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AQUEDUCS ROMAINS. - ADMINISTRATION DES EAUX

ment piiissanlc. Avec un peu de soin et d'attention, il n'est pas diCficile d'empèclicr de crever un arpieduc, de planter des arbres ou (Fériger des bâtiments, sur les zones de terrains réservées pour le service.

En réalité, malgré toutes ces mesures administratives et celte organisation, si dure en apparence, les abus les plus scandaleux se développaient pour ainsi dire publiquement.

Administration nouvelle. — Vax 719, les aqueducs ne fonctionnaient plus et n'amenaient à Rome qu'une quantité d'eau iiisigniliante. M. Agrippa les ayant restaurés complètement, resta pour ainsi dire administrateur h vie de ces beaux monuments qu'il regardait, avec raison, comme son ouvrage. Il les entretint de ses propres deniers , organisa une brigade d'esclaves chargée en permanence des soins qu'exigeait leur conservation. Auguste coda au public cette brigade qui lui était revenue en héritage après la mort d'Agrippa \ Elle était composée de 240 esclaves.

Plus tard, Claude institua une seconde brigade de 460 ouvriers, qui resta la propriété de l'empereur {Familia Csesaris).'

Cette organisation existait encore du temps de Frontin. C'était, pour nous servir d'expressions modernes, l'entretien par voie de régie substitué à l'entretien à V entreprise, qui se pratiquait du temps de la République.

Chaque brigade se décomposait eu différentes classes d'agents et d'ouvriers. On y comptait les régisseurs (villici), les gardesbassins (castellarii), les inspecteurs (circitores), les paveurs (silicarii), les enduiseurs (teclores) et les manœuvres (opifices).

Ces ouvriers étaient logés, soit autour des châteaux d'eau et des spectacles, soit hors des murs, cà portée des aqueducs, pour exécuter promptement les manœuvres nécessaires en cas d'accident'.

» Uiihiid et familiam propriam aquamm quœ tucretur ductus, alque Caslella et Laciis. Ihnc Augustus hœreditale ab eo sibi relidam pnblicavit. (Fuontin, cliap. xcix.) * Frontin, chap. cxvii.

Le iiivcleiir (librator) ne paraît pas avoir élé compris dans les brigades attachées en permanence aux aqneducs. Je ne vois point non plus qu'il soit question, dans Frontin, du plombier, qui joue un rôle si important dans nos distributions modernes.

Celte organisation était en partie rationnelle. Il est absolument impossible, sans une régie bien organisée, de surveiller les arjuedacs, les châteaux d'eau, et, en général, tous les ouvrages qui servent à la distribution de l'eau.

Les manœuvres, en cas d'accident, doivent être faites avec une telle promptitude, qu'il faut que l'administration ait sous la main des agents qui dépendent entièrement d'elle; malheureusement les régies coûtent fort cher, parce qu'il est difficile, faute de stimulant, d'obtenir des ouvriers qui y sont employés une somme sufiisanle de travail.

L'entretien proprement dit doit donc être fait à Tentreprise, autant que possible.

Curateurs des eaux, — Après la mort d'Agrippa, Auguste reconstitua l'administration des eaux de Rome. Sous le consulat de Q. JElius Tubero et de Paulus Fabius Maximus, il créa une charge spéciale de curateur des eaux. Ce dignitaire était assisté de deux adjoints, et ses attributions furent réglées par sénatus-consulle.

Lorsqu'il vaquait à ses fonctions, il ne marchait qu'avec une nombreuse escorte, composée de deux licteurs, de trois esclaves publics, d'un architecte, et, en outre, de greffiers, d'expéditionnaires, d'huissiers, de crieurs en nombre égal à celui accordé aux fonctionnaires qui distribuaient le blé au peuple \

Toutefois, lorsqu'il agissait dans l'intérieur des murs, les deux licteurs étaient supprimés; ce qui veut dire sans doute que, hors des murs, les détournements d'eau et les autres entre-

* Cuin, ejus rei caus^sa, extra urbem cssenl, liclores bi}ios, et scrvos publicos ternos, (ircliiieclos siiujulos, et scribus et librarios accensos, prœeonesqwi totidem liabere, quot liabent ii per quos frumentum plebei datur. (Sénatus-cohsulle, Fho.ntix, cliap. c.)

