MODES D'ADMINISTRATION DES EAUX MINÉRALES
Le mode d'administration des eaux minérales joue, comme nous l’avons dit plus haut, un rôle considérable dans la manifestation de leurs effets thérapeuthiques, et l’on doit maintenant le comprendre d’après ce que nous avons rapyorté de l’action dynamique et chimique des eaux. En effet, ne sera-ce pas par un usage méthodique etrationnel du liquide minéralisé que l’on maintiendra l’excitation produite dans les limites prescrites par l’âge, le sexe, la constitution, le degré de la maladie, etc., ete.? et n'est-il pas à craindre que le but ne soit pas atteint ou soit dépassé, si l’on s'éloigne des règles tracées par l'observation et l'expérience ? |
Chaque station minérale a, nous le savons, des habitudes consacrées par le temps et la tradition; si quelques-unes sont repoussées par la raison et reniées par la science, la plupart, 1l faut le reconnaître, reposent sur une longue suite d’observations favorables et méritent, par cela même, d’être conservées. . Nous les exposerons plus loin, alors que nous passerons en . revue les établissements thermaux de la France.
En cette place, exclusivement réservée à des considérations : générales, nous ne pouvons indiquer que d’une manière sommaire les modes les plus communs d'administration des eaux minérales, d'autant mieux que nous nous étendons longuement sur la plupart de ces modes d'emploi dans le volume qui, avec les eaux minérales de l'étranger, expose les services que rend
à la médecine l’usage rationnel des eaux, soit de l’eau pure, soit de l’eau de mer, soit des eaux minérales. Nous renvoyons denc le lecteur à ce volume pour toutes les particularités qui ne pourront trouver place ici.
De l'eau minérale en boisson. — L'absorption des eaux minérales est d'autant plus facile et plus sûre que l'estomac est vide et estresté plus longtemps en repos. Le matin est donc le moment le plus favorable pour l’injestion des eaux.C’est à la source même qu’il les faut boire, parce que à seulement elles contiennent tous leurs principes minéralisateurs. Des malades, poussés par un Calcul pitoyable, s’imaginent atteindre par une Intempérance excessive le but qu’ils poursuivent ; c’est une erreur qui peut devenir funeste. En toutes circonstances, mais surtout lorsque le siége de la maladie est dans les voies digestives ou aériennes, il faut éviter de provoquer sur le tube intestinal une fluxion permanente qui, sans parler de l’état inflammatoire qui pourrait survenir, s’opposcrait à l’absorption du liquide et par suite rendrait illusoire le traitement thermal. Les petites doses sont donc préférables, et l’action, pour en être un peu moins lente, en est continue et partant plus sûre. D'ailleurs, en cette occurence comme sur tous les autres points, il faut $’en rapporter au médecin des eaux, qui, connaissant l'énergie de la source, en calculé êt en prévoit les effets d’après l’état du malade.
De l’eau minérale en bain. — S'il est incontestable qu’une haute températuré appliquée au corps humain surexcite fortement l’enveloppe cutanée et la prédispose mieux à l'absorption, il ne faut pas conclure de ce fait que les eaux minérales les plus chaudes sont les plus convenables pour l’usage des bains.
Une température trop élevée oblige à laisser refroidir les eaux ou, ce qui est pire encore, à les mélanger avee de l’eau froide; dans l’une et l’autre opération, les eaux perdent quelques-uns de leurs principes minéralisateurs et ne produisent plus, en conséquénce, les effets médicaux que promettait leur composition éhimique. Il vaut done mieux que le calorique des eaux minérales ‘ne soit pas trop énergique et reste dans les limites de 35° à 36°.
Cette température, qui n’a d’ailleurs rien d’absolu et qui devra nécessairement varier avec la constitution, l’état des forces du malade et les effets à produire, ne détermine généralement ni sensation de froid, ni sensation de chaud, et tient dans une juste balance les deux fonctions contraires de la peau, l’exhalation et l’absorption. Mais en deçà, et au delà de cette température, l'harmonie est rompue, et le médecin ne doit jamais oublier les phénomènes qui se’manifestent dans l'un et l’autre cas.
Si la température d’un bain descend au dessous de 35° à 30°, l’exhalation ‘cutanée s’arrête et l'absorption s’augmente ; celleci s’accroît à mesure que le bain devient plus frais; il survient alors une abondante diurèse. Si, au contraire, la température du bain dépasse 30° ou 35°, l'absorption s’arrête et l’exhalation se manifeste avec un activité qui est en raison même de la chaleur du bain ; aussi, à la suite d’un bain chaud, survient-il de la soif, parce que le sang a perdu une partie de ses principes aqueux. En conséquence, pour activer l’absorption cutanée, il faut donner des bains au-dessous de 30° à 35°, et pour activer l’exhalation, il faut dépasser cette température.
