HISTORIQUE
Chaudesaigues doil sa naissance, son développement à la nappe d'eau chaude sur laquelle elle est bâtie, C'est le callide aquæ de l'an mille, le Caldas Axguas ou le Chaldas Aigues des pays romans. Les premiers habitants se groupérent frileusement autour des sources, ils y restôérent retenus par les bienfaits de l'eau. Le novau primitif de la ville est semble-t-il ce quartier où émerge la source principale dénommée « Le Par »,
Dans tous les pays où ils portérent leurs armes conquérantes, les Romains recherchaient les eaux minérales et s'arrélaient de préférence aux eaux chaudes. Is élevaient alors à grands frais ces [hermes vastes el splendides dont les magniliques restes ne donnent qu'une vague idée, À ce suJet nous avons l'opinion du Docteur de Rihier :
€ Pendant que César luttait contre Vercingélorix, ses lé-
gions ravageant le pays S'arrêlaient souvent devant les modestes stations gauloises..…. et Ja légende dit même qu'aussi bon administrateur que grand capitaine, le galant Chauve (c'est ainsi que l'appelaient ses soldats) avait envoyé des ingénieurs romains visiter toutes ces sources et dresser les plans de magnifiques thermes qui seraient édifiés dès la pacilication du pays ».(1 PME ETS
(1) Docteur de Ribier - Les stations thermales et leseaux minérales en France sous l’ancien régime, Paris J. Roustet, éditeur 1, Rue Casimir Delavigne 1904 page 1.
Malheureusement tout disparait avec les invasions barbares du V® siècle et l'histoire des stations thermales manque de documents. Cependant la découverte de vestiges de consltruclions et de médailles romaines à Chaudesaigues tendraient à prouver que ses eaux étaient connues des Romains. Il semble jusle de penser que les Romains ont connu Chaudesaigues ; on connaît l'abus qu'ils firent des bains, on ne se contenta plus du bain hebdomadaire les jours de marché ni même du bain quotidien, on prit jusqu'à cinq et six bains par jour. Les jours ne suffisant pas, on prit des bains la nuit, malgré quelques interdictions momentantes, Devant une telle faveur des bains, les thermes de Chaudesaigres ne durent pas manquer d'être fréquentés. Bonnard (n a donné un résumé des discussions qui entourent Porigine romaine de Chaudesaigues ; les opinions qu'il donne à l'appui ont une valeur sérieuse el permellraient de l'affirmer malgré celle de Monsieur Felgères qui a éludié d'une facon approfondie l'hisloire locale du canton de Chaudesaigues, Actuellement, on ne peut qu'admettre une forte présomption en faveur de celle origine en allendant que surgisse une preuve irréfutable venant de la géographie comparée où de l'archéologie.
Sous l'empereur Charles le Gros et le règne en Auvergne de son fils Charles, roi des Aquitains, la villa du Par apparlient à un seigneur nommé Bodon qui la donne en 886 avec tous ses mas el son terrilüire rural au chapitre de Saint-Julien de Brioude (Haute-Loire). Naturellement un oraloire s'éleva pres du Par, 11 fut construit dans un quartier qui garda tou- Jours son individualité propre et reltint le nom du Saint brivadois qu'il porte encore aujourd'hui, ainsi les maitres du pays profilaient temporellement de la formalion de ces nouveaux centres habités.
Au moyen àge elle fut un centre Thérapeutique puissant comprenant plusieurs maladreries et des couvents qui possédatent des éluves et des piscines. Le lerrier de 1332 parle de
(1) La Gaulc thermale - L. Bonnard - Plon-Nourrit et C9 - Imprimeurs-éditeurs, 8, Rue Garancière, Paris VI 1908 page 407.
la piscine publique « lo banh » sise au quarlier du Par comme d'une chôse ancienne dont l'usage est entré dans les mœurs. ILest probable en effet que cel élablissement sommaire exista ce tous temps, l'usage des étuves naturelles n'avant jamais complétement disparu. La nécessité de combattre l'horrible léau de la lèpre fut pour beaucoup dans le retour à l'emploi des eaux chauces à l'époque médièvale, « Chaudesaigues élait en relalions [Op constantes avec le iouergue si éprouvé par la peste noire de 1348 POUr n'avoir pas payé son tribut à la « Grande Mort ».… Lieu ‘de passage el d'étapes, la ville avec ses rues élroiles, ses maisons basses enveloppées d'une alMosphère lourde et chargée de vapeurs, offrait un terrain favorable à l'éclosion des plus terribles épidémies. Le germe était d'ordinaire apporlé par les soldats ». (1) On constate done l'existence de deux Maladreries, l'une ancienne, l'autre plus récente. Chaudesaiques connut deur périodes d'une particulière prospérité: la première allant du milieu du AIT siècle au milieu du XIV®, et la deuxième, du commencement du XV° au milieu du XV{°.