AQUEDUCS ROMAINS. — ADMtMSTRATIO.N DES EAUX. Hl

prises sur les aqueducs ne se réprimaient pas sans l'emploi de la force.

Le curateur et ses adjoints étaient défrayés de papier, de labletles et de ce qui était nécessaire à l'exercice de leurs fonctions.

Leurs agents recevaient des salaires annuels et des rations de blé qui pouvaient être converties en argent. Ils devaient veiller à ce qu'aucune concession nouvelle ne fût faite sans l'ordre du prince ; régler la prise d'eau de chaque usager à ce qui lui revenait légalement, s'opposer aux fraudes de tous genres^; vérider souvent l'état des coucessions hors de la ville et le nombre des fontaines publiques '.

Lorsque des réparations étaient ordonnées par le Sénat, ils pouvaient extraire des propriétés voisines tous les matériaux nécessaires ; Tindemnité était préalable et devait être réglée par arbitrage; le transport de ces matériaux s'effectuait à travers les propriétés privées.

Les édifices ne pouvaient être élevés et les arbres plantés qu'à une distance de 15 pieds (4'", 455) des fontaines et des substruclions. Lorsque les aqueducs étaient entièrement enterrés, la distance était réduite à 5 pieds (r",485).

Les curateurs connaissaient de tous les délits et jugeaient les contrevenants, qui étaient condamnés à 10 000 sesterces d'amende (2500 francs); la moitié de cette amende était donnée au délateur, l'autre moitié était versée au trésor public '. Toutes ces lois étaient sages, mais elles étaient fort mal observées.

Détournement des eaux publiques. — Les curateurs devaient vaquer aux affaires publiques et particulières, qui rentraient dans leurs attributions pendant le quart de Tannée. Cet usage tomba

* U(['C obscrvanda sunl, ne quis sine lilleris Cœsaris, kl esl-ne quis aquam non imjjelruUnn cl ne quis amplius quam impclravil ducat... maqna cura multiplici opponendu fraudi esl... sollicite suhindc ductuse.ctra urlicni circunieundi, etc. (Frontin, cliap. cm.)

- i'Jst iinperaium ut inspicerent uquas publicus, iniientque numerum salientiuin. (Séiialus-LOiisulte, FnoMi.N, clnip. civ.)

"' FKOiNiUN, chap. cxxvii.

112 INTRODUCT[ON.

en désuéliidc. Les appariteurs et autres agents d'un ordre inférieur, quoique payés par le trésor public, négligeaient leurs devoirs comme leurs cliefs '. Les abus se multiplièrent donc comme sons l'ancienne administration, et malgré la sévérité des lois qui })unissaient les contrevenants, l'eau des aqueducs fut détournée de la manière la plus scandaleuse.

« Nous avons trouvé (dit Fronlin), des eaux détournées pour arroser des cbamps, alimenter des tavernes, des salles de festins, des lieux de débauche, etc. ' »

Les eaux de Marcia et de Julia tout entières n'arrivaient plus à leurs lieux de distribution. Les anciens châteaux d'eau de ces eaux avaient été pris par Néron pour la distribution de Claudia et d'Anio Novus, et on n'en fil pas de nouveaux pour les eaux anciennes, qui furent détournées par les particuliers jusqu'au règne de Nerva.

Pline parle du détournement non-seulement de Marcia, mais encore de Yirgo. « Déj.à, depuis longtemps, la ville est privée de la jouissance de l'une et de l'autre de ces eaux, que des propriétaires, par avarice et par convoitise, ont détournées dans leurs maisons de campagne, au détriment de la salnbrité publique''. »

Ces trois eaux figuraient au registre de l'état pour 2242 quinaires, absolument comme si elles étaient régulièrement distribuées.

Aujourd'hui on a peine à comprendre de pareils abus, une telle négligence chez les administrateurs et une telle impudeur chez les contrevenants.

Mais il ne faut pas perdre de vue que l'administration romaine avait peu à peu perdu son caractère municipal, si remarquable dans l'origine.

C'était le prince et le Sénat, qui réglaient les affaires de la ville

' FroîiTin, chap. ci.

- Fro.ntin, clinp. Lxxvi.

5 « Quamquam utrhisque jam pridem nrhi periit voluptas, ambitiojie avaritiaqtie in villas ac suburbana detorqueiitihus publicam salidem. » (Pline le Naturaliste, lib. XXXI, chap. XXV.)

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