AQOEDDC D'ARCUEIL. - EXECUTION DES TRAVAUX
Les travaux se faisaient aux dépens du roi ', et leur direction fut confiée aux trésoriers de France'; mais le prévôt des marchands, les échevins, et l'intendant des bâtiments conservèrent néanmoins le droit de haute surveillance'.
L'entrepreneur Jehan Coing étant mort pendant l'exécution des travaux, on lui subrogea l'un des frères Gobelin, dont le nom est devenu célèbre par les grands ateliers de teinture qu'ils avaient formés sur la rivière de Bièvre.
« Bonamy.
• Lettres patentes du 4 décembre 1612 dont voici les passages les plus importants; elles s'adressent aux trésoriers de France :
A ces causes Vous mandons et ordonnons que vous ayez]a prendre garde que les d' ouuragos soient bien et duement faicts suiuant les deuis, clauses et conditions dudict bail, Que ledict entrepreneur et sesouuners y trauaiUent jncessamment et sans discontinuâon, En sorte que ledict ouurage soit acheué dans le temps qu'il est obligé, porté par led' bail, faire donner aux ouuners de lalignement nécessaire par les maislres de nos œuvres en voz présences, tenir la main a ce que led' entrepreneur soit payé par le fermier de la ferme des XXX sols pour muid de vin entrant dans rostre dicte ville faulxbbourgs de quart' en quart' selon qu'il sera contenu parles mandemens qu'il obtiendra des trésoriers de nostre épargne, faire faire les prisées et estimaâon des terres et hentaiges qu'd conuiendra achepter par gens experts a ce cognoissans en vos présences. Et ledict Entrepreneur appelle, en passer les contractz en nostie nom pourestre portez en nostre chambre des Comptes affin dy auoir recours quand besoing sera, faire metti-e au Greffe de vostre bureau l'acte de cautoii baillé par ledict entrepreneur et en cas qu'il feust besoing de les faire renforcer et renouueller, nous en donner aduis et generallement faire pour la conduicte desdictes eaiies ouurages et touttes aultres choses qui dépend de l'accomplissement et execuôn dudict bail et tout ce que vous verrez estre requis et nécessaire pour le bien de nostre seruice et du publicq, Et dauctant que sur les remonstrances desdicts Preuost des Marchands et Escheums de lad* ville nous leur aurions cy devant addressé nos lettres de commission pour auoir soing de la conduicte desdicles eaues affm que l'jnlerest qu'a nostred" ville pour les douze poulces desdictes eaues que nous leur auons octroyé pour le publicq feust conserué, Nous voulions qu'en proceddant par vous ausdicts allignemens Lesdicis preuost des Marchands et Escheuins y soyent presens et appeliez comme aussy lorsque suruiendra quelque cas au faict de la conduicte et ouurage quy soyt d'jmportance pour en tout conseruer led' jnterest de nostredicte ville. (Registres de la ville, vol. XIX, fol. 58).
5 Lettres patentes du 7 décembre 1612 dont voici les passages les plus importants; elles s'adressent à l'intendant des bâtiments, le sieur de Fourcy :
Nous a ces causes de l'aduis de nostredict conseil Vous auons commis et depputé Commettons et depputtons par ces pûtes (présentes) pour ceste fois et aultres vous transporter sur les lieuli auec lesd' trésoriers de France, preuost des marchands et Escheuins aulcuns dentre eulx ou sans eulx veoir et visiter lesd" ouurages, recognoistrc silz se font bien et duement Et sont bien fondez selon lesd' lieulx Et comme lentrepreneur y est obligé par son bail, Mesme estre présent et assister lors que les allignemens luy seront donnez et a ses ouuners Et au cas que jugiez auoir aulcunes desdictes choses ou aultres concernans le faict desd' ouurages a reformer, vous nous le représentiez en nostre conseil pour y pouruoir selon quil appartiendra.
(Registres de la ville, vol.XJX, fol. 59 ; Recueil des règlements sur les eaux de Paris, 1875, p. 20 et 21.)
