‹ Les eaux minérales de la FranceChapitre 11 sur 173 · L — DES ÉTABLISSEMENTS D'EAUX MINÉRALES · texte numérisé non relu

L — DES ÉTABLISSEMENTS D'EAUX MINÉRALES

L'État, les communes et des particuliers, se partagent la propriété des nombreuses sources minérales répandues en France. L'État en possède le moins, et les communes le plus grand nombre, L'un et l’autre exploitent leurs établissements, soit par voie de régie, soit par fermage. Les particuhers exploitent les . leurs, soit de la même manière que l’État ou les communes, : soit au moyen de compagnies qui agissent par leur conseil d’administration et leurs employés.

L'exploitation par régie se fait à l’aide d’agents comptables nommés par le gouvernement ou les administrations propriétaires des sources, et chargés d’effectuer les recettes et les dépenses des établissements, conformément aux tarifs fixés par les préfets et aux instructions administratives.

Dans le fermage, l'exploitation des sources est. louée pendant un certain nombre d'années à des concessionnaires qui la font à leurs risques et périls, en se conformant toutefois aux conditions ou obligations stipulées dans le cahier des charges.

De ces divers modes d’exploitation, quel est le plus profitable à la santé publique et concurremment au bon entretien et à l'agrément que doivent offrir les sources ?

L'exploitation directe par les particuhers ou les administrations propriétaires des établissements minéraux, ou, ce qui est

soit

à peu près la même chose, l’exploitation par voie de régie, est le mode qui se prête le moins à une bonne ordination des établissements. D’une part, les propriétaires où sont trop pauvres, ou ne sont pas assez hardis pour entreprendre des dépenses quelquefois considérables, mais nécessaires ; et d'autre part, les régisseurs employés à appointemens fixes, n’ont pas assez d'intérêt pour aller chercher le client, et se contentent de lattendre. L'établissement est alors enfermé dans un cerele vicieux d'où il lui est impossible de sortir; le propriétaire ne -consentira à des dépenses que si la source est fréquentée , et la source ne peut être fréquentée que si les malades y trouvent le bien-être, le confortable, les agréments, en un mot, toutes les conditions hygiéniques que nous avons énumérées ailleurs, et qui secondent si merveilleusement l’action thérapeutique des "EAUX. | … L'exploitation des sources par des fermiers ou par des compagnies, comme le sont les Eaux-Bonnes, Vichy, Pougues, ete., ést essentiellement favorable à une bonne organisation des établissements minéraux. [l n’en pourrait être autrement, car, ei, l’éxploitation est une spéculation, et c'est surtout en fait de spéculation, qu'il est vrai de dire que, qui veut la fin veut les moyens.

Malheureusement, ce modé SEE est le moins ré- | pandu en France, et c’est en grande partie à l absence du confortable et à l’oubli de toutes lés conditions hygiéniques qui en est résulté, qu’il faut rapporter l'espèce d'abandon dans lequel, jusqu'à ces dernières années, était tenue la médication hydrologique. | Comment, en effet, concilier les nécessités de toutes sortes auxquelles sont soumis les malades, avec le tableau suivant que nous empruntons à M. Herpin (de Metz). « Quant aux localités d’un ordre inférieur, elles sont chez nous, pour la plupart, dans un état si déplorable, dans un dénûment si absolu de tout confortable, qu’il serait impossible d’y envoyer des malades appartenant aux classès élevées de la société, habitués À vivre dans une certaine aisance.

» Des rues inégales, mal pavées, remplies de fumier, d’immondices, d'eaux croupissantes, d'animaux de toutes sortes.

» Pour habitations, des espèces de casernes traîtreusement décorées du nom d’auberge et même d'hôtel; des chambres basses, humides et obscures, ayant vue sur les cours aux fumiers ou aux écuries ; des fenêtres étroites dont souvent une partie des carreaux est cassée ; des portes mal jointes, un carrelage froid, mouillé et dégradé ; point de parquets ni de tapis ; des murs sales, couverts d’ordures dégoûtantes ; un ameublement séculaire et vermoulu ; enfin des lits et des couchages infects, où sont venus successivement transpirer, depuis dix ou vingt ans, des centaines de malades, sans que ces objets soient jamais nettoyés ni lavés.

» Pour promenades, les grandes routes, les places et les chemins publics, exposés à toute l’ardeur du soleil ; le café ou le cabaret du lieu pour salle de réunion ; point de bibliothèque, point de journaux, si ce n’est quelquefois le journal de l’arrondissement, contenant les petites affiches et les annonces des immeubles à vendre dans la localité.