Outre les considérations relatives au tempérament, à l’état des forces du malade: et aux résultats qu'il s’agit de produire, il faut ten compte encore de la constitution atmosphérique qui règne pendant la saison des eaux, Ainsi dans les temps pluvieux, les bains doivent être plus chauds, pour obtenir une stimulation suffisante du système cutané, en ranimer les fonc tions languissantes et déterminer une révulsion favorable de l'intérieur à l’extérieur. Au contraire, dans les temps secs, chauds, orageux, ces bains doivent être tempérés ; pris à une température élevée, ils provoquent une surexcitation qui aggrave l’état des malades, notamment de ceux dont le tempérament est nerveux et irritable, |
Le bain peut être pris également dans une baignoire ou en commun dans les piscines ; à quel mode donner la préférence ? l'un et l’autre ont des avantages et des inconvénients que nous allons exposer en peu de mots:
Dans une baignoire on a de l’eau minérale chaude et refroidie à sa disposition, le médecin peut prescrire tous les degrés de température, rendre à volonté le bain tempérant où excitant ; Papproprièr au tempérament du malâde, à la nature de l'affection morbide, etc. Mais dans une baignoire, les mouvements du malade sont gênés; on ne peut, malgré les plus grandes précau- “tions, éviter. les alternatives de chaud et de froid, et l’eau, en ne se renouvelant pas, se charge de toutes les exhalaisons que laisse dégager le corps; de plus, le malade, livré à lui-même, s’abandonne aux préoccupations de son esprit; il pense ou à ses affaires, ou à son mal: son imagination n’est point distraite et entretient dans la solitude les dispositio às les plus contraires à la médicalion thermale.
Dans les piscines, cet effet moral n’est pas à craindre : généralement une conversation amusante et variée amène la gaieté, et anime les repas que beaucoup de malades prennent pendant le bain.'L’eau, constamment renouvelée par des canaux
afférents et déférents, conserve tout à la fois sa température et ses principes minéralisateurs. Ce mouvement continu du li- quide en favorise singulièrement l’évaporation, de telle sorte que le baigneur absorbe encore par la vaste surface pulmonaire les principes médicamenteux que ces vapeurs tiennent en suspension ; à ces avantages Incontestables des piscines on a opposé des reproches qui né sont pas sans quelque fondement. Nous ne répéterons pas l’aceusation inspirée par un sentiment exagéré de la décence, parce que, sans parler de la séparation des sexes dans des piscines respectives, on ‘ait que les baigneurs sont couverts depuis le cou juqu’aux pieds, d’une longue robe de flanelle ou de grosse toile qui dérobe aux yeux toute nudité. Mais on reproche aux piscines de ne pouvoir adapter leur température à la susceptibilité individuelle, surtout chez les personnes dont la mobilité nerveuse très-grande peut faire Yarier chaque jour l'aptitude à la chaleur du bain. Nous savons bien que dans quelques établissements, tels que Luxeuil, Plombières, Bains, Néris, ete., il existe des bassins différemment gradués qui s’approprient aux indications les plus générales.
Mais dans beaucoup de cas ces conditions sont insuffisantes, et rien ne peut remplacer les facilités que présentent, sous ce rapport, les bains de baignoire. Enfin beaucoup de malades répugnent à se plonger dans une eau souillée par des mélanges de toutes sortes, qui doivent en altérer la composition et peuvent être d’énergiques agents de contagion.
Nous ne savons jusqu'à quel point ces derniers reproches sont fondés ; mais la répugnance et les appréhensions des malades sont si enracinées que, dans un assez grand nombre des stations thermales, les piscines sont aujourd’hui abandonnées et remplacées par des baignoires.
Mais que le bain soit en commun ou isolé, il peut être général ou partiel : le bain général est celui où la totalité du corps plonge dans l’eau, et le bain partiel est dit demi-bain quand l’eau ne monte que jusqu’à l’ombilic, et pédiluve quand les pieds seuls sont baignés. |
Les demi-bains conviennent aux personnes délicates qui éprouvent, sous l'influence du bain général, un sentiment de gêne ou d’oppression vers la région épigastrique ; 1ls doivent encore avoir la préférence dans toutes les: affections chroniques de la poitrine et dans les cas ou l’on redoute l’afflux du sang vers. le cerveau.
Les pédiluves, dont la durée ne doit pas dépasser dix minutes, sont puissamment dérivatifs et deviennent nécessaires après les bains chauds ct les bains de vapeur, pour prévenir les congestions vers la tête.