Peu de lemps après, le nouvel entrepreneur Jean Gobelin, auquel il ne restait plus à construire que le grand réservoir dont il vient dï'lre parlé, représenla aux commissaires du roi, sous la surveillance desquels ces travaux étaient exécutés, qu'il conviendrait de sul)slituer à ce chàleau d'eau un autre réservoir qui remplirait le même objel, et que l'on construirait en dehors de la porte Saint-Michel.
L'emplacement désigné par Jean Gobelin se trouve aujourd'hui au n° 58 de l'avenue de l'Observatoire. Le réservoir était divisé en trois compartiments, d'où partaientles trois tuyaux des eaux du roi, de la ville et de l'entrepreneur'.
« Ces trois tuyaux devaient être posés dans une galerie voûtée de 4 pieds (1"',299) de largeur et 6 pieds (l'",949) de hauteur sous-clef. Cette galerie se dirigeait le long de la rue d'Enfer, depuis le réservoir ou bâche de prise d'eau jusqu'à la porte Saint- Michel. Les trois tuyaux dont il s'agit devaient être en plomb, de diamètres différents, et couchés parallèlement entre deux marchepieds ou trottoirs en saillie de quelques pouces au-dessus du plafond de celle galerie. C'est le premier exemple qui a été donné, en France, de conduites d'eau mises à l'abri, par cette précaution, des ruptures et autres accidents auxquels elles sont exposées, quand on se contente de les poser à une petite profondeur sous le sol. L'expérience ne larda pas à prouver les avantages de ce système, et cependant il semble avoir été oublié pendant plus de deux siècles, car ce n'est que dans ces derniers temps qu'il a été remis en pratique pour la distribution des eaux de l'Ourcq '. »
' Voici les dinionsioiis de ce regard fixées par l'arrêté du Conseil d'Étal rendu à Tours le 5 juin Ifilfl : « Lequel regard sera coustiuit de (|uatrc tlioises (7",80) de large sur sept Ihoises (15"',C-4) de long... cl dans icciuy (sera) faict ung reseruoir commun pour la première réception du total desdictes eaucs et a chacun costé d'iceUiy un reseruoir particulier, etc.» (Extrait des registres du Conseil d'État).
' Girard. Ces galeries destinées h recevoir les conduites d'eau d'Arcueil, et plus tard du canal de l'Oun q, n'ont été imitées nulle p;u'l et cela pour deux raisons bien simples : leur construction e\ige de grandes dépenses et elles sont Irès-gènantes sous la voie publique lorsqu'on veut y ronstruirc des égouts. 11 ne reste plus à Paris qu'un seul de ces ouvrages, la galerie .Saint-Laurent. J'ai converti en égout un des derniers, la paierie des Martyrs. Aujourd hui les conduites d'eau de Paris sont posées autant que possible dans les égouts mêmes.
AQUEDUC D'AllCUEIL.— VlSrrt; DU ROI A RUMGIS. IJT
Le 13 juillet 1613, le roi visita les travaux en cours d'exécution à Rungis, et, le 17 du même mois, il y retourna pour poser la première pierre du grand regard'.
