VI PRÉFACE
('•ludo (Mail livs-inlrrossanlc, parce que dans un rayon de près de 100 kiloinèlres autour i\o la ville, on ne trouve d'eau de bonne qualité ni dans les sources, ni dans les puits : la Seine, la Marne et l'Oise donnent seules des eaux propres aux usages domestiques'.
J'ai décrit ensuite les aqueducs romains de Chai Ilot el d'Arcueil ; j'ai mis ce dernier à découvert sur toute sa longueur et sur ses moindres ramifications; j'ai pu rectifier ainsi de très -nombreuses erreurs considérées depuis longtemps comme d'incontestables vérités.
Depuis la destruction de cet aqueduc, qui remonte probablement cà l'invasion des Normands, jusqu'au commencement du treizième siècle, il existe une lacune de plusieurs siècles dans l'histoire des eaux de Paris, ou pour mieux dire, il n'y avait pas alors de distribution d'eau à Paris. C'est seulement vers le milieu du treizième siècle qu'il est question des premiers aqueducs, des plus anciennes fontaines, el que commencent les premiers essais.de distribution. Dans l'ordre des temps la ville était alimentée d'abord par les aqueducs, auxquels se sont ajoutées plus tard les machines hydrauliques, puis les pompes à feu. On a cessé de construire des aqueducs dès qu'on a eu installé les machines hydrauliques du pont Notre-Dame, et l'on a renoncé à établir de nou-
' C'est ce qui a soutenu pendant si longtemps la liaule répiilatiiMi des eaiix de rivière h Paris. Lorsque j'ai publié, il y a vinst-trois ans, mes premiers rapports sur la supéiiorilô des eaux de source, de notnhroiix opposants ont prétendu que nous ne trouverions rien de comparable à l'eau qui coul.iil dans le fleuve à côté de nous. Depuis que l'erm do la Vanne est arrivée, une réaction non moins vive s'est produite, et lorsque les nécessités du service nous obligent à substituer momentanément les eaux de rivière aux eaux de source, une graiule rumeur s'élève dans la Ville et les ParisiiMis se déclarent empoisonnés.
PREFACK. vu
velles machines de ce genre après l'installation des pompes à feu deChaillol'.
Après avoir décrit les ouvrages destinés à l'adduction de l'eau, j'ai tracé rapidement les principaux traits de cette administration puissante, de l'échevinage de Paris, qui, sortie de la bourgeoisie vers 1260 et des chefs de la marine parisienne, devint, vers la fin du treizième siècle, une institution purement municipale, et se maintint jusqu'en 1789 avec le même corps d'officiers, et les mêmes formes d'élection et d'administration.
Le reste du livre est consacré à l'étude du développement de la distribution de l'eau. Le principal agent de cette distribution est le porteur d'eau. Nous le voyons paraître avec les premières fontaines de puisage, et ce n'est que dans ces dernières années qu'il perd de son importance, à mesure que la distribution à domicile se développe. Jusqu'en 1840, l'administration des eaux de Paris est basée surtout sur le puisage aux fontaines publiques et la vente de l'eau aux fontaines marchandes. Pendant tout ce temps la distribution à domicile fait de bien lents progrès, et cela se comprend ; le volume d'eau à débiter est si petit ! Le nombre des concessionnaires ne dépasse pas 20 vers la fin du quinzième siècle, et 41 au commencement du dix-septième; en 1673, il s'élève à 201 et, en 1837, au moment du rachat des concessions, à 316 seulement.
' C'est sculcmeul dans ces dcrnièics aimées qu'on a e.iiployé, suivant la nécessité, l'un ou l'autre de ces moyens de se procurer de l'eau, qu'on a été au loin chercher avec des aqueducs, pour le service privé, des eaux de source, non-seulement propres aux usages doniesliqiies, mais encore agréables à boire, qu'on n'a pas hésité, pour les services publics, à élever des eaux de
l'RÉFACli.
Quoiquo CCS nombres nous paraissent bien insignilianls, nous voyons les rois intervenir fréquemment pour réprimer les abus de la distribution à domicile en supprimant les concessions. Ces rctmnchemenls (terme consacré) correspondent tonjours à une longue série d'années de basses eaux de la Seine, et au contraire le développement abusif de la distribution à domicile correspond à une série d'années où le neuve se maintient à de bauts niveaux.
11 va sans dire que des concessions si peu nombreuses étaient toutes accordées aux princes, aux personnes haut placées, aux communautés religienses, aux collèges et aux hôpitaux. Elles étaient perpétuelles et, jusqu'en 1692, presque toutes gratuites. C'est seulement à cette date qu'on prit l'habitude de vendre l'eau. Les concessions étaient alors de deux sortes, les concessions gratuites et les concessions à titre onéreux.
Le système de prise d'eau était très-grossier; on ne se rendait nullement compte, dans l'origine, du volume d'eau qu'on concédait. C'est seulement en 1624 que le château d'eau romain intervint dans la distribution et que les prises d'eau fiu'ent jaugées rigoureusement.
Au milieu du dix-huitième siècle, le vohune d'eau distribué ne dépassait pas 15 à 1600 mètres cubes en 24 heures, à peu près caque consomme aujourd'hui la gare du chemin de fer du Nord à Paris.
L'industrie ne pouvait tirer aucun parti de ce service d'eaU
rivicres avec îles iiincliincs h\ilr;uili(|iir8, lorsqu'o.i a Iroiivii de bonno'S clmlus, et avec des poiiipcs à l'eu lorsuuc ces forces naturelles élaient iiisullisaiilcs.
PIIÉFACK. 'X
si pauvrement doté et cependant on ne comprend pas comment une grande ville peut se passer de certaines industries qui exigent l'emploi de l'eau, de celle des bains notamment. J"ai retrouvé l'emplacement du plus ancien établissement de bains alimenté par une concession d'eau publique. Cette concession remontait à 1730 et ne permettait pas de desservir plus de trois ou quatre bains par jour. Les autres établissements, fort peu nombreux d'ailleurs, étaient alimentés par les porteurs d'eau; les maîtres de bains formaient une corporation, celle des Barbiers-Étuvistes, qui était fort décriée et non sans cause : le prix d'un bain était de six à douze livres.
Il ne pouvait être question de l'arrosage des chaussées ni du lavage des ruisseaux des rues ; la poussière en temps sec, était aussi insupportable que la crotte, en temps de pluie. Le grand égout de ceinture recevait seul un maigre fdet d'eau de Belleville qu'on accumulait dans un réservoir, rue des Filles-du-Calvaire, pour faire des chasses dans cet infâme cloaque. Les autres égouts n'étaient jamais lavés : mes contemporains ont sans aucun doute conservé comme moi le souvenir de ces bouches d' égout, énormes gouffres béants où se précipitaient les eaux pluviales et ménagères de tout un quartier et qui répandaient au loin ces odeurs fétides si bien décrites par Parent Duchatelet.
L'histoire des eaux anciennes se termine vers 1868, époque où fut rachetée la dernière concession. Celle des eaux nouvelles commence à la fm du dix-huitième siècle. L'intervalle de temps compris entre ces deux dates doit être considéré
l'KÉFACt:.
comme une époque de liansitiou, dont je me suis borné à esquisser les principaux traits. C'est avec le secours des machines de Chaiilot et du Grus-Caillou, et plus tard à partir de 1830 avec les eaux du canal de l'Ourcq qu'on a pu sortir lie cette époque de transition si difficile.
On trouvera à la lin du volume la description des planches de l'atlas.