AQUEDUC ROMAIN D'ARCUEIL
(suite)
Détails techniques. — Nos fouilles. — Les quatre rigoles secondaires. — Tracés. — Pentes. — Longueur. — Coupes transversales. — Regard collecteur, point de départ de l'aqueduc principal. — Tracé. — Longueur. — Coupes transversales. — Profd en long de cet aqueduc.
Lorsque j'ai entrepris de décrire l'aqueduc romain d'Arcueil, j'étais loin de supposer qu'il se développait sur une aussi grande longueur. Je ne pensais pas qu'il y eût beaucoup à ajouter aux excellents mémoires de Bonamy et de M. Jollois. Comme tous ceux qui ont écrit sur ce sujet, j'admettais que l'aqueduc dérivait seulement des sources captées depuis par Marie de Médicis. C'est en cherchant à rattacher à ces sources les restes connus de l'aqueduc romain que j'en ai mis à découvert successivement toutes les ramifications'.
' Les fouilles ont élé dirigées avec beaucoup de soin par M. Clievreux, contrôleur du service munit iji il, charge de Tenlretien de la dernière section de l'aqueduc de la Vanne.
Nos rccliurches ont éléfiicilitées par l'obligeance de madame Muret, propriétaire du château de Moiiljean et do M. Mocquart, propriétaire du château de Chilly, qui nous ont permis de faire partout les fouilles et les explorations nécessaires. J'ajouterai que les autres propriétaires du p.nys ne se sont pas montrés moins facile?.
48 LES A.NCIK.NNF.S E\IX.
Les aqueducs secondaires qui dérivaicnl les deux groupes de sources décrites dans le cliapiire précédent, aussi bien que l'aqueduc principal qui conduisait l'eau de ces sources à Paris, n'étaient, à [)ro[iremenl parler, que de simples rigoles consiruiles en béton à fleur de terre, et dans lesquelles l'eau coulait presque partout à ciel ouvert. Le fail a été constaté, pour ce qui concerne l'aqueduc principal : la première fois, en 1752, par M. Geoffroy, de l'Académie des sciences, et ensuite par tous ceux qui, depuis, ont écrit sur cet ouvrage, notamment par MM. Albert Lenoir et Jollois. Les fouilles entreprises sous ma direction, .en 1875, nous ont fait reconnaître, comme on devait s'y attendre, que je même mode de construction avait été adopté pour les conduites secondaires. Quelques-unes néanmoins sont couvertes do dalles.
Les conduites secondaires sont au nombre de quatre :
1° Aqueduc découvert par le marquis d'Eflial entre Morangis, Chilly et le lavoir de Wissous.
2° Prolongation de cet aqueduc entre le lavoir de Wissous et le regard I)', tête de l'aqueduc principal.
5° Rigole dérivant vers ce regard la source du paie de M. \'allée, à Wissous.
4° Rigole conduisant au môme point les sources de Rungis.
Première rigole. De Moramjis nu Javoi)- de Wissous. — « Vers l'an 1626, dans le temps que l'aqueduc moderne étoit acbevé, le marquis d'ElTiat obtint du roi Louis XIU un brevet, jiar le(p!el Sa Majesté lui faisoit don et à ses liéritiers, de l'eau qu'il pouvoit retirer de l'aqueduc de Julien, qui, de temjis inunémorial, coiiduisoit les eaux de la plaine de Louan, de ^Vissous et de Chilly à Paris; cl que ce seigneur déclara n'avoir découvert, dans retendue de son nianjuisat de Chilly, que depuis la eonstruclion de l'aqueduc moderne'. »
' Voy. la carie [i. M.
' lionainv, méiimire iiivutr'
AQUEDUC ROMAIN D'ARCUEIL. — RIGOLE DE nillIJ.V. 40
Le plan manuscrit de celte concession est déposé aux Archives nationales; j'en donne le fac-similé' à la page suivante.
Paris est au nord de ce plan, à 4500 mètres des mots, Arcueil aqueduc.
Le plateau compris entre la Seine, la Bièvre, l'Yvette et l'Orge, décrit dans le chapitre précédent, y est grossièrement figuré. Ou voit la Seine à droite, la Bièvre à gauche. Le confluent de l'Yvette et de l'Orge se trouve en bas du plan, à peu près dans l'emplacement de l'échelle. 11 ne manque que la pointe du plateau comprise entre Palaiscau, Wissous,et Chilly.