' Voici la relation de ces deux visites copiée textuellement sur le manuscrit des registres de la villf . Louis XIII était alors âgé de 12 ans :
Le JEUUYonziesmc jour de Juillet gbi' treize (161ô),Mons' de Liancourt Gouuerneur do cesle ville est-venu en l'iiostel d'icelle ville, advertir Mess" les Preuost des Marclians et escliciiiiis que le Roy desiroit aller samcdy prochain voir les sources des fontaines de Rungis, a ce que Jlrsdicts sieurs eussent à donner ordre aux prrparalifz nécessaires; de quoy inesd' sieurs se resjouissants de l'honneur que Sa Majesté feroit à ladicle ville, ont aussytost envoyé quérir Marcial Coiflier, cuisinier ordinaire de la ville, Et le S' Mainuillier, tapissier, tant pour faire le festin que pour préparer des meubles prccicuh ou Sa Majesté prendra son disuer. Et suivant ce, le lendemain vendredy, douziesme dud' mois, Mesdicts sieurs Les Prévost des MarchanJs et Escheuins feurent au Louuro prier Sa Majesté d'aller auxd' fontaines. Et, si elle avoit agréable, de prendre son disner au cliasteau de Cachant : Ce qu'ayant été promis par Sad' Majesté, Mesd' sieurs de la ville, ayant donné ordre a tout ce qui estoit nécessaire tant pour le disner, meubles que tout autre chose, partirent de ceste ville, le Samedy treiziesme dud' mois, au matin auec Messieurs les Procureur du Roy, greffier et Recepveur de lad' ville, tt allèrent jusques à la Saussaye, attendre Sadicle Majesté, laquelle vint incontinant, suiuye de Monseigneur le duc de Monlbazon, Mond' S' le Gouuerneur, Mons' de Souueray et autres seigneurs, avec aussi sa Compagnye de cbevaulx-Iégers. Mesd" Sieurs firent la révérence au Roy. Ce faict, poursuiuirent leur chemin jusques auxd' fontaines de Rungis, où estant. Sa Majesté mit pied à terre pour voir les sources desd' fontaines, où il y avoit cinq ou six cens ouuriersqui travailloient 'a faire lesd' tranchées et autres ouuraiges pour la conduicte desd"caux, Sa Majesté reçust ung fort grand contantement, disant que son peuple en recepvroit bien de la commodité : Ce faict, Mesdils sieurs de la ville supplièrent Sad" Majesté de prendre son chemyn vers led' Cachant, oii se faisoit les préparatifs du disner; Ce qui leur accorda. Et en y allant, fit quelque exercice détachasse Et arrivés audict Cachant, Mesd" sieurs de la ville fisrent mettre sur table, où il y avoit quatre tables et quatre platz préparez pour led' festin. Et estoient les chambres, salles et cabinelz du chasteaufort bien parés en meubles, tant de tappisseries d'or et d'argent, comme les baultz dais et le lict où devoit reposer le Roy, aussi d'or et d'argent. Sa Ma'" se raist à table, où pendant son disner, Mesd" sieurs de la ville furent autour de kid' table pour entretenir Sad° Ma"*, et pendant lequel temps les seigneurs qui estoient à la suitte de Sad° Ma"^ se misrent aussy à table dans une autre salle à part, où ils estoient plus de quatre vingts ou cent seigneurs il table, Le tout aux fraiz et despens de lad" ville. Et ayant Sad° Ma'° disné, alla prendre son plaisir de la chasse dans le parc du chasleau de Cachant, ou ayant pris congé par Mesd" sieurs Les preuost des Marchans et Escheuins, Sad° Ma" les remercya, et leur demanda quand l'on feroit l'assiette de la première pierre, qu'elle entendoit et desiroit y estre présente ; à quoy Mesdicts sieurs de la ville fisrent responce que s'estoit trop d'honneur qu'elle rccepuoit de S.ul° Ma" Et ayant faict appeller les ouuriers et entrepreneurs dosd" fontaines pour sauoir en quel temps on commanceroit à poser la première pierre du grand regard, Lesquelz fisrent responce qu'ils estoient prest quand il plairoit à Sad" Ma" Et au plus tard dedans cinq ou six jours asfin de ne retarder leur besongne. Et lori Mesd' sieurs les Preuost des Marchans et Escheuins prirent derechef congé de Sad" M'% pour s'en revenir en ceste d" ville, où estant, attendu que Sad" Ma"* desiroit mettre la jiremière pierre ausd" fontaines, fisrent aussy tost faire de giandes medalles d'or et d'argent, pour mettre et poser soubz lad° promière pierre, où Sad" Ma" estoit représentée d'ung costê et de Pautre costé la Royne régente sa mère, sur ung arc en ciel signiffant sa régence.
