IIT. — DES EAUX MINÉRALES ARTIFICIELLES
Grâce à la découverte de sources minérales nombreuses et variées sur tous les points de la France, et grâce surtout à la rapidité et au bas prix avec lesquels on peut expédier au loin les eaux minérales naturelles, les eaux minérales artificielles tendent à disparaître de nos villes, et nous savons même des
savants qui en réclament avec instance l'interdiction com-
plète.
Est-ce un bien ? est-ce un mal ?
Écoutons sur ce point un juge compétent et rangeons-nous à son avis, d'autant mieux. qu'en cette place les eaux minérales artificielles ne doivent occuper qu'un rang très-secondaire :
« Personne ne mei en doute, disent MM. O. Henry, que l’imi-
tation des eaux naturelles est fort difficile et souvent même im-
possible, parce qu’on ne peut les composer aussi exactement que
la nature les présente ; ainsi l'analyse, qui sert de base à ces imitations, indique dans les eaux minérales naturelles des ma-
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tières particulières organiques azotées, iodées, sulfurées, qu'il nous est impossible de reproduire même d'une manière approximalive ; en outre, les éléments trouvés sont quelquefois groupés différemment suivant que les différentes méthodes d'analyse les ont indiqués ; puis, dans certaines associations, on ignore souvent comment sont unis les éléments. Sont-ils mêlés seulement ou combinés? Ainsi les iodures à côté des sulfures ne peuvent-ils pas former des sul/o-iodures ? des sulfates divers, de chaux, de soude, de magnéste, ne seraient-ils pas combinés également d'une manière particulière, puisque leurs propriétés médicales différent souvent de celles de chacun d’eux en parti culier? Enfin, il est certains principes importants (l’arsenic, par exemple) dont on ignore quelquefois l’état de combinaison. Dans limitation des eaux, on a l'habitude assez générale de supprimer certaines substances qu’on considère comme inertes et inutiles; peut-être est-ce à tort, car on ne connaît pas toujours bien réellement pourquoi telles ou telles eaux minérales naturelles agissent. Il faut donc en convenir, les eaux minérales artificielles sont bien loin de reproduire leurs modèles ; et puis, ajoutons que les fabricants n’emploient pas toujours pour les mêmes eaux des recettes identiques, mais plutôt telles ou telles particulières, établies sur des analyses peu concordantes. » Cependant, sans professer un absolutisme trop rigoureux, nous devons reconnaître que certaines eaux minérales artificielles, lorsqu'elles sont bien préparées, rendent à la médecine de réels services, et nous ne citerons pour exemple que l’eau imitée de Baréges, qui constitue la majeure partie des bains sulfureux qui se prennent en hiver et loin des Pyrénées.