AQUEDUCS ROMAINS. — INSTRUMENTS DE NIVELLEMENT
Sans tenir compte de la singulière observation de Vilruve sui* la grande découverte d'Archimède et sur la sphéricité de l'eau, il est facile de voir que le cliorobale n'est pas propre à faire un nivellement Ircs-exacl.
Penault fait observer avec raison rpi'il est impossible de se rendre compte, avec une approximation suffisante, de l'égalité de hauteur du plan d'eau, à chaque extrémité de petit canal EF. En admettant que les lignes AG des fils à plomb, aient été, dans l'origine, exactement perpendiculaires aux arêtes de la grande règle GH, arêtes qui, je le suppose, étaient les lignes de visée, les actions atmosphériques devaient promptement disjoindre les règles et déterminer la déviation des lignes des fils à plomb. La ligne de visée, au lien d'être horizontale, pouvait donc avoir une certaine inclinaison qui faussait le nivellement.
Cette cause d'erreur aurait été peu importante pour le nivellement d'une route ou même d'nn chemin de fer. Mais les contrepentes étant inadmissibles dans un aqueduc, il fallait nécessairement tenir compte de l'imperfection de l'instrument, et les Romains avaient trouvé un moyen simple d'y remédier : ils adoptaient, pour leurs aqueducs, des pentes très-fortes qui rendaient négligeable la petite erreur que le niveleur (Librator). devait nécessairement commettre à chaque déplacement de l'instrument.
La plus faible pente adoptée par eux que je connaisse est celle de l'aqueduc de Sens, entre les sources de Saint-Philbert et de Noé, (|ui est, en moyenne, de 0'",50 par kilomètre. Cette pente était évidemment regardée par l'ingénieur comme un minimum, car, pour faire entrer la source de Saint-Philbert dans l'aqueduc, il en a relevé le niveau, au risque de la perdre.
En adoptant une pente plus faible, de 0'",20 par kilomètre, par exemple, ce relèvement n'aurait pas été nécessaire. Il est facile de reconnaître que le nivellement avait d'ailleurs été fait avec un instrument très-imparfait, car, sur une longueur de de 5 990 mètres, qui sépare les deux sources, la pente kilométrique varie, sans aucune nécessité, de 0'",01 à *2"\47.
Canalisation. — Le système de canalisation des Romains mérite une attention tonte spéciale, parce qn'il s'est maintenu pendant toute la durée du moyen-âge et, dans les temps modernes, jusqu'à ces dernières années.
Il existe même encore de nos jours dans quelques \illes, notamment à Rome, en France à Clermont-Ferrand, etc.
Les conduites des distributions des anciens étaient en plomb, fistulœ, ou en poterie, tnbidi; par conséquent, leur diamètre était limité et en général assez petit.
Vitruve donne la préférence aux conduites en poterie.
« Les tuyaux de poterie ont cet avantage qu'il est fort aisé de les raccommoder quand ils en ont besoin, et que l'eau y est beaucoup meilleure que dans des tuyaux de plomb, dans lesquels il s'engendre de la céruse, que l'on estime être fort dangereuse et fort contraire à notre corps; et, en effet, il y a apparence que le plomb ne doit pas être réputé bon pour la santé, si ce qui s'engendre de ce métal est dangereux. Cela se prouve par l'exemple des plombiers, que l'on voit d'ordinaire être pales, à cause de la vapeur qui s'élève du plomb quand on le fond, et qui, pénétrant dans le corps, brûle les parties et corrompt le sang ; de sorte qne l'on peut dire que pour avoir de bonne eau, il ne faut pas la faire venir dans des tuyaux de plomb ; et même, elle est plus agréable à boire quand elle est conduite par de la poterie; aussi voit-on que ceux qui ont des buffets garnis de quantité de vases d'argent, trouvent l'eau meilleure quand ils la boivent dans de la terrée »
Vitruve ne cite aucun cas d'empoisonnement par l'eau distribuée dans les conduites en plomb; et depuis qu'il a écrit son livre, personne n'a pu démontrer par des faits, le danger de l'emploi de ces conduite^. Il ne paraît pas que.les Romains aient tenu grand compte de l'opinion do leur célèbre architecte, car dans la distribution de Rome, les fistidœ étaient beaucoup plus employées
* Vitruve, livre VIII, chap. vu, traducl. de Perrault.