Et le LUNDY, quinziesme jour dud' moys de juillet mil six cens treize, Mesd' sieurs les Preuost des Marchans et Escheuins furent encore advertis par Moud' sieur le Gouuerneur, que le Roy et la Royne Régente sa mère désiroient aller ausd' fontaines de Rungis, pour assoir la première
Les travaux furent poussés avec tant d'activité pendant les deux premières années, que le pont-aqueduc d'Arcueil se trouva à moitié construit ; mais les années suivantes l'ouvrage fut interpierre le Mercredy ensuiuant et à ce que toutes choses feussent prestes pour ceste effect. Et, suivant ce, feurent au Louure prier leurs Ma" de faire l'honneur à lad' ville de poser lad» première pierre et de prendre leur disner au cliasleau de Cachant, ou en tel autre lieu qu'il icur plaira, loquel S' Roy feit responce qu'il iroit encore disner aud' Cachant, Et après le disner qu'il iroit poser la première pierre, Et lad« dame Royne, s'excusanl du disner, dist qu'elle se trouueroit aud" fontaines de Rungis l'après disner, dont Mesd' S" de la ville remercièrent très humblement leursd" Ma"" Et étanct Mesd' S" de la ville reuenus aud' liostel de la ville, aduisèrent entre euh à tous les préparatlfz nécessaires, tant pour les festins nécessaires, meubles précieulx, collalions, tantes, truelle d'argent,. Trompettes, Tambours, medalles, vin pour desfoncer en signe de resjouissance et largesse, Que tout autre chose requise, que mandant aud' CoifOer de préparer quatre beaux plats des viandes les plus exquises, et à Joachin Dupont, cspicierde la ville, d'auoir à préparer les plus belles et exquises conGturcs qu'il soit possible de trouver pour faire lesdictes collations.
ADVENU lequel jour de Mercredy, dix septiesme dud' moys de juillet au matin, Mesdicts S" de la ville eslansadverlysquele Roy estoit jà parly pour aller aud' Cachant Et se donner le plaisir de la chasse en chcmyn, partyrent dud' hostel de la ville avec lesd' sieurs procureur du Roy, Greffier de la ville et Recepueur, et plusieurs autres officiers pour le service d'icello, Et allèrent aud' Cachant, oii ayant trouué Sad' Ma", lui feirent la révérence, la remerciant de tant de peyne qu'elle prenoit et de Thonncur qu'elle faisoit à ladicte ville ; Et ayant esté par Mesd' sieurs prist garde si tout estoit bien préparé, l'heure estant vesnue pour disner, Mesd' sieurs supplièrent Sa Ma" de voulloir se nietlre i table, ce qu'elle feist, pendant lequel temps Mesd' sieurs de la ville furent autour de la table, l'enlretenant pendant son disner tant du subject desd' fontaines que de plusieurs autres beaux discours, pendant lequel les Seigneurs et autres Gentilshommes qui esloicnl de la suitlc de Sad* Ma", jusques au nombre de plus de cent, disnèrent dans une autre salle à part; le tout aux fraiz et despens de lad* ville; après lequel disner, tant Sad° Ma" que Mesd' sieurs de la ville prirent leur chemin pour aller ausdictes fontaines de Rungis où estant mesdicts sieurs de la ville recognurent que tout ce qu'ils avoient commandé estoit bien préparé, entre autres deux tantes pour mettre leurs Ma'" à couvert, craincte du soleil, meublées, garnyes de chaises de velours, bordées d'or et d'argent. Et où estoit dressée une fort belle collation de toutes fort belles confilurcs exquises et eu grande quantité ; Comme aussy les ouvriers et entrepreneurs desdicles fontaines estoient préparés pour faire asseoir ladicte première pierre. Et enuiron les trois heures de releuée,ariva ausdictes fontaines de Rungis la Royne Régente, suivye de Mons' le duc de Guyse, de Mons' de Bainville, de Mons' de Fains, de Mons' le duc de Montbaion, et autres Seigneurs etGcntilzhommcs; princesses, dames et damoiselles, au douant de laquelle dame Royne Mesd' sieurs de la ville feurent, et la remercièrent de tant de peyne qu'elle prenoit pour lad' ville. Et aussy