Le premier groupe des sources, dérivées par l'aqueduc de Marie deMédicis, estau nord-ouest de l'église de Rungis, dans l'emplacement désigné ainsi: k (jvand carré; l'aqueduc de Marie de Médicis, qui conduit encore ces sources à Paris, est figuré par un double trait entre le grand carré et le pont-aquetluc d'Arcueil.
Sources. — Le groupe de sources concédé au maréchal d'Effiat est au sud de la carte, entre Louan (aujourd'hui Morangis) et Chilly. Il est très-nettement désigné par un double trait et le mot sources.
L'aqueduc qui recevait l'eau de ces sources et les conduisait depuis Chilly jusqu'à l'aqueduc principal, en passant par Huissou (Wissous), est figuré, mais seulement entre Chilly et Wissous, par un double trait et par l'annotation suivante : Aqueduc de Jullien lapostat accordé par le Roy à m Je maréchal defiat avec loppositionde m'' defrancini.
Les sources, qui alimentent les fontaines de Longjumeau, ne sont pas figurées sur cette carte ; elles sont dans le lieu dit le Petit Chilly, au sud-ouest de Chiily. La source du parc de M. Vallée n'y est pas indiquée non plus ; elle est à Wissous, au nord du village. Les sources de Fiesnes,que l'aqueduc romain devait dériver, sont
' C'est M. Dus^eaux, avocat "a la cour il'a|ipel, qui in'a fail connaitre l'exstence de celle |iiècc curiciiso.
50 i'KS ANCIENNES EAUX.
à In poinio du cap rpii s'avance ciUrc ia Bièvrc cl le ruisseau tic Huilais, à l'oucsl (lu cliàleau de Mont Jean; euCin celles du Loniiliovau jaillis-enl imiIit Tllay el Arcneil dans le coteau, un peu audessus de racpietluc moderne '.
Nous avons reconnu, enlre Moranjiis el Cihilly, raquediic cl deux |;rands regards conslruils probablement par le marquis d'Effial dans remplacement des sources ; l'un d'eux, situé sur la route, a di.\-sepl niarcbes et, par conséquent, s'enfonce d'environ 3"',40 dans le sol.
Le propriétaire actuel du cbàteau de Cbilly, M. Mocquard, ancien notaire de la ville de Paris, a fait nettoyer l'aqueduc : cet ouvrage est construit à pierres sècbes et repose sur les marnes vertes qui lui servent de radier, il est couvert d'une dalle; M. Moc(piard l'a fait enduire en ciment sur une longueur d'environ nu kilomètre. 11 n'avait encore réuni dans l'aqueduc que des suintements insignifiants, lorscpi'enarrivant près de Morangis, la fouille futenvaliic par une violente irruption d'eau ; on ne put la continuer qu'avec des épuisements énergiques. Aujourd'hui l'eau des sources, (pii était presque perdue, coule en abondance et alimente la commune etle château. 11 y a en outre, au milieu du parc de 50 hectares ipii tient à cet édifice, un regard au fond duquel coule la source qui alimente une grande pièce d'eau, aiusi.qu'il a été dit ci-dessus. Les llomains dérivaient très-probablement cette source au moyen de
' On voit en oulrc f.ur cetle carte grossière, mais nc.inmoins assez cxacle, le périmèlrc de rcniiilaccnienl où II était il était interdit au niarqnis d'Eflîal de faire des fouilles pour y cliorclier de l'eau. Cet emplacenienl est ainsi désigné : Lit <jras des sources pour l'aris renfermé dans la ligne marquée a.
Cc^t emplacement s'étend eu longiieur depuis la ferme de Champagne jusqu'à Villcjuif.
Le plan contient une autre indication fort intéressante; on y lit : « I pouce d'eau par an 97t) tli, par jour 2'|. »
On admet généralement aujourd'hui fpic le pouce d'eati de Paris, c'est-à-dire la quantité d'eau qni s'écoule par un orifice à minces parois d un pouce de diamètre, sous une charge d'eau de 7 lignes au-dessus du centre, équivaut à un cube de l!)"%lfl,"i en 'il heures ou de 7 000°M7.")par an.
Or, 2"*— lfl"",54i et 970" = 7'i'it)"",20.
Le produit du pouce fonlainier admis du temps de Louis Xlll était donc, ;i 5 p. lOl) près, égal à c(dui qu'on admet encore aujourd'hui. J':ijoulerai qu'aucun jaugeage n'est fait avec une anproxinialion de ô p. 100.
AQUEnUC P.OMMN l)'\RCUEIL. — RIGOLE DE CIIILLY 51
la conduite inconnue qui la dirige aujourd'hui dans cette pièce d'eau.
La pente de l'aqueduc a été renversée par le maréchal d'Effiat pour conduire à son château l'eau qui, du temps des Romains, se dirigeait vers Wissous.