Au cours de ces périodes vivaces tout se développe à la fois à Chaudesaigues : lissage des cadis, lannerie, Consiruction, établissements hospitaliers : les nombreuses maladies appelant un lrailement par exsudation lui assurent une clientèle dans un certain périmètre. La peste noire de 1348-1349 mit une fin brutale à la premicre période, les guerres de religion à la seconde par des coups plus prolonds encore, En 1437 Charles VIT et Agnès Sorel visitent Saint-Flour et les thermes de Chaudesaigues.
Les documents Manquent pour nous donner une idée de ce que fut la station thermale au moyen âge. On sait que sur le bord de la piscine du Banh (Baynh, selon la désinence du lerrier) se pressaien nombreuses Jes plus belles habitations de Chaudesaigues, que la piscine formait un reclangle allongé, que les gens du peuple et les bourgeois se baignaient —
(1) Charles Felgères. Histoire de la Baronnie de Chaudesaigues, Champion, éditeur, 9, Quai Voltaire, Paris VII. 1903, page 409
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ensemble, les sexes mélangés, que les maris auraient fait de parfaits citoyens de la république de Platon où tout devait êlre en commun. Au moyen äge l'usage des bains en général el des eaux thermales en parliculiér ne fut pas aussi abandonné qu'on le dit souvent et il est bon de n'aceueillir qu'avec une extrême prudence les assertions parlant de l'abandon des cures Licrmales sous prétexte que l'esprit était ailleurs et que la magie, les songes et l'astrologie auraient formé le fond des connaissances médicales.
Le premier lravail important concernant Chaudesaigues lut fait par Alibert en 1826 dans son « Précis historique sur les eaux minérales les plus usitées ». I] parle d'après M. Grassal qui élait inspecteur des eaux minérales de l’arrondissement de Saint-Flour.Alibert nous donne les renseignements suivants : La belle fontaine du Par a une tempéralure de 88° au thermomètre cenligrade. 1] signale des sources dans le lit même du ruisseau le Romantalou. La composition de l'eau du Par est :
Hydrochlorate de soude Sous carbonate de soude Carbonate de chaux Carbonate de fer Silice
La composilion de l'eau du moulin du Ban est :
Acide carbonique libre Hydrogène sulfuré Chaux éteinte Soude Fer
Sur les canalisations on trouve du sulfate de chaux et du carbonale de chaux. L'eau est sans odeur claire, limpide, elle laisse sur la langue un peu d'astringence et de slypticité, elle a la « qualité onctueuse qui donne à la peau plus de souplesse » résultat d'une malière que M. Berthier croit être une combinaison de gélatine et de silice. La température de l'eau varie suivant les saisons car plusieurs observateurs n'ont pas trouvé le même chiffre, la varialion serait de 7° Reaumur. Il n essale pas d'admellre une opinion sur la cause de la thermalité, pour lui et avec Gallien on dirait que Vulcain et tous
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les € yclopes qui forment son cortègesont sans cesse occupés à alliser le feu de leurs fourneaux souterrains pour entretenir une température si égale et si constante. La population de Chaudesaigues est de deux mille et quelques cents habitants. Les indigents trouvent une grande ressource dans le haut degré de Lempéralure de ces eaux, ils metlent dans de petits pots de lerre un peu de pain avec du sel, vont à la source tremper leur soupe el reviennent Ja placer sur des cendres chaudes. Les bouchers v épilent les cochons, les pieds et têtes de veau. Albert signale l'existence de la « maïsou caoudo » (maison chaude) c'est le local de la maison où on se réunit pour passer les longues soirées de la saison rigoureuse : c'est une pièce de la maison chauffée par une source chaude où une conduite d'eau chaude, éclairée par la lumière du « Caguêt » (pelite lampe à huile), I signale aussi la possib'hté de former un « grand établissement d'incubation artilicielle », comme l'ingénieur D'Arcet l'a exécuté à Vichy, on aurait alors des milliers de poulets pour le besoin des malades à la saison suivante, il suffirait de rassembler les œufs à 30° de chaleur. On voit que les eaux chaudes jouaient un grand rôle au point de vue domestique. S'en servait-on pour un usage (thérapeutique ? Oui, les médecins l'emploient en boisson, douche, bain, étuve : comme exemple, Alibert cite le cas d'une femme qui avait perdu l'usage de tous ses membres et qui à guéri au point de pouvoir vivre à Paris de son travail. Alibert déplore que Chaudesaigues ait perdu le « lustre » qu'elle avait aux lemps des Romains et au V® siècle, mais il cspère bien que Chaudesaigues sera un jour le « Carlsbad de la France ». [ne eile pas le nombre des malades qui chaque année fréquentaient, la station. Voilà ce que Albert nous apprend sur la vie de Chaudesaigues au début du XIX° siècle.