tost les trompettes estanct en grand nombre avec des tambours, comniancèrent à sonner; mesmefeut desfoncé trois rauids do vin que mesd' sieurs de la ville avoient faict préparer, qui feurent dispersez, tant aux manœuures et autres ouuriers desdictes fontaines, estant en nombre de plus de six cens, qu'à plusieurs autres personnes. Le tout en signe de resjouissance d'ung si bel oeuure pour le publicq, que lesd" fontaines; Et à l'instant Mond' sieur le l'réuost des Marchans, suivy de Mesd" S" les Escheuins, Procureur du Roy, Greffier et Recepueur, présenta au Roj une liuelle d'argent, et aussy tost lesd" trompettes sonnant, led' S' Roy a esté conduict à l'endroictoùse commance le grand regard, suivy de lad" dame Royne et de tous les princcset seigneurs cy-dessus. Sad'° Ma'' a assis et posé lad* première pierre, sur laquelle a cstû mis par Sad* Ma", à assis et posé, Cinq desd" Medalles cy-dessus, l'une d'or Et quatre d'argent, baillées par lesd' Prévost des Marchans et Escheuins, lesquelles ont esté couvertes d'une autre pierre, qui ont esté liées ensemble par Sadicte Ma", laquellCj pour se
AQUEDUC D'ARCUEIL. ARRIVÉE DE L'EAU A l'ARIS 159
rompu, soi L par les troubles qui survinrent dans l'Etat, soit par la mort de l'enlrepreneur Jehan Coing. Les travaux ne furent pas terminés dans le délai de quatre ans prévu au devis. Les aqueducs de capta tion des sources du grand carré n'étaient pas achevés, lors de la reconnaissance que l'on fit en 1619, de tous les ouvrages adjugés à l'entrepreneur Gobelin. Plusieurs portions de voûtes, et l'extrémilé occidentale du pont-aqueduc d'Arcueil étaient aussi, à la même époque, dans un état d'imperfection. Ce dernier monument ne fut en effet complètement terminé qu'au commencement de 1623.
« Le 19 mai de la même année, les eaux d'Arcueil arrivèrent au réservoir oii elles devaient être reçues, et dont le plan de Paris, publié par Gomboust en 1652, indique l'emplacement à l'extrémité méridionale de la rue d'Enfer. » (Girard.)
« Les eaux furent introduites dans les conduites de la distribution le 18 mai 1624, en présence du prévôt des marchands et des échevins de la ville ; le 21 juin de la même année, le roi posa la première pierre de la fontaine de la place de Grèves. Les eaux concédées à la ville furent réparties dans quatorze fontaines. Les travaux de distribution et des bâtiments de ces fontaines exigèrent environ quatre années, de sorte que ce ne fut qu'en 1628 que les eaux de Rungis furent réellement distribuées. » (Bonamy.)
Nouvelles recherches des sources m 1651. — Les travaux de captation des sources de Rungis, qui remontent au dix-septième siècle, n'ont pas été construits à la même date; l'eau d'Arcueil a
faire avec laditle truelle d'argent, a pris du mortier dans ung bassin d'argent qui esloit à teste fin préparé, Et à l'instant lesd" trompettes et tambours ont recommancé à sonner auec grande acclamation de joye et cris de Vive le Roy par tout le peuple. Ce faicl, Mesd' sieurs de la ville ont présenté au Roy et à lad" dame Royne, à chacun une desd'" medalles d'or fort belles et pesantes, et à Mond' seigneur le Gouuerneur et autres princes et seigneurs leur en a esté baillé d'argent, de quoy leursd" Ma'" ont esté fort aises et comptants des libéralitéz de lad" ville. Ce faict, leur a esté présenté la collation qui leur auoit esté préparée desd"' exquises et excellentes confitures, que leursd'" Ma'" ont trouué fort belles, Et de tout ont remercyé Mesd' sieurs les Préuost des Marchans et Escheuins ; Et ajans pris congé de leursd' Ma'", chacun s'est retiré, et sont mesd" s" de la ville reuenus en ceste ville. (Extrait des registres de la ville, vol. XIX, fol. 156).
iCO LES ANCIENNES EAUX.
commencé à couler à Paris le 19 mai 1623, mais alors tous les travaux de caplalion n'étaient pas encore termines.
