‹ Les eaux minérales de la FranceChapitre 12 sur 173 · IT. — DES EAUX MINÉRALES TRANSPORTÉES · texte numérisé non relu

IT. — DES EAUX MINÉRALES TRANSPORTÉES

Ce chanitre, consacré aux établissements d'eaux minérales,

- serait évidemment incomplet si nous ne consacrions quelques

lignes aux eaux que ces établissements transportent au loin et dont lé commerce, pour quelques-uns, est si considérable.

La question du transport des eaux minérales doit être envisagée à deux points de vue également intéressants ;

1°-Au point de vue de leurs propriétés chimiques ;

2° Au point de vue de leurs propriétés thérapeutiques;

Disons tout d’abord que toutes les eaux minérales ne sont pas susceptibles d’être transportées : De ce nombre sont toutes les eaux thermales et toutes celles qui sont administrées sous orme de bains. Les premières perdraient un des éléments les plus actifs de leur action, la thermalité, et il serait à craindre qu'en les faisant tee on n'altérât profondément leur composition chimique. Les secondes, sans parler de leur haute température habituelle, exigeraient des transports tellement volumineux, que Jeur usage en serait presque impossible.

Restent donc les eaux minérales froides et consacrées à la boisson.

Sous le rapport chimique, lorsque J'embouteillage est bien fait, les principes minéralisateurs des eaux peuvent ne subir aucune altération ; cependant les secousses du transport et surtout le temps, sont capables de les modifier; certains éléments se précipitent et le gaz acide carbonique s’évapore. De plus, les eaux qui contiennent des sulfates sont décomposées par la ma-

- tière végétale du bouchon, et il se forme alors de Phydrogène sulfuré, qui imprime au liquide une odeur et une saveur désagréables, en même temps qu'il modifie ses propriétés médicamenteuses. Les sels de fer subissent aussi l’action du tannin du bouchon qui les décompose, et noircissent le liquide. En un mot, il s'opère dans les eaux minérales transportées et d’une manière plus ou moins lente, des réactions chimiques qui ne sont pas sans quelque influence sur les propriétés médicales de ces eaux.

Mais c’est surtout au point de vue thérapeutique queles eaux minérales transportées sont dans une position réellement inférieure aux eaux bues à la source. Sans doute, l'agent chimique conserve ses propriétés médicamenteuses en quelque lieu qu'il soit introduit dans l’organisme, mais la bonté et la constance de cette action est dans une si complète dépendance de certaines conditions énumérées ailleurs, qu'il est à craindre qu'en dehors de ces circonstances favorables, l’action médicamenteuse de lagent chimique n’en soit, sinon complétement annihilée, du moins considérablement diminuée. Cette influence des choses étrangères à la composition intime d’un médicament n’est pas spéciale aux eaux minérales : le fer, si puissant contre la chlorose et l’anémie, ne produit bien souvent ses effets que lorsque les malades changent entièrement les conditions de leur existence; et il ne faut point. s’en étonner, car l’action du fer est ici générale et s'adresse à tout l’organisme.

De même pour les eaux minérales.

À côté de leur action élective sur un des trois systèmes d’excrétion, les eaux minérales agissent sur toute l’économie par un double mécanisme que nous avons étudié ailleurs, et cette influence générale ne se peut réellement etprofitablement produire qu’au milieu des conditions d'aération, d'exercice, de régime, de plaisirs, etc., etc, que nous avons pris soin de faire connaître dans un autre chapitre.

Les caux minérales transportées, privées de leurs énergiques auxiliaires, ne peuvent donc amener cette action générale qui est un des attributs les plus remarquables des eaux minérales bues à la source, et en sont réduites à ne plus agir que par leurs éléments minéralisateurs. Cette circonstance explique le petit nombre d'eaux minérales que le commerce transporte, parce que, nous le répétons, il faut dans l’eau minérale transportée un élément assez énergique pour qu’il puisse à lui seul constituer un médicament,

À ce point de vue, mais à ce point de vue seulement, les caux minérales transportées peuvent rendre quelques services, alors surtout que par un empêchement quelconque les malades

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ne peuvent se rendre à la source, ou qu'après avoir fait une saison à l'établissement, ils continuent pendant l’hiver l’usage de l’eau qui leur a été salutaire.

Ce serait peut-être ici le lieu de parler des moyens emplovés pour transporter les eaux minérales et des soins minutieux d'embouteillage et de bouchage qu’exigent certaines eaux, telles que les eaux sulfureuses, ferrugineuses et gazeuses.

Mais, au point de vue des lecteurs pour lesquels ce livre est éerit, de semblables détails nous semblent superflus. Ces renseignements, d’une haute importance pour les propriétaires ou les fermiers des sources, importent peu aux malades et aux médecins. Les personnes intéressées dans cette branche purement commerciale des eaux minérales pourront consulter les ouvrages spéciaux sur la matière, et nous pardonneront le silence que nous gardons sur un sujet dont les développements nous éloigneraient du but que nous poursuivons et nous entraîneraient hors des limites que nous nous sommes imposées.

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