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RHUMATISME

Si nous voulions nous contenter de dresser, sans appréciation, le catalogue de toutes les stations thermales qui affichent la prétention de guérir le rhumatisme, nous formerions une liste dont la longueur ceffrayerait même les partisans les plus passionnés de l’hydrologie médicale; si en même temps, à côté des succès obtenus, nous inscrivions les revers qui, chaque année, donnent un démenti à tant d’ambitions, nous trouverions peut-être que cette prétendue richesse n’est que pauvreté, et

que le rhumatisme n’a pas plus que les autres maladies de nombreux spécifiques dans là thérapeutique thermale.

Cette conclusion, hâtons-nous de le dire, serait illégitime, car, plus que toute autre affection peut-être, le rhumatisme compte de puissants modificateurs dans l’hydrologie médicale, Seulement, par celamême que le rhumatisme est une espèce de Protée morbide, il importe d’approprier la médication thermale aux différentes physionomies que l'affection revêt, et ne pas indistinctement envoyer un rhumatisant dans une station ou dans Pautre. ;

Il est donc nécessaire, pour les besoins de la thérapeutique qui nous occupe, d'exposer brièvement les formes diverses sous lesquelles le rhumatisme se présente.

Sous ce rapport, nous entrerons dans deux ordres de considérations : dans le premier, nous examinerons la diathèss rhumathismale, soit dégagée de toute complication, soit mariée à d’autres états diathésiques ; dans le second, nous étudicrons le rhumatisme selon les lésions qu’il détermine et qui lui impriment des caractères dont la thérapeutique thermale tire avanfage,

Rhumatisme sans lésion organique.

Bien que le rhumatisme se présente sous les traits bien reconnaissables d’une diathèse, hérédité, ténacité, généralisation ct mobilité de ses manifestations, empire exercé sur les maladics intercurrentes, cte., il est incontestable que des individus, sous l'influence des causes occasionelles du rhumatisme, peuvent souffrir de douleurs rhumatismales sans en avoir la diathèse.

Il est quelquefois difficile à une première attaque de rhumatisme, quand l'hérédité ne vient pas éclairer le diagnostic, de constater l’existence de la diathèse rhumatismale, car sa nature intime, comme d'ailleurs celle de toutes les autres diathèses, nous échappe complétement.

Mais en dehors de ces faits dont la pratique doit tenir compte, le rhumatisme est bien réellement la manifestation d’une dia-

thèse dont la douleur est essentiellement le symptôme morbide.

Ce symptôme qui, dans beaucoup, de cas, constitue à lui seul toute la maladie, cède surtout à l'application de la chaleur et à l’exaltation artificielle de l’activité cutanée.

Sous ce rapport, on le comprend déjà, la thérapeutique thermale offre des ressources inespérées.

Mais il est rare que le rhumatisme se présente dans cette simplicité, dégagé de toute liaison soit avec la constitution du malade, soit avec d’autres diathèses; et c’est ici que les résultats de la thérapeutique dépendent de la bonté du diagnostic.

Au point de vue des états constitutionnels, 1l en est deux surtout qui doivent fixer l’attention : le Zymphatisme et le névropatisme, si l’on peut ainsi dire.

Quand il se greffe sur une constitution molle et lymphatique, le rhumatisme a un caractère moins douloureux, mais 1l est plus tenace, a de la tendance à se fixer sur les articulations et à engorger les tissus.

Quand, au contraire, le malade est d’une constitution trèsirritable, le rhumatisme est douloureux, mobile, et se fixe plutôt sur le trajet des nerfs que sur les articulations.

On le comprend déjà, si la thérapeutique a, dans les deux cas, à combattre un élément commun, l'élément rhumatismal, elle doit, d'autre part, aider l'organisme par des moyens diférents à réagir contre Ce même élément.

Au point de vue des diathèses, le rhumatisme peut contracter mariage, comme dit M. Baumès, avec la diathèse scrofuleuse et avec la diathèse herpétique, et alors, ici encore, la thérapeutique thermale a des indications différentes à remplir.

Enfin, il est un état morbide avec lequel le rhumatisme est souvent lié, et qui, dans la plupart des cas, ne cède qu'après la disparition de ce désordre fonctionnel. — Nous voulons parler de la dyspepsie.

En résumant ce premier ordre d'idées, nous obtenons les variétés suivantes de rhumathismes :

19 Rhumatisme simple;

20 Rhumatisme avec prédominance de la constitution Iymphaiique;

3° Rhumatisme avec prédominance de la constitution névropathique ;

4% Rhumatisme lié à la diathèse scrofuleuse ;

5° Rhumatisme lié à la diathèse herpétique ;

6° Rhumatisme lié à la dyspepsie.