En effet, celui des deux grands regards, dont il vient d'être question et qui est le plus voisin de Morangis, formait autrefois la tête de l'aqueduc qui se dirigeait vers Wissous ; l'altitude du radier est 75'", 41 ; le grand regard suivant, sUuéà 840 mètres du premier eu se rapprochant du château et en s'éloignant de Wissous, a son radier à l'altitude 75'", 25; et enfin l'aqueduc débouche dans les fossés du château, à 300 mètres du second regard, à l'altitude 75"", 08 : la pente se dirige donc aujourd'hui vers le château.
M. Mocquard, en nettoyant lespierrées, a remplacé celle qui sans doute a été construite par le maréchal, entre les deux regards, par une conduite en poterie dure, formée de tuyaux connus dans le commerce sous le nom de tuyaux Doulton.
Entre le premier regard et le lavoir du village de Wissous, le tracé de l'aqueduc, figuré sur la carte, est complètement fixé aujourd'hui par des cheminées assez grossièrement construites, soit en meulière, soit en grès et qui paraissent remonter au temps du maréchal d'Effiat. Elles sont fermées par de fortes dalles. Nous avons levé quatre de ces dalles.
La première cheminée est à 250 mètres du premier des deux grands regards. On n'a i»u prendre l'altitude du radier de la pierrée.
La seconde est à 788 mètres plus loin ; sa hauteur est de 4'", 85 et le radier de la pierrée y est à l'altitude 75"', 57.
La troisième est située à 481 mètres de la précédente; elle a 6'", 90 de hauteur; son radier est à l'altitude 75"", 06.
La quatrième est à 543 mètres plus loin ; sa hauteur est 6 '",97 ; l'altitude de son radier, 74'", 66.
A 284 mètres de cette cheminée se trouve le lavoir de Wissous ;
5'i Li:S AMIIK.NNES E\I!\.
l'eau (le la pioiiéc anciomio y ilrliouclie jiar un luyaii ilonl le foiul est à l'alliludc 74"', 1)8. Aqucliiues iiièlreson amont ou voil, dans la cour (l'une maison du village, la dcrniî're eliemiutjc converte, connue les autres^ par une dalle qu'il nous a paru imilile de lever, [.a pente, à parlir du premier regard, se dirige donc vers ^^ issous.
I)'a[très ce qui prt-ct'de, la longueur de l'aqueduc, compris entre le premier des grands regards et les fossés du cliàleau, est de I 140 nu-Ires.
Entre ce regard et le lavoir de Wissous, elle est de '2 546
Total. . . . 5 486 mèlfes.
Cette longueur ne comprend, ni les pierr(5es situées entre Morangis et le premier regard, ni celles du parc de Cliilly et du Petil-Chilly, dont je n'ai parlé au chapitre précédent qu'avec toutes réserves; ces picrrées allongeraient Taqueduc d'au moins 1500 mètres. 11 est donc probable que celte première partie de l'ouvrage romain n'avait |ias moins de 5000 mètres de longueur. Mais, pour ne point entrer dans des hypothèses plus ou moins admissibles, je ne compte que la [tarlie explorée par nous.
L'aqueduc a certainement été reconstruit en entier, comme les cheminées, parle maréchal d'EITiat ; il estl'ormé^de maçonnerie à pierres sèches recouverte d'une dalle. Sa hauteur sous dalle a été mesurée ;\ la troisième cheminée ; elle est de r",40.
M. Mocquard a réparé cet aqueduc jusqu'à la limite des communes de Chilly et de Wissous, vers la deuxième cheminée ; à la suite de cette restauration, le niveau de l'eau s'est abaissé à 0'",40 au-dessus du radier.