Le médecin de Chaudesaigues, G. Brémont vient en 1831 compléter heureusement le travail de Alibert, dans un opuseule qu'il dédie à « L'Humanilé souffrante qui guide mon écrit » (1). [attribue l'oubli dans lequel est tombé l'usage des bains à un changement de mode 6t à plus de dévotion à
name) (ù G. Bremont, Matière médicale des eaux thermales de Chaudesaïques, Imprimerie Viallefont. Saint Flour. 1831 page 1
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l'égard de Notre-Dame du pays (ou Notre-Dame de Pitié): une preuve qu'on attribuait tout à la protectrice ce sont les vieilles crosses qu'on voyait alors à cette chapelle. Les bains, d'après Brémont agissent par l'évacuation spontanée des hu- meurs : la sueur ils diminuent le Spasme, agissen{sur le resserrement, l'irritation, les névroses. La sueur peut corriger encore « les mouvements irréguliers des forces vitales el rélablir l'ordre naturel de leur distribution », par exemple dans le rhumatisme, la goulle, le calarrhe chronique SONT OD— Uent ce résultat par des bains et des bains de vapeur locaux.
Les bains peuvent dépurer les humeurs car les sueurs son! les secrélions dont on peut le plus altendre pour Ja crise des maladies telles que galeux,' darlreux, tleigneux, laiteux. Il laut employer les « cadis » (laine du pays) sur la peau. Les “aux augmentent « les douleurs sourdes » ou en « suscitent lorsqu'elles n'existaient Pas », ainsi « la maladie passe de l'état chronique à l'état aigu », la transforme, en change la nalure, or la maladie aigüe guérit en 30 ou 40 Jours, quelquelois plus, quelquefois moins. Les eaux provoquent « lirrilalion inflammatoire » c'est-à-dire une réaction locale démaleuse de la partie malade par exemple le genou. Elles augmentent l’action absorbante des humeurs, provoquent la sortie et le déplacement des matières nuisibles. enfin elles délerminent la fièvre. Par la spécilicite de quelques-uns de leurs ingrédients où principes salins, par exemple une matière gélatineuse ou animale, ou le bicarbonate de calcium, ou l'hydrochlorale de magnésie, les eaux ont encore de la valeur, Les eaux de Chaudesaigues s'adressent aux « rhumatismes chroniques el goutteux », au « catarrhe chronique», à « l'engorgement des vicères et des articulations » aux « phlegmasies ». Ces résullats s'obtiennent par le bain, la boisson, el surtout l'étuve. On peut voir survenir des cas d'apoplexie suivie de mort. On voit donc, d'après ce résumé, que Brémont avait bien observé les effets des eaux : certes il traitail beaucoup de maladies bien qu'il se défende, en faisant l'éloge des eaux, de prétendre qu'elles puissent remplacer tous les remèdes et s'appliquer indistinctement à tous les maux,
Cette étude très approfondie nous montre Femploi qu'on faisait des eaux en ces lemps où les maladies étaient moins bien différentiées qu'aujourd'hui et où la pharmacopée élait moins vaste. On aperçoit déjà un commencement de spécialisalion de la stalion et son emploi tourné surtout vers les rhumaisme, la sciatique et les algies en général.
La premiere thèse qui fut faite sur les eaux de Chaudesaiœues est de Podevigne (Thèse de Paris) 1833. Selon Podevigne, les malades doivent s'abstenir de boissons spiritueuses, ils boivent une à huit chopines par jour, ils font de la gymnastique. Le malade peut prendre des « étuves sèches » c'està-dire renfermant de Fair sec et chaud, ou des « étuves humides » c'est-à-dire renfermant de l'air humide et chaud ; les éluves provoquent la sudation. Les malades prennent des bains d'eau thermale à laquelle on peut ajouter de l'eau ordihaire ou « divers principes ». Après le bain ils sont friction- ‘les bains provoquent la sudation. L'eau prise en boisson, par « verrée » hâle la digestion tout comme le meilleur calé, el purge légèrement si elle est prise à forte dose. La sueur,