Pour ne pas le seinder, complétons ce tableau par les indications thérapeutiques que chacune de ces variétés comporte, et nous parlerons ensuite des lésions organiques rhumatismales et des médications spéeiales qui conviennent à chacune d’elles,

19 Rhumatisme simple. Déclarons tout d’abord qu'aucun des agents qui entrent dans la composition des eaux minérales ne mérite, à l'égard du rhumatisme, le titre de spécifique; d’autre part, si l’on se rappelle que la douleur, symptôme le plus saisissable de la diathèse rhumatismale, cède surtout à l’application de la chaleur et à l’exaltation artificielle de l’activité cutanée, il faudra reconnaître que l’action médicatrice des eaux minérales dans l’affection qui nous occupe, réside entièrement dans la température de l’eau et dans son mode d'emploi.

Cette vérité est tellement incontestable, que le rhumatisme simple peut s’adresser indistinctement à toutes les sources, pourvu que leur thermalité soit élevée et que l’emménagement hydrothérapique soit aussi complet que possible.

Nous citerons donc, dans les diverses classes d’eaux minérales, les stations suivantes :

Eaux sulfurées : Luchon, Ax, Baréges, Cauterets, ne Olette, Saint-Sauveur, Ci Gréoulx, Pretrapola, êtes, ec, «

Eaux chlorurées sodiques: Balaruc, Bourbon- l'Archambault, Bourbonne, la Bourboule, Lamotte, Néris, Luxeuil, Bourbon- Laney, etc.

Eaux bicarbonatées : Mont-Dore, Chaudesaigques, Chateauneuf, etc.

Eaux sulfatées : Plombières, Bagnères-de-Bigorre, Evaux, Saint-Amand, Dax, Bains, ete.

. Dans ce nombre considérable de sources, il est difficile d’établir des catégories,et le choix de la station thermale devra sur- |

tout être déterminé par les moyens hydrothérapiques dont chaque station dispose. Ces moyens consistent principalement en bains, douches et étuves qui, par leur variété et leur multipheité, doivent pouvoir se prêter à tous les besoins de la médication.

Nous devons mentionner ici, à simple titre de renseignement, parce que nous étudions ce sujet ailleurs, une médieation afférente à la thérapeutique thermale et qui, peu employée chez nous, est en grand honneur dans quelques tnermes d’Allemage.

Nous voulons parler des bains et douches d'acide carbonique.

En France, Saint-Alban a eu pendant longtemps le monopole de cette médication; mais, depuis quelques années, diverses stations dont les sources sont gazeuses, se sont pourvues des appareils propres à ce mode de traitement soit en vue du rhumatisme, soit en vue d’autres affections douloureuses, telles que les névroses, par exemple.

20 Rhumatisme avec prédominance de la constitution lymphatique. Deux natures d'eaux, les sulfurées et les chlorurées sodiques, trouvent ici leur emploi. Seulement on doit baser sur les symptômes à combattre la préférénce que l’on doit accorder aux unes plutôt qu'aux autres. Quand le lymphatisme ne sera pas trop prononcé, quand le rhumatisme n’aura pas de tendance à envahir les articulations, on s’adressera aux eaux sulfurées, telles que : Luchon, Baréges, Ax, Bagnols, ete., avec lesquelles on mettra à profit toutes les ressources hydrothérapiques.

Si l’état lymphatique cest très-prononcé, s’il côtoie presque la scrofule et si des engorgements articulaires se montrent, il faudra, bien que les eaux sulfurées puissent rendre quelques services encore, donner la préférence aux eaux chlorurées sodiques, telles que Bourbonne, Uriage, Baluruc, Bourbon-l'Archambault, etc.

Une des conditions de succès dans cette forme de rhumatisme, cst la persistance dans les moyens employés, Quelquefois, au début de la médication, les symptômes se trouvent exaspérés, ainsi qu’il arrive pour les maladies de la peau et les affections calarrhales, Cette recrudescence du rhumatisme n’est nulle-

ment nécessaire au succès de là médication ; elle manque quelquefois, et sa présence n'implique pas la suspension du traitement. Sous ce rapport, d’ailleurs, il faut consulter les convenances individuelles et laisser au médecin des eaux le soin de trancher la question.

30 Rhumatisme avec prédominance de la constitution névropathique. Dans cette forme de rhumatisme où l’organisme est dans un état d'irritabilité excessive, il faut éviter, dans la crainte d'augmenter cette surexcitation, les eaux trop fortement minéralisées et les modes d'emploi trop énergiques. Astrié sc contentait des douches de vapeur et des bains de vapeur à douce température et contenant de l'hydrogène sulfuré; il assure avoir retiré les plus grands succès de l'emploi de ces moyens ; aussi, pour répondre à cette indication, crovons-nous qu'il ne faut pas s’écarter des eaux de Saint-Sauveur, des Eaux-Chaudes, d'Olette, et de certaines sources du Vernet, d’Ax et de Bagnoles.

