‹ Les eaux. Introduction. Les aqueducs romainsChapitre 61 sur 72 · DEDIT · texte numérisé non relu

DEDIT

SORORES PIISSIMAE.

^ Frontin, Commentaire sur les aqueducs de Rome. 0 à 12.

^ Frontl\, Commentaire sur les aqueducs de Rome. 15.

* L'empereur Adrien est le niènie personnage que Publius Aelius Hadrianus, consul en l'an 109, de sorte que si l'inscription citée plus haut le désignait, les thermes de Sens exéciité.s sous le règne de son prédécesseur pourraient néanmoins être son œuvre.

\niKni(; !inM\i\ de sens. — notice de m. .iiîi.f.ioï. , lofi

et dont il reste encore de niajeslnenx débris, remonlenlanx dernières années du troisième siècle. M. F. Lallier l'a établi dans un remarquable travail publié par la Société archéologique de Sens'. 11 les attribue h. Constance-Chlore, qui fut empereur de l'an 292 à l'an 50G. A cette époque, les peuples de la Germanie avaient rompu les barrières que Rome avait vainement essayé de leur opposer sur les bords du Rhin; les invasions et les dévastations étaient devenues journalières. Les villes de la Gaule se virent dans la nécessité de s'entourer de remparts et de fossés capables de résister à l'ennemi. C'est alors que sacrifiant une partie de son territoire, trop vaste pour recevoir une enceinte de murailles, Sens construisit, avec les pierres de ses splendides édifices, de ses temples et môme de ses tombeaux '", des courtines et des tours, qui formèrent au cœur de la cité une forteresse inexpugnables Encore debout il y a soixante ans, ces constructions résistaient à d'autres invasions sorties des mêmes pays que les hordes barbares contre lesquelles il avait fidlu les élever.

L'aqueduc fut-il respecté lors de ces travaux? Les traditions rapportées plus haut semblent le faire croire ; et ce qui vient appuyer celte croyance, c'est le nom de la porte près de laquelle il devait pénétrer dans l'enceinte fortifiée. Cette porte s'appelle aujourd'hui Porte Formau. Et ce nom diversement orthographié a donné lieu à plusieurs dissertations, dans lesquelles on voulait le faire dériver de firma, formosa, forum aquœ. Au seizième siècle, lorsqu'on introduisit l'eau du ru de Mondereau par cette même porte, pour la faire couler dans les rues de la ville, on fit un aqueduc en bois, qu'on appela les Aiujes^ et l'on donna à la porte le nom de Porte des Auges. C'était la traduction lit-

» BuUntin de 184G.

* La Société archéologique de Sens a religieusement recueilli les débris de ces monuments :i mesure que la démolition de ses fortifications les remettait au jour. E'.le a ainsi créé un riche musée lapidaire gallo-romain dont elle a entrepris la publication. Deux fascicules comprenant 50 planches pliotojiiapliiécs '\n-A° ont d(''jà paru.

'' A la devise : Urbs anliqua Senomim, qui accompagne ordinairement les armes de la ville de Sens, le seizième siècle ajouta par allusion à ces liantes murailles : jV«//« cxinifjiiahilis arie. On avait alors oublié rhistoire.

térale de son ancien nom Porta fonnarum, Porte de V Aqueduc.

En conservant l'aqueduc, on ulilisa vraisemblablemenl une partie ou même la totalité de son eau pour la défense de la ville ; on en remplit ks fossés creusés au pied des murs. Les thermes avaient sans doute été saccagés par les baibares; cai^ leur emplacement fut laissé en dehors des foi'lifications. Mais combien de temps dura cet étal de choses?

La période de tranquillité pendant laquelle Sens et les cités voisines purent édifier leurs murailles, fut de courte durée. Des troubles nouveaux et de nouvelles invasions couvrirent le pays de nouvelles ruines; et les dévastations furent telles que nous pouvons à peine nous en faire une faible idée. Cinquante ans s'étaient à peine écoulés depuis la mort de Constance-Chlore, lorsque Julien, devenu César et gouverneur des Gaules, fut en 356 bloqué pendant un mois dans les murs de Sens, oi^i il avait établi ses quartiers d'hiver, par les mêmes envahisseurs qu'il venait de repousser au delà de Cologne. Ammien Marcellin nous raconte le dénuement et la bravoure des troupes romaines et de leur chef, qui fatiguèrent les assiégeants, et les forcèrent à se retirer. Cette retraite ne se fit pas évidemment avant que tout ce qui était à leur portée ne fut ravagé.