» Quant à l'alimentation, elle est des plus communes et des plus grossières : du pain lourd et mal cuit, de grosses viandes, des ragoûts de toutes couleurs et fortement épicés; pour légumes, des choux, des haricots et des pommes de terre. »

Ces couleurs ne sont point chargées ; M. Fontan, qui a écrit sur les eaux des Pyrénées, formule les mêmes plaintes que M. Herpin, et appelle la sollicitude du gouvernement sur ce déplorable état de choses. Il n’est que trop vrai que le gouvernement devrait intervenir dans une question qui intéresse si vivement la santé générale, et forcer, soit les particuliers, soit les administrations locales, à organiser l’exploitation des sources minérales de manière à satisfaire toutes les prescriptions de l'hygiène hydrologique. La loi du 14 juillet 1856 lui en donne le droit, comme on le verra tout à l'heure, puisque les sources d’eau minérale peuvent être déclarées d’intérét public.

Mais ec n’est pas tout.

Après ces conditions de salubrité, d'alimentation et d’agré-

périeusement les secours du pharmacien. Nous avons vu, -Pougues, un graveleux porteur d’un eczéma chronique qui, coup sûr, eût abandonné une médication qui lui réussissait à

ment que les malades doivent rencontrer aux eaux minérales et sans lesquelles la médication est, sinon illusoire, du moins in-

complète, les établissements doivent être pourvus de certains

accessoires qui, par les services qu'ils rendent, deviennent presque des nécessités.

En première ligne, nous placerons une officine de pharmaclen, qui, trop souvent, fait défaut, surtout dans les petites localités. On a érigé en règle, il est vrai, que pendant la cura-

tion par les eaux minérales, il fallait s'abstenir de toute autre médication, et on a tout naturellement conclu de ce principe,

qu'une pharmacie était un luxe dont on pouvait se passer. C'est une erreur.

D'abord, le principe que nous venons de rappeler n’est pas

tellement absolu qu’il ne souffre maintes fois des exceptions ;

en second lieu, l’action des eaux minérales peut rester en deçà ou aller au delà des mites prescrites par l’âge, la constitution,

le sexe, l’état des forces, etc., etc., et dans ces cas, il estutile

de l'activer ou de la contenir par une médication appropriée, dont les éléments se puiseront tout à la fois dans le régime et dans des prescriptions pharmaceutiques.

Et puis une affection, complétement indépendante de la maladie cause du séjour aux eaux, peut exister et réclamer im-

merveille, s’il n'avait pu se procurer un mélange de poudre de

r1Z et de poudre d'iris de Florence, avec lequel 1l parvenait à

calmer les démangeaisons insupportables de sa maladie cu-

-tanée.

Une pharmacie est encore nécessaire pour parer aux acei-

dents imprévus qui surviennent dans une population souvent

considérable et toujours composée de valétudmaires.

Enfin, et cette considération seule suffirait pour nous faire insister sur la nécessité d’une officine, la présence d’une phar-

mäcie rassure l'imagination des malades et leur donne une sé-

curité et une tranquillité d'esprit qui, plus qu'on ne pense, concourent au succès de la médication des eaux minérales.

Après la pharmacie, les établissements thermaux doivent posséder un emménagement complet d'hydrothérapie. Dans un volume, complément de celui-ci, où, à côté d’une revue des eaux minérales de l'étranger, nous avons fait l’histoire médicale de l’eau pure, de l’eau de mer et de l’eau minérale, nous parlons trop longuement de lhydrothérapie pour que nous nous y arrêtions longtemps en cette place. Nous dirons seulement ici que les établissements balnéaires doivent être richement pourvus de tous les appareils destinés à l'emploi de l’eau, soit à l’intérieur, soit à l'extérieur. Nous ne parlons pas des cabinets de bains, qui seront toujours propres, spacieux, aérés et munis d’un sablier et d’un thermomètre. Nous dirons seulement que le programme des douches doit être aussi complet que varié et présenter des douches soit de vapeur, soit d’eau et d’air, chauds ou froids, des douches à jet, en pluie, en arrosoir, des douches rectales, vaginales, pic , ete., en un mot, cette multiplicité de douches qu, grâce à la #L eclion qu'on RE impose, à la force qu’on leur one et à la forme qu'on leur donne, CRT de si éclatants services dans la médication par les eaux mincrales.

Le motif qui nous fait passer si rapidement sur la nécessité de l’'hydrothérapie dans les établissements thermaux, nous impose la même réserve à l’égard des bains d'acide carbonique et de l’inhalation de l’eau, préconisée dans ces derniers temps par M. Salles-Girons, parce que l’histoire médicale des bains d’acide carbonique est comprise dans l'étude des établissements thermaux d'Allemagne où cette médication a pris naissance, et parce que la méthode proposée par M. Salles-Girons a sa place marquée dans la description desdivers modes d'emploi de l’eau en-médecine.

na

Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à cette seconde partie de notre travail,

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