Cependant les eaux faiblement minéralisées, quelle que soit la place qu’elles occupent dans la nomenclature, rendront des services peut-être plus réels que les sources que nous venons d'indiquer dans cette forme de rhumatisme, dite rhumalisme nerveux. Les plus importantes de ces sources, nous les avons déjà plusieurs fois nommées, sont : Néris, Plombières, Bains, Luxeuil et Bourbon-Lancy.

Nous ne pouvons terminer ce paragraphe sans dire la réputation que l’on a faite, dans le traitement du rhumatisme nerveux, aux eaux de Lamalou, que nous avons classées parmi les eaux ferrugineuses, et que l'Annuaire avait mises au nombre des bicarbonatées sodiques. La notoriété qui s'attache à ces eaux dans le sujet qui nous occupe, a créé à Lamalou une sorte de spécialité, des avantages de laquelle nous ne nous portons point garant,

4° Rhumatisme lié à la diathèse scrofuleuse. Sans nier positivement, comme d’aucuns l'ont fait, la possibilité de l'association du rhumatisme et de la serofule confirmée, il faut re-

connaître que cèlte association est assez rare, et que la scrofule,

par la désorganisation profonde qu’elle jette dans l'organisme, absorbe bientôt en elle-même toute autre manifestation morbide. u

Dans ce cas, le traitement est exclusivement celui. de la scrofule, et nous renvoyons, pour les indications thérapeutiques, à l'article qui lui est consacré.

59 Rhumatisme lié à la diathèse herpétique. Les eaux sulfureuses thermales sont ici indiquées par l’existence des deux éléments morbides qu'il s’agit de combattre. Le choix de la source sera surtout déterminé par la nature de la dermatose, sans toutefois laisser dans un complet oubli la constitution du malade.

Nous n'avons pas à rappeler ici 6e que nous avons dit plus haut sur ce dernier point, et pour ce qui est des dermatoses, nous renvoyons aux chapitres que nous consacrons aux diverses formes qu’affectent les maladies de la peau.

6° Rhumatisme lié à la dyspepsie. Commençons par déclarer que ces sortes de rhumatismes ne guérissent qu'avec la dyspepsie, et que, par conséquent, la médication doit s'adresser surtout au trouble fonctionnel de Pestomac. Les eaux alealines, ainsi que nous le disons à l’article dyspepsie, trouvent tout naturellement leur emploi. Mais le traitement interne par cette classe d'eaux doit se combiner avec les pratiques de l'hydrothérapie, dût l’eau employée à l’usage externe ne présenter aucune trace de minéralisation. (Voir Dyspepsie.)

Rhumatisme avec lésion organique.

Les lésions organiques que le rhumatisme peut entrainer, à part une altération musculaire que nous avons décrite ailleurs sous le nom d’atrophie musculaire rhumatismale, ont toutes pour siége les articulations et consistent en engorgements péri-arliculaires, en épanchements synoviaux et autres désordres dans les surfaces articulaires.

- Ges lésions ont deux modes d’origine : tantôt elles sont ame nées par le rhumatisme aigu et sont comme la transition de cet état à l’état chronique ; tantôt elles sont dues au rhu-

DE LA FRANCE 355 matisme chronique lui-même qui s’est primitivement établi dans les articulations, |

Dans cette distinction, la Pre thermale trouve quelques indications pétales:

. Quand la maladie débute par l’état aigu, il faut se hâter d'agir pour empêcher l’état chronique de s'établir, ou tout au sHioins pour enrayer dans leur marche les lésions D pare dont nous venons de parler.

L'emploi des moyens thermaux réclame ici beaucoup de circonspection,

Si les douleurs sont encore vives et si les phénomènes inflammatoires ne sont point complétement dissipés ou montrent de la tendance à se produire, il faut donner la préférence aux sources thermales faiblement minéralisées, telles que : Néris, Luxeuil, Bains, Plombières et Bourbon-Lancy;-au besoin et dans les cas où les malades ne pourraient franchir de grandes distances, on pourrait recourir aux eaux sulfurées faibles, telles que : Chaudes-Aïiques, Evaux, Aix (Bouches-du-Rhône), Gréoulx, Bagnères de Bigorre, etc.

Si l’état aigu est entièrement dissipé et sil n'ya plus à craindre le retour des accidents inflammatoires, il conviendra de s'adresser aux eaux sulfurées, telles que Baréges, ou mieux encore aux chlorurées sodiques thermales, telles que Balaruc, Bourbonne, Bourbon-l'Archambault, Lamotte et Uriage.

Quand les lésions articulaires se seront développées sous l'empire de l’état chronique, il faut de prime abord recourir aux eaux les plus énergiques, celles que nous venons de citer en dernier lieu; Néris mérite d’être mis au même rang, grace à ses conferves dont on fait des applications topiques; aïnsi que Dax et Saint-Amand dont lesboues jouissent, en cette malière, d’une réputation méritée.

SCIATIQUE. ( Voir Névralgies. )

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