EAU DE BELLEVILLE
CllAMMKS
Bicarbonates de chaux et de magnésie 0,400
Sulfate de chaux 1,100
Sulfates de soucie et de magnésie 0,520
Sulfate de strontiane traces
Chlorures de calcium, de sodium et de magnésium. . . 0,400
Azotates de chaux et de magnésie Irafcs
Silice, alumine, oxyde de fer et matières organiques.. . O.IOH
Total 2,520
Il semble, d'après la composition des matières minérales en dissolution dans ces eaux, qu'elles sont absolument impropres aux usages domestiques. L'eau de Belleville, siu'tout, est chargée d'une telle quantité de sulfate de chaux et de magnésie, que, dès le milieu du dix-huitième siècle, elle a été retirée de la distribution et réservée pour le lavage des égouls '. L'eau du Pré- Saint-Gervais est relativement meilleiu'e, et elle a été distribuée à Paris jusqu'en 1861. Un ancien conducteur du service, M. Riberolles, attaché aux sources du Nord, me disait que, pour laire cuire les légumes, on ajoutait au pot-au-feu un petit
' Turgot, en 1737, réserva celte eau pour laver le grand égout de ceinture.
102 LES ANCIKNNES EAUX.
iiouel de linge rempli de carbonate de polasso, cl que, liii-inûne, faisait usage de ce procédé. H faut convenir que c'était un médiocre condiment.
En comparant l'analyse de Teau de Belleville aux analyses des eaux de puils données ci-dessus, il semble que ces dernières soient généralement meilleures, si l'on ne tient compte que des sels minéraux'. L'eau du Pré-Saint-Gcrvhis elle-même n'est jias notablement moins dure que celles des puits. On se demande pourquoi ces eaux de source ont été aussi recbercbées au moyen âge : il ne paraît pas jirobable qu'on ait su se rendre compte alors de l'action des matières organiques et des causes réelles de l'insalubrité de l'eau ; on est loin, aujourd'hui même, d'être d'accord sur celte question capitale. Dans ces temps reculés, lorsqu'une eau n'avait ni saveur, ni odeur, ou l'appréciait à peu près comme dans les ménages modernes : l'eau de bonne qualité était celle qui était propre au savonnage et à la cuisson des légumes; on donnait le nom de fontaine Maubué (mauvaise lessive) à l'une des premières fontaines établie à Paris, et alimentée par l'eau de Belleville; mais nos cuisinières ne seraient pas moins embarrassées que les ménagères du moyen âge, si on leur demandait leur opinion sur l'action des matières organiques en dissolution dans l'eau.
11 y a là une de ces quesXions complexes auxquelles il est fort difficile de répondre, à d'aussi grands intervalles de temps. Nous savons seulement que ces eaux, que nous trouvons aujourd'hui si mauvaises, étaient fort recherchées- dans les temps anciens, même par nos rois et les plus grands seigneurs de leur cour. Je ne puis en donner une meilleure preuve qu'en rapportant textuellement, d'après les registres de la ville, le récit des démarches faites par le roi François V pour obtenir une concession d'eau du Pré-Saint-Gervais en (tiveur de l'évêque de Castres.
* Vo;cz ci-(lossiis, pngos !l ol i.iiiv,inli\«.
AQDEDUCS DU PRÉ-SAINT-fiERVAIS ET DE BELLEVILLE. -FRANÇOIS I". 103
Roy pour faire bailler cours des eaux des l'ontainos deparisalevesque de Castres en sa maison de la Villelte cite de pans.
DU .lEUDY vingt-suiesrae jour de noTembre dudict an (mil cinq cens vingl-huit).