Les cotes qui précèdent prouventqu'elles'écoulevers lechàteau. Le reste de l'aqueduc est engorgé et l'eau s'élève à des hauteurs variables, mais assez grandes au-dessus du radier des deux autres cheminées, à l^j^Oà la troisième, à 1"',50 à la quatrième. Si l'aqueduc étaitdégorgé, il est probable que l'eau arriverait encore en abondance au lavoir de \Mssous,(]ui r('ce\rai( MK'nie une partie de
AOLELiUC ROMAIN D'ARCUEIL. — RlOOLli DE ClllI.LY. ;)ô
celle qui s'écoule dans les fossés du cliàleau de Cliilly. Ce n'esl donc pas sans laisou que j'ai dil dans le chajMli'e précédent, qu'une partie de l'eau du groupe des sources de Chilly était dispersée aujourd'hui. '
Ce grand drainage du plateau, entre Morangis, Chilly et Wissous, est tracé avec une intelligence et une habileté qui justifient bien l'idée qu'on se fait du génie pratique des Romains; je ne connais aucun travail de ce genre qui puisse lui être comparé, surtout si l'on lient compte des dilTicultésqui résultaient alors de rimpcrfection des engins de nivellement, et de l'absence, dans ces temps anciens, de toute connaissance sur les dispositions géologiques des terrains et celles des nappes d'eau souterraines. L'ingénieur romain a profité, pour faire passer les pierrées et pour dériver les sources du groupe Chilly, de la seule dépression de terrain qui existe sur le plateau, entre la butte de iMassy dont le sommet est à l'altitude 101 mètres et la ligne du tracé de l'aqueduc delà Vanne dont le sol, vis-à-vis Morangis et Wissous, se trouve aux altitudes 84'", 00 et 84'", 80. Lorsqu'on parcourt le plateau sans niveau, cette dépression n'est pas appréciable : entre le pied de la butte de Massy et l'aqneduc de la Vanne, le terrain parait absolument plat. Si l'on ajoute à cela que la contrée était alors couverte d'épaisses forets, cotinneje le démontrerai ci-dessous, ou aura une idée assez nelte de la difficulté que présentait le tracé de celte partie de l'aqueduc dans ces temps anciens.
L'exécution des travaux n'était pas plus facile. Le sol aux deuxième, troisième et quatrième cheminées décrites ci-dessus, est aux altitudes 80'%'2'2, 81"',96, 81'", 65. Le radier des pierrées étant à peu près à l'altitude 75 mètres, la profondeur deslranchées allait jusqu'à 6 mètres et, à cette profondeur, on travaillait dans la nappe d'eau des marnes vertes, sans aucun des moyens énergiques d'épuisement dont nous disposons aujourd'hui.
Cette première parlie de l'aiiueduc n'est donc pas un ouvrage ordinaire. Aussi, lorsqu'en 1609, on lit la recherche des anciens
54 Li;S AiNClIiN.NES EAUX.
ouvrages des Romains, il tu- viiil à ridée de jtei-soiiiic de diriger les travaux vers Wissous el Cdiilly; il paraissait sans doute inii)OSsible de ramener vers Rungis, dans le bassin de la Bièvre, en traversant le plateau, l'eau des sources de Cliilly ([ui descend naturellement dans l'Yvette. Les liabilanls du ])ays [touvaient seuls avoir des notions de ces travaux, soit par ces traditions (jui se conservent si longtemps dans la mémoire des lionmies, suit par ipiclfjues ouvrages encore ap]tareiils. Cesl ainsi, sans doute, que le inarécbal d'Effiat découvrit celte partie profonde de l'aqueduc comprise entre Cbilly et Wissous, dont ce seigneur déclara n'avoir eu connaissance qu'après la construction de Faqueduc moderne.
Deiwième rUjole secondaire'. — Cet ouvrage se soudait au précédent vers le lavoir de Wissous et conduisait à l'aqueduc principal, l'eau des sources de Chilly. Nos fouilles l'ont mis à découvert sur '21 jioints qui lixent complètement son tracé. A partir du lavoir de Wissous, la rigole suit la ligne brisée Lmn de la carte «;i-conlre, en s'écarlant du tliahveg de la petite vallée qui reç^-oit les eaux du pays. Elle coupe au plus court el, à une dislance de 1021 mètres du lavoir L de Wissous, traverse en n le fond d'une jjetite dépression, jmis se dirige vers le regard D de l'aqueduc principal, qu'elle atteint après un parcours de G79 mètres à partir du |)oinl n. Sur celte longueur, elle a sa pente dirigée en sens inverse de celle du ruisseau de Rungis. La longueur totale de la seconde rigole est de 1700 mètres.
A partir du lavoii' L, le liacé se tient sur le plateau de Wissous, tl la iiente kilométrique moyenne est de de '2"", 70 sur 758 mètres; la rigole descend ensuite sur la déclivité du coteau, et la pente kilométrique moyenne s'élève à 27"', 98, sur une longueur de
Voyf z la carlo ci-ioiihv l'I li' prudl en Imig dr la litid
AOlKDrC KOMALX D'ARCl EIL
RIGOLES SECOm\lRES ET AMORCE DE LAQIEDI C PREVCIP.VL p,„. -^
O Jic*for\i lin /hnloitie. caci^vtojtt
O Rciftxj'd ou fontaine dâtrMt
'\"^ .S"^ de Paris . Tome fll. TeJtte .