Pour aiigmenlcr de plus cri plus l'abondance des cauxdansParis, Louis XIV permit au Sieur ISocqucl Bourgeois de Paris, par un Brevet du 15 Septembre 1651, de faire travailler à une nouvelle rechcrciie, de fouiller par tout où il seroit besoin, et d'associer avec lui telles personnes qu'il voudroit clioisir : afin de l'encourager dans ce dessein, Sa Majesté se réserva seulement 8 demipouces d'eau, et lui fit don de tout l'excèdent qui provicndroit de son travail pour en disposer à sa volonté: ce Brevet fut confirmé par Arrêt du Conseil du 29 janvier 1653.
Le Prévôt des Marchands et les Echevins, toujours zélés pour le bien commun de la Ville, s'associèrent avec Bocijuet, et contribuèrent infiniment au succès de l'entreprise; tous les travaux furent achevés dans l'intervalle de trois années; cette dernière opération produisit 25 pouces et demi et 27 lignes de nouvelles eaux'.
Bonamy et Girard ne donnent aucun renseignement sur les soiu'ces découvertes par le sieur Bocquet, et il n'en est pas fait menlion dans le Recueil des règlements sur les eaux de Paris. Les plus anciens employés du service n'ont conservé le souvenir d'aucune tradition sur ces travaux; j'ai trouvé ce renseignement dans l'ouvrage de Sauvai, oij les sources des nouvelles eaux amenées à Paris sont nommées. Voici ce passage, dont je retranche toutes les erreurs que commettent habituellement ceux qui, sans être ingénieurs, décrivent des travaux de ce genre :
« La recherche des eaux de Rungis a été laite en deux différents temps : la première, en l'an 161'2, sous Louis XIII.... et la seconde en Tannée 1G55, par la permission du roi Louis le Grand.... Les eaux de la seconde recherche proviennent delà source appelée les Maillets et de celle de la Pirouette; la source des Maillels vient d'une pièce de terre qui est au-dessus de l'église de Rungis'. »
• Traite de la police, t. IV, p. 581.
' Sauvai, Recherches des anliiiuilcs de Paris. Sauv.il, d;ins la partie du (extc que j'ai suppriméo, confond les sources du Lonjj-liojau avec celles de Rungis.
AQUEDUC D'ARCUEIL. —RECHERCHES DU S' BOCQUET E^' IGdI. 161
Les sources dérivées parle sieur Bocquet sont donc celles de la Pirouette et de l'Eglise, qui sont bien connues dans le service.
On trouvera plus loin la description des deux aqueducs, dits de Paray et de l'Eglise, qui conduisent ces deux sources au premier regard de l'aqueduc d'Arcueil.
Les jaugeages, que je vais faire connaître, prouvent, d'ailleurs, que ces eaux dérivées de 1651 à 1655 sont fort peu abondantes; si, en 1655, leur produit a été trouvé de 25 pouces 99 lignes (environ 460 mètres cubes par 24 heures), cela tient uniquement à une grande période d'années humides qui se succédèrent vers celte époque. Trois des plus grandes crues de la Seine ont eu lieu en 1649, 1651 et 1658, et une seule de ces crues correspond à un long accroisserhent du débit des sources; je le démontrerai ci-après.
Le récit de Bonamy confirme ce que je viens de dire : depuis l'arrivée des eaux de Rungis, c'est-à-dire depuis 1624 jusqu'à la grande sécheresse de 1667, la ville tirait des trois aqueducs du Pré-Saint-Gervais, de Belleville et d'ircueil, environ 40 pouces d'eau. En 1668, cette quantité était réduite à moins de moitié.