« AUJOURDHUY, en Ihostel de ceste ■ville, au bureau duquel estoient Assemblée de ViU mess" les prevost des roarclians et quatre esclievins, sont venuz do par le Roy, mess''^ les présidons le Viste et Ciutin paredlemont mous'' de La Cour, gentilhomme do la maison dud' seigneur, par lesquelz le Visio et La Cour ont este présentées letlres missives du Roy, adressantes, les unes auNd'"" prevost des marLdians et esclievins, bourgeois et habitans de cesle Yille de pans, et les autres aud' le Viste, desquelles la teneur en suyt : A NOZ très chers et bien Lettres missives du amez les prevost des marchans, eschevins, bourgeois et habitans de nostre bonne Ville de pans : De par le Roy « Tres-chers et bien amez. Nous avons este advertiz que nostre ame et féal consedler levesque de Castres veult faire bastir à la Villelte quelque maison de plaisir ou nous pourrions quelque foys aller passer le temps, et pour ce quil y a faulte deaux qui est lune des prmcipalles commoditez requises a une maison et que leau des fontaines ' qui va en vostre ville ne passe point plus loing que a ung ject darc de luy, il nous a supplie vous faire reqiieste que, pour lamour de nous, vous lui veuillez octroyer de leau desd"* fontaines, pour passer par sad" maison, la grosseur dun poix tant seullement. A ceste cause, et que, attendu la malladie dud' evcsque de Castres, Nous ne le pouvons pour ceste heure employer ailleurs que en vostre ville, ou nous desirons qud fasse son principal séjour, vaccant ad ce que nous luy avons commande pour noz affaires, et que, au moyen de sad" malladie, son principal esbat se pourra prendre en lad° maison, et quelque foys le nostre. Nous vous pryons très affectueusement que, en faveur et pour lamour de i;ous, vous luy veuillez accorder lad" requeste; et en ce faisant, soyez seurs que vous nous ferez tout autant de plaisir que sil estoit question de beaucoup meilleure et plus grande chose , Comme nous avons commande a nostre ame et féal le seigneur de La Cour, gentilhomme de nostre chambre, vous dire et faire entendre de nostre part; de quoy nous vous pryons le youlloir croire comme nous-mesmes. Treschers et bien amez, nous pryons nostre Seigneur vous tenir en sa saincte garde. Donne a Sainct Germain en Laye, le vingt deuxiesme jour de novembre mil cinq cens vingt huit. Ainsi signe « Françoys » Et au dessoubz « Robertet. » Ensuyt , la teneur des austres lettres A mous"' le président Le Viste. « iMons'' le pre.sident, je vous prye ne faillir, suivant ce que vous ay dict, de poursuivre mess" de la Ydle de pans, et les solliciter de depescher laffaire de la fontaine de la Vdlette, pour en bailler a mous' de
' Conduile do l'eau du pré Salat-Gervais.
104 LES ANCIKANES EAUX.
Castres, ce que je leur en ay mande; Et pour ce que je désire qud y soit incontinant pourveu, et que je suis aussi asseure que pour ce peu de chose mess" de la Ville ne sont pour me esconduyre ; A ceste cause, je vous prye me advertir de ce que vous y aurez faict et ce quils en auront conclud, le plus tost quil vous sera possible, Et adieu, Mons' le président, qui vous ayt en sa garde. Escnpt a Sainct Sermain en Laye, ce vingt troysiesme jour de novembre nul cinq cens vingt huit. Ainsi signe « Françoys» Et au dessoubz « Robertct » Et ce faict, led' de La Cour a déclare que le voulloir du Roy esloit que lesd' prevost des marchans et eschevins octroyassent a Levesque de Castres de pouvoir tirer de ung conduict des fontaines de ceste Ville ung fil de eau vive de la grosseur de ung poix, pour avoir cours en une maison quil faict ou veult faire bastir a la Villettc, près de ceste d'" ville de pans. Et en laquelle le Roy est délibère prandre une partie du temps son plaisir. Et que en ce faisant le Roy leur en sçaura très bon grey ; Et aussi led' le Viste a remonstre que le voulloir du Roy estoit tf 1, et quil luy en a voit donne charge expresse de solliciter lesd* prevost des marchans et eschevins pour lad'' expédition. Et que le commanccmcnt du cours des fontaines de ceste d"" vdle vient de la permission du Roy et dung lieu qud luy appartient, tellement que, sans puissance absolue, Il pourroit faire tomber les conduictz, SI bon luy sembloit, au boys dud' Evesque de Castres, et ailleurs, partout, sans faire aucun tort a lad" Ville de pans; Et, neantmoings, que led' seigneur, vouUant user de gracieuseté envers icculx prevost et eschevins, a bien vouUu leur en escripre, asfin que led' evesque de Castres leur en sceut grey. Et pareillement mond' seigneur Clulm a dict que le Roy, depuis ung moys en ça, luy a commande de bouche venir en cest hostel de Vdle pour solliciter Icxpedition de lad" permission. Apres toutes lesquelles remonstrances, leur a este faict responce par iceulx, prevost des marchans et eschevins, quilz en communiqueront ensemble pour y faire response. (Extrait des reg. de la Ville. Volume IF, Folios '2G et 27).
DU JEUDY onzicsme jour de février dudict an (mil cinq cents vingt neuf).
Ville. — Pour la fon- AUJOURDIIUY, Au bureau de cesie Ville, auquel esloienl Mess"'" les pretamecio ia\iii.ue ^.^^^ j^^ maichaus et eschevins, sont venuz mess" les presidcns le Viste et
en la maison de '
icvesque de Cas- Clutin, lesquels ont prclsenle les missives du Roy, adressantes aiisd* prevost des marchans et eschevins, desquels la teneur en suyt. A noz très chers et bien amez les prevost des marchans et eschevins de iioslre bonne Ville et cite de pans. De par le Roy.
Très chers et bicn-amcz. Nous avons donne charge A nos amez et fcaulx