Les bains d’eau minérale produisent fréquemment, dès les premiers jours de leur emploi, une éruption assez semblable à celle de la scarlatine et de la miliaire, que l’on nomme /a poussée, Elle est le résultat d’un effort salutaire de la nature et con-. stitue bien souvent un avant-coureur du retour de la santé: Les malades ne doivent donc point s’en effrayer, car elle se dissipe spontanément, même en continuant les bains.
De Peau minérale en douches. Tandis que les boissons et les. bains agissent sur l’ensemble de l'organisme, les douches ont
une action toute locale qui rend à la médication thermale les services les plus éclatants.
Constituée par une colonne d’eau d’une température plus on
moins élevée et dirigée sur une partié du corps, la douche agit : 4° par sa température; 2° par son diamètre;"3° par sa direction ; 4° par sa force de projection.
. Au point de vue de sa température, la douche peut passer par tous les degrés de chaleur; celle-ci se détermine d’après les forces du malade, et d’après l’effet qu’il s’agit de produire ; on ne peut donc rien préciser à cet égard. Mais quand il s’agit d'appeler une stimulation énergique, une réaction violente du côté de la peau, il faut recourir à la douche écossaise qui consiste en des alternatives de douches chaudes et de douches froides. Ces changements brusques et fréquents de températures extrêmes ont pour effet d'exercer une dérivation puissante du côté de la peau, ct conviennent merveilleusement dans les affections asthéniques et surtout dans les névroses.
Sous le rapport de son diamètre, la douche est d'autant plus active que ce diamètre est plus grand, car son action s'exerce alors sur une plus large surface. Cet effet s'obtient au moyen d’ajoutages de différentes grandeurs, et se calcule d’après la partie qu'il s’agit de stimuler.
Au point de vue de la direction, la douche est descendante, horizontale ou ascendante.
* La douche descendante et la donche horizontale ont une action identique ; elles augmentent la vitalité de la partie sur laquelle elles frappent ; elles rendent de la force aux membres affaiblis, activent la circulation, avivent les affections lentes et
facilitent la résolution des engorgements abdominaux. On varie la force de ces douchesen allongeant ou raccourcissant la colonne dun liquide, et en augmentant ou rétrécissant son diamètre.
La douche ascendante se pratique dans les ouvertures naturelles situées à la partie inférieure du tronc ; on a done la douche rectale pour les deux sexes, et la douche vaginale pour la femme.
» La douche rectale est, à proprement parler, un lavement, avec
cette seule différence, que pour la douche, la colonne de liquide est projetée avec plus de force et avec un plus grand diamètre que dans le lavement. A cette occasion, nous ferons remarquer que nos établissements thermaux ne font pas suffir M samment usage des lavements d’eau minérale ; c’est un tort; le gros intestin est une voie précieuse d'absorption pour les principes minéralisatéurs, et cette voie est quelquefois plus sûre que | celle de l'estomac, où les substances médicamenteuses éprouvent toujours, sous l'influence des fluides, gastriques, une certaine « altération qui né saurait avoir lieu dans le ‘gros intestin. Ces lavements nous semblent surtout indiqués dans les cas où l’estomac ne peut digérer Peau mintrale et où alors ils deviennent, les suecédanés de la boisson ; dans les engorgements des viscères abdominaux, parce qu'en présentant les principes minéralisa- « teurs à l'absorption du système de la vene-porte, ils les mettent ainsi en contact direct avec l'organe engorgé.
La douche vaginale exige les plus grandes précautions : on ne saurait être trop réservé sur la force d’impulsion du liquide . et sur Sa température, et l’on doit toujours craindre de produire une trop vive excitation sur la matrice, que Ses fonctions et son organisation prédisposent singulièrement aux maladies inflammaloires.