A la suite de cette sécheresse qui se prolongea jusqu'en 1669, Li ville fut autorisée à faire de nouvelles recherches dans les coteaux de Cachan : on y découvrit une jolie source, connue aujourd'imi sous le nom de fontaine pesée ou de fontaine couverte, qui appartenait à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
En 1671, « M. le prévôt des marchands et les échevins de Paris, voulant augmenter l'eau des fontaines de la ville, firent une transaction avec le sieur Berrier, chargé par le roi de l'économat de l'abbaye de Saint-Germain, oii il était marqué entre autres choses : que l'eau des fontaines du territoire de Cachant, dépendant de l'abbaye, sera conduite dans l'aqueduc de la Yille, à la réserve d'un pouce d'eau, qui sera pris par préférence dans toutes les saisons de l'année et jette par la conduite ordinaire dans l'ancien réservoir de Cachant. Le prévôt des marchands et les échevins
Iransporlèrenl aussi à l'abLé et aux religieux de Saiiil-Germain un derai-pouce d'eau des l'ontaines de Paris, faisant pai lie de la source et du regard de Cachant, lequel devait être pris au grand regard de la porte de Saint-Michel, sans compter les dix-huit lignes d'eau accordées auparavant à l'abbaye pour les prisonniers enfermez dans les prisons. Celte transaction fut exécutée au commencement de l'année suivante '. »
La délivrance des eaux fut l'aile le 25 juillet 1671 à a messieurs de la ville; » un jaugeage exécuté en leur présence par M. de Francini Grandmaison, intendant des eaux el fontaines du Roi, ne produisit que deux pouces d'eau. Mais le sieur Vieil, représentant de l'Abbaye, fit observer à messieurs de la ville « qu'en la saison présente les sources estoienl beaucoup affoiblyes par la sécheresse et qu'aux autres mois de l'année la (juanlitéd'eauc quy se trouuoit audit regard cstoiL de trois pouces au moins. » Celte explication parut suffisante et le produit de cette source fut lixé à trois pouces"".
1" partage des eaux. Arrêts du conseil des '20 octobre et 9 décembre 1634. — M. (Je Francini, Intendant des Eaux et Fontaines, et MM. de Sainctot et Boucherai, eurent la commission de faire jauger les eaux : par leur Procès- Verbal du 20' octobre de la même année, elles se trouvèrent monter à soixantepouccs un quart et un seizième ; mais comme les Entrepreneurs avoient été obligés d'en laisser cinq pouces un quart et un seizième à Bcrny, à Arcucil et à Gcnlilly, pour dédommager les Propriétaires dont ils avoient fouillé les terres, et sur lesquelles ils avoient fait passer les conduites, il n'en arrivoit au grand regard du Faubourg S. Jacques que 55 pouces; sur celle quantité, le
' Dom. Bouillard, Histoire de l'ahhayede Sainl-Germain-des Pris, p. 204. On lit dans le même ouvrage la note suivante, page 143 : a Note 0, année 12P2. Le Pré-aui-Clercs éloit divisé en deux parties par un fossé ou cours d'eau de 13 à 14 toises de large qui conunençoit à la rivière de Seine et traversant sur le terrain des Pclits-Augustins, à peu près à l'endroit où est aujourd'hui leur église, alloit se rendre dans les fossés de l'aljbaye, proche la poterne qui y éloit alors ; c'est-à-dire que ce cours d'eau répondoit à peu près au coin de la rue Saint- Benoit, "a l'extrémité du jardin de l'abbaye. On le nomnioit la petite Seine. La partie du pré la plus proche de Paris fut nommée le Petit-Pré, et celle rpii s'élendoil vers la campagne s'appela le Grand-Pré-au.\-Clcrcs. Voyez le Mémoire inslruclif louclianl la seigneurie du Préaux-Clercs, p. 1 . »
» Registres de la ville, t. XLV, fol. 4oG.