‹ Les eaux. Introduction. Les aqueducs romainsChapitre 2 sur 72 · EGYPTE · texte numérisé non relu

EGYPTE

Quoique le résultai de celle étude soil négatif, et qu'on n'ait jamais fait de dislributiou d'eau dans une ville égyptienne, j'ai dû donner un certain développement à ce chapitre.

Les Iravaux d'irrigalion de l'Egypte remontent îi la plus haute antiquité et excitent encore l'admiration de tous ceux qui les \isilenl. L'aménagement et la distribution des eaux du Nil, par des canaux découverts, n'ont jamais été surpassés ailleurs. On se demande donc pourquoi, dans ce même pays, on ne trouve pas de traces d'aqueducs, c'est-à-dire de canaux maçonnés et couverts, destinés à conduire l'eau nécessaire aux besoins municipaux et' aux usages domestiques, aux points des villes assez élevés pour que cette eau soit ensuite répartie dans toutes les rues par l'action de la gravité. Je crois en avoir trouvé la raison : uiême aujourd'hui, malgré les progrès très-réels de l'art de l'ingénieur, il serait impossible de construire, dans cepays, un aqueduc voûté conduisant l'eau par l'action de la gravité.

Un canal découvert, surtout lorsqu'il est destiné à l'irrigation ou à la navigation, peut dériver de grandes quantités d'eau avec

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(les pentes Liès-faiblcs : ainsi, par exemple, un canal de 10 mètres (le lar()eur moyenne et de 2 mètres de profomleur, est un ouvrage fort ordinaire; avec une pente de 0"',02 pai' kilomèlre, il peut débiter un volume d'eau considéral)le, 1 mètre cube par seconde; ce débit suffit à ralimentalion d'une ville de 452000 babilants, à raison de 200 litres par tête et par jour ; la vitesse de l'eau est faible, elle ne dépasse pas 0'",05 par seconde, et le canal s'envase si l'eau est limoneuse; mais il est facile de le nettoyer au moyen de la drague. C'est ainsi qu'est nettoyé le canal de l'Onrcq, qui alimente Paris; le curage est fait à la fin de chaque hiver sans que le service soit interrompu ; un tel canal est d'un mauvais usage, surtout dans un pays chaud comme l'Egypte; pendant les dragages, l'eau devient trèsmauvaise.

Un aqueduc comme celui de la Vanne, de 2 mètres de diamètre, est un très-grand ouvrage, il n'en a même pas été construit de plus grand ; en supposant un tel aqueduc entièrement rempli, il ne peut débiter avec une pente de 0'",02 par kilomètre, que 63 litres d'eau par seconde, quantité insuffisante pour les besoins d'une grande ville: de plus, la vitesse de l'eau est réduite à 0'",02, et l'aqueduc s"envase. il est donc nécessaire d'interrompre le service de temps à autre, pour opérer des nettoyages, opération d'autant plus difficile, qu'elle ne peut être faite qu'à bras d'homme, et en transportant souterrainement les vases à d'assez grandes distances.

J'ai été conduit par tâtonnement à reconnaître, qu'un grand aqueduc maçonné et voûté, pour ne pas s'envaser, devait avoir au moins une pente de 0"',10 par kilomètre. Mais avec leurs moyens de nivellement très-imparfaits, les anciens ne pouvaient faire un tracé avec une pente régulière aussi faible. Je ne pense pas que la pente kilométrique des aqueducs anciens ait jamais été moindre que 0"',50 ; c'est une limite que j'ai trouvée en étudiant les ruines de l'aqueduc de Sens. Il y a quarante ans, au début de ma carrière, on considérait une pente kilométrique

de 0'",30, comme une limite qu'il n'élait pas prudent de franchir, dans le tracé des aqueducs.

Le tracé des canaux h faible pente est au contraire très-facile. Nous ne connaissons pas le procédé des anciens, mais celui dont nos paysans font usage a pu être pratiqué dans tous les temps ; ils creusent les rigoles d'irrigation de leurs prairies, en se faisant suivre par Tenu ; c'est l'eau qui règle ainsi le niveau du canal.

Les anciens ont donc tracé des canaux à très-faible pente ; il n'est pas moins certain qu'ils n'ont jamais tracé un aqueduc avec la pente limite indiquée ci-dessus ; pour démontrer qu'il n'a jamais été possible autrefois, qu'il n'est ])as possible même aujourd'hui, d'exécuter des ouvrages de ce genre en Egypte, il suffit donc de prouver qu'on ne pourrait leur donner une pente kilo- ' métrique de 0"',10. Je pouvais trouver les éléments d'une démonstration dans des faits connus, mais le hasard a mis entre mes mains des documents plus complets, et en outre trcs-inlcressauts.

Un savant Je mes amis, M. Delanoûe, dont nous déplorons la perle récente, obligé de se rendre en Egypte pour rétablir sa santé déjà ébranlée, se chargea d'un questionnaire sur le régime des eaux de ce pays. 11 me rapporta, en 1872, d'excellentes données numériques qu'il devait à M. Linant-Bey, ingénieur très-distingué et bien connu par les travaux qu'il a exécutés en Egypte. C'est au moyen de ces documents que j'ai rédigé cette partie de mon ouvrage.

On admet généralement qu'il ne pleut pas en Egypte j c'est une erreur : tous les deux ou trois ans, quelquefois tous les dix ans, il tombe d'énormes pluies d'orage. Alors des vallées habituellement sèches, sont sillonnées par des torrents, qui coulent quelques heures à peine. M. Delanoûe a eu la chance de voir, le 28 mars 1872, « plusieurs de ces affluents improvisés tomber en cataractes dans le Nil, alors très-bas, » notamment dans rOuari-Sannour ou Sénour, près de Béni-Souef. Mais, on le

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comprend sans peine, ces écoiilemenls éphémèies ne constiluenl pas de véritables cours d'eau. En rénlilé, le premier affluent du Nil, qu'on rencontre en remontant son cours, est l'Atbara; le dcbonclié de cet affluent est à une Ires-Grande distance de la mer ; on compte, en effet :

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