‹ Les eaux minérales de la FranceChapitre 9 sur 173 · OR A · texte numérisé non relu

OR A

large place dans la vie du buveur d’eau minérale. En France, les médecins n’y attachent pas une suffisante importance, ct c’est un tort : après chaque verre bu, le mouvement doit faciliter la digestion du liquide et épargner ainsi à l'estomac une fatigue nuisible, tout en le bien disposant pour un nouveau travail d'absorption. Les Allemands, qui sont nos maîtres en balnéologie médicale, se conforment scrupuleusement à ces prescriptions, et ils sont admirables de gravité dans l’accomplissement de ce devoir.

La même obligation doit être observée après les repas ; elle se déduit des mêmes motifs, car pour que la séparation des matériaux inutiles ou nuisibles expulsés par l’action dynamique des eaux se fasse convenablement, il faut que l’estomac accomplisse ses fonctions sans fatigue, et l’exereice, tout 1e monde le sait, contribue puissamment à ce résultat.

Il est un troisième résultat que la promenade amène, celui de la distraction, qui, tout aussi important que les autres, ne saurait être négligé sans dommage. — Nous en parlerons tout à l'heure.

D’après ce que nous avons dit précédemment de l’action excitante des eaux, 1l faut reconnaître que, d’une manière générale, le régime alimentaire doit être doux et pour ainsi dire émollient. Il est sans doute à eette règle des exceptions tirées de la nature de l'affection qu'il s’agit de combattre et du caractère des eaux à employer. C’est au médecin qu'il appartient de modifier le régime selon ces circonstances, et, sous ce rapport et sous beaucoup d’autres, nous ne saurions trop répéter aux malades de voir souvent le médecin auquel ils se sont confiés en arrivant à la station minérale. j

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de spécifier, même dans la catégorie des aliments dont on peut faire usage, ceux qui seront préférés et ceux dont il faudra s'abstenir. M. Rotureau rapporte qu'à Pyrmont il est bien rare qu'on puisse digérer les fraises lorsque l’on suit un traitement minéral, et l’on pourrait composer une liste de ces répugnances de lestomae avec les faits les plus contraires.

En thèse générale, en dehors des accidents constants et indubitables, comme ceux que produisent les fraises à Pyrmont, il faut essayer les aptitudes de l'estomac et ne se permettre que les aliments supportés et d’une facile digestion. Bien plus qu’à l’état de santé, il faut se souvenir que la réparation de l’organisme se fait moins en proportion de la nature et'de la quantité des aliments ingérés, que de la digestibilité, qu'on me passe le mot, de ces mêmes aliments.

HHARTPES morales. — Le malade qui se rend à une station minérale a deux sortes de préoccupations : 1° la préoccupation de ce qu'il laisse en partant; 2° la préoccupation de ce qu’il va chercher aux eaux.

La préoccupation de ce qu’il laisse en partant s’adresse tantôt à ses affaires, tantôt à ses affections, tantôt même à ses habitudes.

La préoccupation de ce qu’il va chercher aux eaux est une espérance, chez l’un pleine de confiance, chez l’autre mêlée de doute.

Aucune de ces dispositions de l’âme n’est favorable au succès de la médication thermale ; le moral, nous avons presque honte

de rappeler cet axiome, exerce sur le physique une telle im-.

fluence que le médecin, soucieux des résultats de son ministère, a pour premier devoir de consoler, de rassurer et même de récréer son malade. La quiétude de l’esprit et l'espérance du cœur ont fait plus de miracles qu'Hippocrate et Galien.

Il n’est pas toujours facile, nous le savons, d'effacer la préoc-

cupation de ce qu’on laisse en partant : la société forge des chaînes dont il est mal aisé de s'affranchir; l’âme a des aspira-

tions auxquelles il est difficile de se sostidi rés et l’homme se.

crée des besoins qui, par leur journalière satisfaction, lui deviennent une seconde nature. La volonté, inspirée et conduite par la raison, doit ici prévaloir. On se dira que les affaires, que les affections, que les habitudes que lon quitte auront, au retour, d'autant plus de charmes que la souffrance n’en troublera plus les douceurs. Si cet éloignement est un sacrifice, il faut

que ce sacrifice soit complet pour en avoir tous les bénéfices. .

| ñ 4 ", ne LE

La préoccupation de ce que l’on va chercher aux eaux est également nuisible, soit qu’elle s'appuie sur le doute, ‘soit qu’elle s'inspire d’une confiance exagérée.

Le doute thérapeutique, masque transparent de l’hypocondrie, ‘s'accommode peu des exigences médicales : inattentif aux conseils, rétif à l’obéissance, il se conforme à peine ou se conforme mal aux prescriptions de la science — à quoi bon tant de soins s'ils ne doivent pas aboutir ? — Ce n’est pas tout, à côté des inconvénients et quelquefois même des dangers d’une médication mal observée, l'incertitude, le découragement réagissent sur l'organisme d’une manière funeste et le mettent dans les conditions les moins favorables Ho éprouver l’action médicaménteuse des eaux.

Une trop entière confiance n’a pas des résultats aussi funestes ; mais, comme l’imagination trop facile à s’enthousiasmer est également prompte à sonner l'alarme, il est à craindre, si la rapidité, simon de la guérison, du moins de l’amélioration, ne répond pas à ces impatiences, il est à craindre, disons-nous, que le découragement ne succède à la confiance, et que le doute, si ce n’est l’incrédulité, ne pénètre dans une âme qui ne doit connaître que les douces et calmes espérances.

La vie des eaux se propose d’atteindre ce résultat.

. Un chapitre lui est plus loin consacré ; nous y renvoyons le lecteur ; mais disons ici en terminant que la vie aux eaux a pouf but la quiétude de l'esprit, et pour moyens la promenade en commun, la danse, les concerts, les jeux de commerce, en un mot, tous les plaisirs qui n’exitent ni les agitations des sens ni les passions de l'âme. |

Page 1