Depuis cette époque jusqu'au milieu du onzième siècle, Sens voit successivement camper à ses portes et les Sarrasins', et les Normands, et les Hongrois, et les Saxons. Son territoire est traversé en tout sens par des armées ennemies'. On ne lit dans son histoire qu'incendies, ruines et pillages; mais le laconisme des anciennes chroniques est désespérant, et nous réduit à dire, malgré les assertions du curé de Saint-Romain et de

• Les substnictions de l'aqueduc portaient à Malay-le-Viconite le nom de Mur des Sarrasins; serait-ce en souvenir de leur invasion de 734? La ruine de laqueduc par ces peuples que nos chroniques appellent aussi Wandules doit-elle leur être attribuée ?

* Pendant l'été de 1053, le roi Henri I" vint en compagnie de son grand-oncle Foulques de Nerra, comte d'Anjou, camper à Malay-le-Grand, et tenter inutilement le siège de Sens. L'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif fut saccagée. L'année suivante il revint k la tète d'une armée de 3,000 hommes, et pendant sept jours il dévasta les faubourgs par les massacres et l'incendie, ne pouvant réussir à prendre la ville.

AOIIEDIK; fiOMMX IiF SKNS. — NOTICF. fU: M. JI'M.IOT. 201

Maucler, <\uo nous do savons pas quand l'aqueduc fui rompu.

Par la rupture de ce conduit, les fossés mis à sec devenaient inutiles; il fallut les remplir pour faire face à de nouveaux dangers. Le rétablissement de l'aqueduc eût coûté trop de temps et d'argent, on se contenta de détourner l'eau de la rivière de Vanne à Malay-le-Grand, pour l'amener à ciel ouvert jusque sous les murs de la ville. Et cela était d'autant plus facile que Malay, comme Saint-Pierre-le-Vif, n'était qu'un faubourg de Sens. 11 faisait partie du Comté de Sens; il passa en 1055 dans le domaine du roi ; en 1146 ses habitants jurèrent, avec ceux de Sens, de Saint-Pierre et des autres faubourgs, la Commune qui leur était accordée par le roi Louis Vil, et qu'ils conservèrent jusqu'en 1517.

Aucun document ne nous fournit la date de la création de ce canal connu sous le nom de Bu de Mondereau. Le curé de Saint- Piomain, Rousseau, cité plus haut, le considérait avec juste raison, je pense, comme ayant succédé h l'aqueduc romain, mais sans pouvoir, plus que nous, fixer une date à son origine. Voici tout ce que nous avons pu découvrir de plus ancien concernant son histoire :

Au milieu du quatorzième siècle, lorsque, par ordre du régent, qui fut depuis Charles V, les habitants de Sens eurent « faict faire de nouvel et à leurs despens les foussez de ladicle ville, et pour ce faire, faict abattre plusieurs baslimens et arbres, » ces fossés furent remplis à l'aide de l'eau du ru de Mondereau, « qui passoytet entroyt es foussez de la ville entre la porte du Charnier ' et la poterne de la porte Formau. » Taveau, à qui nous empruntons ces deux passages et (jui se plaît à donner certains détails concernant les travaux qui huent alors exécutés, ne parle du ru de Mondereau que comme d'une chose alors existante. Si l'on avait creusé ce canal en même temps que les fossés, il eu eût dit quelque mot.

' Actuellement porte Noire-Dame.

202 IXTROnUCTTON.

Le ru de Mondereau est donc anlérieur au quatorzième siècle, et nous en trouvons la preuve dans une toute petite charte, conservée dans la bibliotlièque de Sens sous la cote H. 78, n" 1, et remontant à l'an 1259 '.

