DE3 LATRINES ET DES ÉGOUTS
Latrines. — Exislait-il des latrines à Rome? Les avis sont Irès-partagés sur celte question : voici ce qu'en dit Parenl- Ducliàlelet :
c< On comprendra l'ulilité et l'importance de ces travaux (des égouts), dans une ville aussi étendue et aussi populeuse que Rome, et sous le ciel de l'Italie, lorsqu'on saura qu'il n'existait pas de latrines dans les maisons particulières, que les rues de la ville étaient étroites et tortueuses, et que les esclaves des gens riches étaient chargés d'aller jeter tous les matins, les ordures et le produit des déjcclions, dans les cent quarante-quatre latrines publiques qui se rendaient aux égouts, ce que les pauvres et ceux qui n'avaient pas d'esclaves jetaient à la porte de leurs maisons. »
Gontrairemenl à ce passage de Parent-Duchatelet^ M. Maxime Paulet prétend qu'il y avait des latrines dans les maisons des
• M. Maxime Paiilet dit que le iiombro des latrines ijubliqiies était de 44. On vient de voir que, suivant Parenl-Ducliàlelel, ce nombre était de 144. Kntre (es deux opinions, il n'y a peiit-èlre qiiune f.iule d'impression, fautes Irop fréquentes, lor.-que dans un texte. On écrit un nombre en ehinVes, au lieu de l'imprimer mi tontes lettres.
riches; il cite le témoignage deVarron : « Latrines, dit-il, vient du verbe laver, et c'est dans ce lieu qu'affïuenl toutes les immondices produites par les habitants d'une maison. »
Suivant le même auteur, il y avait des lalrines dans le palais des empereurs ; c'est même dans un lieu semblable que le coips (niéliogabale fut jelé par les soldats. On a trouvé, sur le mont Palatin, les ruines de lalrines en marbre avec des indices dn passage des eaux qui servaient à les nettoyer.
Je traduis lil)remenl un passage d'un savant commentateur de Vilruve, qui })araît plus favorable à l'opinion de Parent-Duchàtelet qu'à celle de M. )l. Paulel :
« Scxlus Piufus, que quelques auteurs appellent faussement Victor, dit que les lalrines étaient des lieux publics où les hommes de petite fortune pouvaient satisfaire leurs besoins |)enc1ant le jour; et si ma mémoire est bonne il est même expliqué, dans une lettre de Senèque, que des éponges y étaient suspendues : qiiibus anum abstergerent. Pendant la nuit on était libre de se soulager dans les eaux courantes.
c( Il était facile aux riches d'user de vases que les esclaves vidaient dans les égouts particuliers, ou dans les trop-pleins des châteaux d'eau, d'où les matières étaient entraînées d'égoul en égout jusqu'au Tibre; mais jamais et avec raison, ils n'ont construit de latrines privées : nous au contraire nous creusons les fosses de nos latrines à côté de nos chambres et nous nous exposons à être asphyxiés dans nos lits, par les odeurs méphitique qui s'en exhalent. »
Celte opinion d'un auteur du seizième siècle, Guillaume Philandie, semble fort plausible au premier abord.
Les Romains n'étaient guère plus avancés en industrie que nos aïeux, et les privés à l'anglaise, avec effet d'eau et fermeture hermétique, sont une invention toute moderne que les anciens ne connaissaient certainement pas. 11 ne serait donc pas étonnant que les patriciens romains, pour ne point infecter leurs riches demeures parles trous béants des latrines, eussent pris
AQUEDUCS ROMAINS. — DES LATIilNES ET DES EGOITS i61
l'iiabiliule de faire porter par des esclaves les déjections humaines Je plus loin possil)le, non pas, peul-elre, dans un [)clit nombre de laliines publirpies, comme !e dit Parent-Duchâlelet, mais dans l'égout particulier de la maison où il y avait toujours uu courant d'eau suffisant.
Cependant, avant d'arrêter mon opinion sur ce point, j'ai considté un savant napolitain, M. de Luca, qui a fait de nombreuses recherches sur les antiquités de Pompéies. Voici ce qu'il me l'épond :
« Pi'esquc toutes les maisons de Pompéies étaient pourvues de latrines placées toujours j)rès de la cuisine et jamais ailleurs. Cette habitude n'est pas changée à Naples et aux environs, où toutes les anciennes maisons et plusieurs nouvellement construites ont aussi leurs latrines près de la cuisine. »
M. de Luca pense que les matières tombaient dans des fosses, dont il existe de nombreux spécimens à Pompéies, mais il ne sait si ces fosses communiquaient aux égouts, parce que le sous-sol des rues n'a pas été fouillé.
Il est probable que la capitale de l'empire était aussi bien partagée que les villes de province. Contrairement à l'opinion de Parent-Duchatelet et de Philandre, il faut admettre qu'à Rome comme à Pompéies, il existait des latrines près des cuisines de la plupart des maisons liclics. C'était sans doute dans ces réduits, destinés à la domesticité, que les esclaves portaient les déjections de leurs maîtres. Mais il est probable que le bas peuple jetait ses ordures sur la voie publique, comme cela a encore lieu dans beaucoup de villes du Midi.
Des égouts. — Le plus ancien égout de Rome et probablement du monde est la Gloaca maxima, construite par Tarquin l'Ancien.
Celte galerie fut ouverte, paraît-il, pour dessécher les marais du Vélabre, que les inondations du Tihre envahissaient et qui étaient fort insalubres.
Sa longueur esl tic 600 mèlres cl, d'après des renseignements qui me parviennent de Rome, elle a 4 mètres de largeur et autant de hauteur.
C'était, à l'époque oii elle fut construite, un tour de force d'ingénieur, presqu'une exlravngancc, l'œuvre d'un tyran peu soucieux de la \'ie des hommes :
« Plusieurs travailleurs rebutés se donnèrent la mort ; le monarque imagina alors, pour prévenir des suicides trop fréquents, un moven singulier, dont ni avant ni après on ne retrouve d'exemple ; il fil meltre publiquement en croix le corps des suicidés, puis les laissa ex i osés aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie
On dit que Tarquin donna à la voie souteriaine la largeur d'une charrette amplement chargée de foin'. »
L'idée de régler les dimensions d'unégout, d'après la largeur d'une charrelte chargée de foin, est certainement très-extraordinaire.
Pline ajoule que les Tarquins construisirent encore d'aulres égouts pour l'assainissement de la ville.
Les censeurs Galon et Y. Flacus turent, après l'expulsion des rois, ceux qui s'occupcreni le phis particulièrement du développement des égouts. Mais c'est surtout sous le règne d'Auguste que ces utiles travaux prirent une grande extension. c< M. Agripi)a, dit Parent -Duchatelet, ne se conlenla pas de nettoyer cl de réparer les anciens égouts, il en fit construire une multitude d'aulres sous toutes les rues et les édifices. »
11 ne faut pas croire cependant que l'élat de salubrité de la ville fut très-satisfaisant; bien loin de là. La négligence de l'administration n'était pas moins remarqualle dans le service des égouts que dans celui des eaux :
« Dans les premiers temps, les égouts s'engorgeaient souvent et répandaient partout l'infeclion, puisque nous voyons, par lui
' riiiic le N.iluralisle, liv. WVl, cli;i[i. x\iv. (Traduilioii du M. AjassOii de Grandsagiie.)