- La force de projection de Ja colonne d’eau à, sur l’action de“ la douche, une influence que personne ne conteste : plus cette force est énergique, plus l’action de la douche est violente. Cette force s'obtient, soit par la longueur de la colonne du liquide dans la douche descendante, soit par une pression exercée sur cette colonne, comme dans les pompes foulantes. Quel que soit le « moyen mis en usage, il est essentiel de pouvoir graduer cette force et la mettre ainsi en harmonie avec la constitution du malade et l'effet à produire. | |
De l’eau minérale en inhalation. — Dans ces dernières an-. nées, le propriétairé de l'établissement thermal de Pierrefonds, réalisant une pensée de M. le docteur Sales-Girons, à fait” construire un appareil au moyen duquel les malades aspirent. l’eau minérale réduite en poussière. Cette méthode, qu’il ne faut
pas confondre avec l’inhalation des vapeurs d’eau minérale, dent nous parlerons tout à PRÉRUPE a sur cette dernière l’avantage de ne pas soumettre l’eau à une vaporisation artificielle pendant laquelle-se perdent à coùp sûr certains principes minéralisateurs. Dans la méthode de M. Sales-Girons, l’eau minérale, enfermée dans un récipient, s'échappe, sous. une pression de plusieurs atmosphères, par quatre ouvertures capillaires situées à la partie supérieure du récipient, et ces quatre filets de liquide se brisant contre des écrans, sont projetés sous forme de poussière impalpable qui, en peu de temps, remplit la pièce où sont amenés les malades. Les substances minérales tenues en dissolution dans l’eau arrivent ainsi aux voies respiratoires qui, étant le siége de l’hématose, les versent directement dans le torrent de la circulation.
Ce mode d'administration de lé eau minérale n’a pas suffisam-
ment subi l’épreuve de l'expérience, pour qu’il soit encore possible de se prononcer sur sa bonté. Nous croyons savoir que des appareils d’inhalation seront prochainement établis à Pau, à Nice et sur quelques points du littoral où se rendent les phthisiques. Mais; nous le répétons, jusqu’à ce jour il n’est guère possible de formuler une opinion, sur ce nouveau mode d’emploi de l’eau minérale, et nous n’en avons parlé iei qu'à titre de renseignement et pour ne rien négliger de ce qui se rapporte au sujet de ce.livre.
… De l'eau minérale en vapeur. — Toutes les eaux thermales laissent dégager de la vapeur ; mais dans beaucoup de cas le calorique qu’elles contiennent est insuftisant, et il faut alors recourir aux procédés de lart.—Il y a donc deux sortes de vapeur : la vapeur naturelle et la vapeur artificielle.
L'eau minérale réduite en vapeur n’a que deux voies d’ab- Sorption : les organes respiratoires et la peau.
L'inhalation des vapeurs minérales se fait dans des salles disposées pour cet usage, et jouit d’une certaine vogue au Vérnet» à Amélie-les-Bains et au Mont-Dore. Ces vapeurs, plus ou moins chargées -des principes fixes et gazeux contenus dans les. eaux hires agissent d’abord topiquement sur la membrane
muqueuse pulmonaire, dont elles modifient la vitalité, et sont ensuite absorbées et portées dans la circulation.
L’absorption par la peau de l’eau minérale vaporisée ne se fait pas sans une vioiente excitation locale. Le mode d'emploi est le bain et la douche.
L'action des bains est pertubatrice : la peau est vivement ir= ritée et devient le siége d’une vaste congesuüon sanguine ; le pouls s'accélère, la respiration est plus fréquente, la face se congestionne et la sueur ruisselle. Ces phénomènes d’excitation pourraient se changer en de graves accidents, si la durée des: bains dépassait quinze minutes ; et même, les personnes prédisposées aux congestions cérébrales devront placer leur tête. hors de la vapeur, et n’user que des bains de vapeur dits par” encaissement.
Les bains de vapeur généraux sont particulièrement invoqués dans les maladies chroniques où il est nécessaire de produire une vive excitation, une sorte de fièvre passagère, d'activer la circulation, d’ aermenter et de régulariser les fonctions de la peau.
Les douches de vareur sont administrées dans les cas où les douches liquides sont trop actives. On peut, comme pour ces dernières, graduer à volonté la force de ces douches en ouvrant plus ou moins les robinets qui livrent passage à la vapeur, ou en vissant à l’apparcil une pomme en arrosoir. La partie sur laquelle on dirige la douche s’échauffe, rougit et se gonfle. Les indications qui en réclament l'emploi sont identiques à celles des douches liquides ; nons n'avons done pas à y revenir ici.
De l’eau minérale en boue.— Nous ne parlerons pas ici de ce mode d'emploi de l’eau minérale, parce qu’il est moins usité en France qu'en Hongrie ; nous nous y arrêterons plus largement alors que nous ferons l’histoire des stations thermales de ce pays.
Nous dirons seulement ici que les boues minérales sont naturelles ou artificielles.
Les boues naturelles sont produites sur place par le suinte-
ment de l’eau minérale à travers un terrain argileux; les bains sont institués sur le lieu même de la source, ainsi qu'on le peut voir à Saint-Amand, près Valenciennes.
Les boues artificielles ne sont guère en usage que dans quelques établissements thermaux de Hongrie, dont l’histoire nous fournira l’occasion de revenir sur l’administration et la valeur thérapeutique de ce mode d’emploi des eaux minérales,