfre cousin et luy en faictes expédier telles lois de permission (jiic avez couslume faiie expédier aux austres

Messieurs les prevost des marchans et escbevins aprez avoir ouit avis des Conseillers de lad" Ville : Ont ordonne que suyvant le vouUoir du Roy contenu en ses lettres sera prins dud' gros thuyau desd" cours desd" fontaines

" Regislros de la ville, H. 1770, I. II, p. 516.

(le la crois du tiroucr ou branches deppendant dicelui estant le plus prochain de la maison duil' Sieur de Sainct André, la grosseur dung poix dcaue et que icelle sera conduicte par ihuyaulx de plomb jusques eu l'iiostel dicelui Seigneur de Sainct André estant situe en la rue des Filles penitantes, es lieux les plus commodes et nécessaires pour lusage dudit sieur dans sa maison de lad' Ville; Et que lettres luy en seront expédiées de la charge.

....Et aussi que ledit sieur sera tenu faire faire en sad' maison ung puys si besoins en est'.

Fonlaine de Barbette pour madame la duchesse de Valenlynois.

De par le Roy

Très chers et bien aniez nous avons este advcrtiz que de longtemps et antienneté y a eu en l'bostel de Barbette apartenant a noslre très chère et bien amee cousine la duchesse de Valentinoys ung fil deaux provenant du gros thuyau des fontaines venans en noslre ville de Paris du cosle de Belleville et du pre S' Geruaiz Et que au moyen de la desraolition et ruyne du bastiment dud' hostel qui a este long temps délaisse sans eslre repare ni habite led' fil dcaue na este entretenu comme il devait estre en son cours acoustume Et que les conduilz et tliuyaulx en sont depuis rompuz et cassez de sorte que ladicte fontaine na plus son cours aud' hostel Et pour ce que nostre cousine a délibère depuis faire baslir et reparer aud' lieu et que sera besoing pour sa demeure en nostre ville de Paris quant elle yra; En quoy elle désire que aux comoditcz de lad" fontaine suyuant le droit qu'elle en a eu nous luy voulions bien subvenir : A ceste cause vous mandons et comandons que vous faictes entièrement reparer a vos despcns les thuyaulx et conduitz que sera besoing reparer et faire de neuf pour ramesner led' cours deaue de lad" fonlaine aud' liostol de Barbette es lieux les plus comodes pour les services dud' hostel.

....En quoy faisant vous ferez chose qui nous sera très agréable. Donne a Konlaincbleaux le X" jour de février mil cinq cens cinquante signe « IIekry » . . . . Et sur lesquelles est escript ce qui ensuy. A noz très chers et bien amez les prevost des marchans et eschevins de noslre bonne ville et cite de Paris.

Du XIll'' jour de mars mil cinq cent cinquante.

AUJOl'RDllUY En considération des gnins louables et recommnndnblcs plaisirs faicts a lad'" Ville et que nous e.«perons estre coutumez par haulte et puissante dame et princesse ayant litre duchesse de Valentinoys

' (UcgibUes de la ville, vol. IV, fol. 172, v°.) y parait, d'aiirès ce'le ordonnance, qne les lilics l'onilenles demeuraient alors dans la rue de rArl)re-Sec ou dans le voisinage ; ou veri'a plus loin qu'en 1570 leur propriété passa aux mains de Callierinc de Médicis.

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