AQUEDUCS IlOMAINS. — CANALISATION 07
que les tttbuli. Frontin ne parle jamais des tiihiUi; c'est loiijoiirs par le mol fislula qu'il désigne ce qne nous appelons conduite (Verni.
Le mode de distribution, aujourd'hui admis à Londres et à Paris, n'élail pas praticable dans la Rome antique : en effet, les conduites en fonte étant inconnues, l'eau ne pouvait être dirigée dans de grands réservoirs placés aux points culminants des villes et distribuée par une canalisation simple, commençant au réservoir par un petit nombre de conduiles maîtresses de très-gros diamètre, et se subdivisant, à chaque carrefour, en ramifications secondaires portant l'eau dans toutes les rues.
Le volume d'eau à distribuer étant énorme, et les conduites de distribution étant petites, il fallait nécessairement multiplier le nombre des cuvettes de distribution et prolonger les aqueducs jusqu'à ces cuvettes.
De là l'origine des châteaux d'eau publics et privés. Les conduites des Romains devenaient suffisantes, malgré leur petit diamètre, parce que ces cuvettes de distribution étaient nombreuses, ce qui réduisait considérablement l'étendue des quartiers à desservir par chacune d'elles.
Mais ces conduites manquaient de solidité, et leur mode d'assemblage était défectueux. Elles ne pouvaient donc, dans la distribution, être soumises à de grandes pressions comme dans les distributions modernes, oii l'on ne craint pas de leur faire supporter des pressions é(juivalentes à des colonnes d'eau de 50, 60, 80 et jusqu'à 100 mètres de hauteur.
Les conduites de poterie ne sont jamais solides, quand elles sont soumises à une pression un peu forte; le moindre coup de bélier les fait rompre. On n'a pas encore trouvé un mode d'assemblage, qui se prête aux variations de la température de l'eau.
Pour que des conduites de plomb soient solides, il faut nonseulement que leurs parois aient une épaisseur suffisante, mais il faut encore que leur section soit circulaire. Tout le monde sait que les tuyaux mous en toile, en cuir, en caoutchouc, etc., pren-
nent la forme d'un cylindre à base circulaire dès qu'on les remplit d'eau, il en est de même des tuyaux de plomb: quelle que soit la forme qu'on leur donne, dès qu'on les remplit d'eau soumise à une piession suffisante, ils s'arrondissent absolument comme les tuyaux de toile de nos jardins et les tuyaux de cuir des pompes à incendie.
Lorsqu'ils ne sont pas étirés d'une seule pièce, comme les tuyaux modernes, lorsqu'ils sont formés d'une lame de plomb roulée, il faut que les bords juxtaposés delà lame soient solidement soudés. Enfin, il est nécessaire, lorsqu'ils sont en place, qu'ils soient bien reliés bout à bout par un nœud de soudure.
Or, les tuyaux romains n'étaient pas de forme circulaire ; ils étaient piriformes, comme l'indiquent les diagrammes suivants, et ils étaient reliés entre eux par un mauvais joint.
Le nom gravé sur chacun Je ces luyaux c.~t celui de sjii prupriclaiie.
Je vais d'abord chercher pourquoi les Romains avaient adopté cette forme si peu naturelle. Il semble si simple, au premier abord, de faire les tuyaux circulaires, soit en les étirant, soit enroulant des lames de plomb sur un mandrin, qu'on ne comprend pas pourquoi on a adopté une autre forme.
Mode de confection et d'' assemblage des tuyamr. — Les tuyaux romains (fistulœ) avaient 10 pieds de long (2"', 97) ; ils étaient Ibrmés de plomb en table roulé en forme de poire; ils prônaient
AOUEDUCS ROMAINS.