VI. — Juste de Juste
Sous le nom du Maître au monogramme NATL, on trouve de temps en temps, dans les catalogues de vente d’estampes anciennes, l’annonce d'une suite de Figures académiques el gymnastiques. Ce qu’on entend désigner ainsi, ce sont des planches qui n’ont rien d’académique, dessinées avec rudesse, gravées à l’eau-forte par le plus exagéré des artistes de l’École de Fontainebleau, curieuses cependant par leur originalité et faciles à distinguer par le monogramme c^u’elles portent.
Seulement, il nous paraît qu’on déchiffre inexactement ce monogramme en y lisant natl. Brulliot (U" partie, 1777) le décompose en emst. M. Renouvier est plutôt dans la vérité en y découvrant les lettres iuste, qui ont l’avantage de former un nom, et même le nom d’un artiste sculpteur. Juste de
Juste, employé par le Rosso aux travaux de stuc de la grande galerie de Fontainebleau.
Le dégingandé des poses, l’exagération de la musculature, surtout la simplicité de la composition qui élimine tout détail inutile, s’accordent assez bien avec l’idée que ces estampes viennent d’un sculpteur plutôt que d’un peintre, et rendent acceptable l’attribution proposée par M. Renouvier.
Les travaux de M. de Montaiglon’ ont jeté une vive lumière sur la famille des Juste et sur leurs oeuvres ; même avant d’avoir connu les découvertes de M. Milanesi, il avait établi leur origine llorentine et fixé les points principaux de leur biographie.
On connaît aujourd’hui leur nom patronymique, Betti, et leur généalogie peut être fixée, en remontant jusqu’au xiv' siècle. Ceux de ces artistes qui sont venus exercer leur art en France sont :
r Antonio Betti, fils de Giusto Betti, Antoine de Juste^ né à Florence en 1479, marié à Lisa di Nardino del Face, mort avant le 1" septembre iSiq;
2° Andrea Betti, fils du même Giusto, André de Juste, né vers iqSS, habitant Tours en 1527 ;
3° Giovanni Betti, fils du même Giusto, Jean I de Juste., le grand homme de la famille, né en 1485, marié à Agnès, mort avant septembre iSSq;
4“ Giusto Betti, fils d’Antonio (1°), Juste de Juste, né à Florence en i5o5, marié à Françoise Lopin, de Tours, mort avant février i56o ;
1. Gazelle des Beaux-Arls, t. XII, 21^ période, p. 385 et 5i5; t. XIII, p. 552 et 657; t. XIV, p. 36ot t. XV, p. 221.
5° Jean II de Juste, probablement fils de Jean 1, né en France, dont on a la signature sur la quittance de travaux exécutés à Tours en i56o, mort en 1577, puisqu a cette époque toute la descendance mâle du vieux Giusto Betti se trouvait éteinte.
De tous ces artistes, le seul dont nous ayons à nous occuper est Juste de Juste. Les mentions relevées par M. de Grandmaison, par Jal, par M. Guiffrey, par M. de Laborde, permettent de reconstituer sa carrière. En i52i, son apprentissage chez Jean de Juste, son oncle, est terminé. En 1529 et i53o, alors qu’il habite encore Tours où il s’est marié avec Ffi-ançoise Lopin, il est chargé par le roi d’exécuter certaines images de marbre et deux statues, l’une d’Hercule, et l’autre de Léda : pour ce travail, il reçoit en deux paiements 2o3tt. 10 s. En i53i, il est au nombre des artistes retenus pour le service du roi, et touche en cette qualité une pension annuelle de 240^ qui lui est irrégulièrement payée : dans l’ordonnance qui nous fournit ce renseignement*, il est en compagnie de Roux de Roux, de Matteo dal Nassaro, de Francisque de Carpy, de Jérôme de Robbia, etc. De i535 à iSqo, il est employé aux ouvrages de stuc de la grande galerie de Fontainebleau, à raison de 20 livres par mois, non compris la pension pour laquelle il est inscrit depuis i53i. Il n’est plus question de lui, à Fontainebleau, après iSqo; sa qualité de Florentin l’avait probablement servi auprès de son compatriote, Rosso ; mais le Bolonais Primatice