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LES BAIGNEURS OU BARBIERS ÉTUVISTES

chelieu, etc.; Girard, rue de l'Université; Perry, rue Jacob; Reingard, rue Guenegaut; Benmj, rue du Sépulcre; la veuve Beingard, rue Saint-Antoine, etc.

« Les personnes de la première considération et les riches ont dans leurs palais et maisons des appartements de Bains, oii tout ce qui peut convenir est réuni; et ceux à qui les facultés ne permettent pas ces somptuosités, ont chez eux des Baignoires de cuivre élamé, enfermées dans des sophas, canapés et autres ameublements ; ces baignoires sont si artistement composées, qu'elles servent d'ornement dans les appartements.... Lorsqu'on ne peut aA'oir de ces dernières, et que la santé exige le hain, on loue des baignoires de cuivre chez les Chaudronniers, moyennant 25 sols par jour et 18 liv. par mois, ou des baignoires de douves reliées chez les Tonneliers, moyennant 8 sols par jour et 10 liv. par mois. »

Les baigneurs formaient une corporation sous le nom de barhiers-étuvistes. Le maître de l'établissement s'appelait spécialement le baigneur et tenait son privilège du roi ou d'un des officiers de sa maison '.

Les barbiers étuvistes étaient très-mal famés ; on lit dans le livre des arts et mestiers d'Etienne Boileau, rédigé au treizième siècle : « que nul ne nule dudit meslier ne soustiengne en leurs mesons ou estuves bordiaus de jour ne de nuict... rêveur (coureur) ne autres gens diffamez de nuict. » Les publications des dixseptième et dix-huitième siècles se taisent sur ce point délicat ; on comprend sans peine pourquoi : on ne touche pas volontiers à une de ces industries décriées ; tout le monde la connaît, quelques-uns la font vivre, personne n'en parle. Les écrivains modernes ont été moins réservés. Yoici ce qu'en dit M. Walckenaer dans les mémoires touchant Mme de Sévigné :

« Voulait-on disparaître un instant du monde, fuir les importuns et les ennuyeux, échapper à l'œil curieux de ses gens; on

* Voy. l'art. Baigneur, Dictionnaire des inslitulions de la Franco, par A. Chéruel.

allait cliez le baigneur; on s'y trouvait chez soi, on était servi, choyé; on s'y procurait toutes les jouissances qui caractérisent le luxe ou la dépravation d'une grande ville. Le maître de l'établissement et tous ceux qui étaient sous ses ordres, devinaient à vos gestes, à vos regards, si vous vouliez garder l'incognito; et tous ceux qui vous servaient et dont vous étiez le mieux connu paraissaient ignorer jusqu'à votre nom. »

L'usage des bains chauds était fort peu répandu, même dans la classe riche. Si Henri IV était affecté d'une odeur de (jomsel dont il plaisantait lui-même, si madame la princesse' avait, suivant Saint-Simon, un gousset fin qui ?e faisait suivre à la piste, il est permis de croire que cela tenait à ce que nos rois euxmêmes n'abusaient pas des bains.

Les gens du peuple ne pouvant payer un bain 6 el 12 livres, ni louer des baignoires à 25 sols, ni même à 8 sols par jour, devaient se contenter des bains de rivière ; d'après le Journal du Citoijen dont j'ai déjà cité quelques passages, ces bains étaient disposés autour d'un bateau couvert d'une banne', près duquel étaient plantés une vingtaine de pieux dans une enceinte de 12 toises de long sur 2 de large, fermée de planches el aussi couverte d'une banne : on y descendait par une échelle. Il en coûtait trois sols pour se baigner ainsi en commun. On y fournissait des serviettes à raison d'un sol el, dans les bains de femmes, des chemises à raison de trois sols. 11 fallait avoir l'attenlion d'y faire garder ses habits.

Ces bains en commun ne convenaient guère aux gens riches. Au port Saint- Paul, au Mail, à laPiapéc, au porl de la Tournclle, à celui de riïùpilal, au quai du Louvre et à la Grenouillère, les bateliers choisissaient les endroits les i»his commodes pour y planter quatre pieux qu'ils couvraient d'une toile. Au milieu de cette

* Anne «le Bavière, bru ilii grand Condé.

* Suivant Litln'', hunne est lu mol jiniprc pour désigner la loilc grossière dont on se sert pour préserver du soleil el de la jiluie les passagers ou les niarcliandisos d'un bateau.

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