CHAPITRE PREMIER . I. — ORIGINE ET DÉFINITION DES EAUX MINÉRALES
Malgré le vague qui règne encore dans la science sur l’origine des masses aqueuses dont les diverses couches du globe sont pénétrées, il faut reconnaître que les deux sources principales auxquelles on peut les rapporter sont : 1° les caux de pluie, 20. les eaux de la mer.
Il est impossible de nier le rôle considérable que, pour la formation de ces masses liquides, jouent les caux qui tombent de l'atmosphère, et nous verrons tout à l’heure la large part qu'il faut leur faire dans le phénomène de la minéralisat'on. Mais, sans nous arrêter à leur quantité qui n’est point en rapport avec le volume des eaux qui sortent du sein de la terre ou qui séjournent dans son intérieur, .il est indispensable de recourir à une autre cause pour avoir l'explication de certaines urconstances que les eaux pluviales seules ne peuvent nous
fournir. Ainsi. par exemple, comment se rendre compte de la | 1
présence de sources quelque fois très-considérables au milieu des terrains primitifs? L’infiltration est-elle possible à travers l'homogénéité et la compacité des roches granitiques qui offrent à peine quelques fissures sans anastomoses aux nombreux filets d’eau qui cherchent à les traverser? Et puis comment expliquer la composition de certaines sources très-bromurées et iodées? Comment enfin, avec l’infiltration seule des eaux de pluie, comprendre les volcans boueux et les Geysers?
Bien évidemment, la masse liquide qui de toutes parts entoure notre globe, pénètreles couches terrestres soit directement, soit par des moyens dont nous n’ayons point encore le secret,
Qu'elle tombe de l'atmosphère ou qu’elle ait été portée par la mer dans les profondeurs du globe, l’eau s'empare des sels solubles qu’elle rencontre dans les terrains qu’elle traverse, ct ces substances, aidées par la pression et la température, amènent des réactions chimiques à la suite desquelles naissent de nouveaux composés,
Ces actions et ces réactions chimiques, sans même: parler de l'influence exercée par les matières organiques qui y jouent souvent un rôle considérable, et par les substances qui, fabriquées par la combustion volcanique, viennent se dissoudre dans l’eau et lui donner des caractères spéciaux, comme les acides sulfureux, sulfurique, chlorhydrique, borique, etc.; ces actions et ces réactions Chimiques, disons-nous, rendent illusoire Île rapprochement que d’aucuns ont voulu établir entre la composition des eaux et la nature des terrains qu’elles traversent : mais si l’on ne peut répéter avec Pline : Tales sunt aquæ, qualis terra per quam fluunt, il faut reconnaître que toutes les eaux terrestres contiennent des principes minéralisateurs, et que l’eau n’est pure qu'après avoir été convenablement distillée, ou mieux encore lorsqu'elle a été produite de toutes pièces par la combinaison de deux volumes d'hydrogène et de un d’oxigène, sous l'influence de lélectricité.
Hors ces deux circonstances exceptionnelles et purement artificielles, toute eau est minérale. Mais par la quantité et surtout
par Ja qualité des substances minérales qu’elles renferment, les eaux ont été consacrées à des usages fort différents, car, tandis que les unes ne peuvent servir que comme forces motrices, les autres sont considérées comme de véritables agents médicaux, el à ce titre employées, soit extérieurement, soit intérieurement, au traitement des maladies. .
L'usage a consacré à ces dernières l’épithète de minérales, bien que l'exactitude du langage les dût faire appeler médicinales.
C’est d'elles seules dont il sera question dans ce livre.