Dans celte charte, F. Pierre, prieur de Saint-Jacques de Sens', annonce qu'il a obtenu des meuniers du moulin de la porte feu Galon ' une prise d'eau qui arrive librement et sûrement dans les dépendances de son couvent par un conduit souterrain ; il s'engage à leur faire obtenir en échange une égale quantité d'eau de la Vanne, et dans le cas où le roi ou tout autre empêcherait l'arrivée ou diminuerait le volume de celte eau, à supprimer le conduit pendant la durée de l'empêchement ou à leur payer une indemnité sur estimation d'experts.

11 résulte de celte charte : 1° que l'eau de la Vanne, aqua Vanne, aqiia de hocliello Vanne arrivait à la porte Saint-Antoine, située au nord de la ville; 2° que le volume de cette eau était considérable,

' Texte de cette charte :

Liltera fralrum predicalorum pro conducin aque de hochello Vanne.

Ominhiis présentes litteras inspecluris., fraier Petnis, Sancti-Iacobi Senoneiisis prior quaiiscumque, iotiusque eiusdem loci conventus, snlulem in Domino.

JSovennl tiniversi quod in recompensationetn aque molendini venerabiliiim vironim : Hiikirii, Felisii, Guillelmi ac Begnaiidi, canonicorum Sancfi-Petri in ecclesia Sa)tcH-Stephani Senonensis, lohannis de Roseto, carnipris, Garini de Trannis, lohannis de Trannis, nepolis sni, et Roherti Mouton, civium Senonensium, siti extra cJaustrum Senonense, prope portam, que appeUatur porta defuncti Galonis, que de cetera, sicut in litteris venerahilis viri 0., officialis curie Senonensis continetur, per conductum nostrum subterrancnm ad aisaniiamnostram factum, libère ac quiète decurret,promissimus et concessimus quod lanium de aqua Vanne, que fî)(et ad molendinum et per ipsum molendinum, faciemus haberi, quantum per supradictum conductum decurret. Verum si a domino Rege vel a quocumque alio illius recompensationis aquam vel partent aque contingeret impediri, quotienscumque significaretur istud iiobis a dictis comparlicipibus molendini vel ab aliquo eorum, dictus cessaret conductus, donec de illo impedimento constaret, et tune quando de illo constaret, idem conductus cessaret ex toto, douée ipsis comparlicipibus restitueretur aqua illa que mpedirctur , vel ad plénum eis satisfieret secundum estimaiionem bonorum virorum stiper dampnis et deperditis que ipsi haberent occasione impedimenli predicti.

Promisimus instiper quod super hoc litteras prions nostri provincialis eisdem faciemus haberi. Quod ut ratum et stabile sit, presentem cartulam sigillis nostris voluimus sigillari

Actum anno Domini m° ce" tricessimo nono, menses lamiario.

^ Le couvent des Frères Prêcheurs se trouvait à l'ouest de la porte Saint-Antoine, dans remplacement occupé aujourd'hui par la sous-préfecture et le théâtre.

^ Actuellement porte Saint-Antoine.

AQIIEDUn ROMAIN DK SRNS. - XOTITE OF M. JFLLIOT. '20'

piiisque les revenus du moulin', ({u'elle faisait tourner, se parlageaienl entre huit associés com participes : quatre chanoines attachés à l'autel wSaint-Pierre clans la cathédrale, et quatre laïcs qui Sont qualifiés de citoyens Sénonais, cives Senonenses ; 3" que la prise d'eau dans la Vanne est soumise à un règlement; et 4" enfin que la Vanne est alors du domaine royal, puisque le roi est l'autorité suprême qui accorde ou retire les concessions d'eau.

Si l'eau de la Vanne coulait eu ahondance sous les murs de Sens en 1239, par quel canal pouvait-elle y être amenée, sinon par le ru de Mondereau? Et si le ru de Mondereau e.xislail au commencement du treizième siècle, c'est que l'aqueduc romain avait cessé de couler.

* Ce moulin se trouvait :ilors dans la censive de Daimbert, de la Chapelle-sur-Oreuse, chevalier, qui, au mois di> juillet de la même année, approuve une donation faite aux chanoines de Saint-Pierre par Théo de Langres, citoyen Sénonais, et Adeline, sa femme, dune rente de un sextier de froment et autant d'orge ii prendre sur ce moulin, dont le quart leur appartenait. — Autre charte conservée sous la cote G. 117, n" 1 , dans la Bibliothèque de Sens,

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