LES B.VINS DE RIVIÈRE. — CONCLUSION
espèce de cabane ils piaulaient un autre pieu pour se tenir audessus de l'eau. Ces cabanes, où les baigneurs descendaient par une échelle, portaient le nom de Gore. Les dames s'y faisaient descendre sûrement, commodément et secrètement par les femmes des mariniers à raison de 24 à 50 sols par beure. On prenait aussi des bains en pleine eau, en se faisant accompagner d'un batelet couvert d'une banne.
Cela ne ressemblait guère à nos écoles de natation si commodes et si agréables et explique pourquoi nos ancêtres faisaient un si rare usage des bains.
A l'époque oii disparaissait la dernière concession qui ait été rachetée, celle de Jean Beausire, c'est-à-dire en 1863, et la dernière concession gracieuse qui ait été supprimée, celle de messire Hiérosme Bignon (en 1868), il ne restait rien des anciennes eaux. Les aqueducs du Pré-Saint-Gervais et de Belleville versaient déjà leurs eaux dans les égouts ; les machines de la Samaritaine et du Pont Notre-Dame étaient démolies ; les pompes à fen des frères Périer avaient cédé leurs places à des machines plus puissantes ; les fontaines de puisage disparaissaient l'une après l'autre à chaque percement de rue; sous la pression des locataires, les propriétaires s'habituaient peu à peu aux abonnements d'appartements, au grand détriment des porteurs d'eau.
L'eau de la ville, réservée autrefois pour les hôtels des riches et qui, dans la maison du petit bourgeois et de l'ouvrier, se distribuait si parcimonieusement qu'elle suffisait à peine à la boisson et aux besoins domestiques les plus impérieux, se répandait, depuis 1850, dans les ruisseaux des rues, lavait les égouts, alimentait des établissements de bains, chose presque inconnue à Paris au dix-huitième siècle, des lavoirs publics, et une multitude d'établissements industriels, les chemins de fer notamment. Elle entrait à flots et à peu de frais dans les maisons particulières.
En un mot, tout était changé : aqueducs, machines, usages de l'eau.
L'aqueduc d'Aicueil seul est resté avec l'affectalion piimilive de ses eaux, qui alimentent surtout les jardins de Marie de Médicis et les fontaines du palais du Luxembourg.
C'est donc bien vers 1868 que se termine l'histoire des anciennes eaux de Paris. Celle des eaux nouvelles commence avec le siècle ; l'espace de temps compris entre ces deux dates doit être considéré comme une époque de transition dont j'ai esquissé rapidement les principaux traits pour ne plus revenir sur l'emploi qu'on faisait encore des eaux anciennes.