Ÿ L. — PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DES EAUX MINÉRALES
Dans leur passage à travers les couches plus ou moins profondes de la terre pour arriver à la surface du sol, les eaux se chargent, en quantités plus où moins considérables, de substances avec lesquelles elles se sont trouvées en contact. De ces substances, les unes restent en dissolution, et les autres, se combinant entre elles, donnent naissance à des éléments et à des composés dont la présence ne peut être prévue ni d’après la nature des terrains, ni d'après la prédominance de certains Corps, ni, en un mot, d'après une donnée quelconque de la science.
Cependant, MM. O. Henry assurent que « parmi le grand nombre de substances qui minéralisent les eaux en général, il en est plusieurs que l’on rencontre assez fréquemment en association, de telle sorte que la présence de l’une peut conduire à prévoir celle de lPautre !, »
C'est ce que ces auteurs expriment par le mot concomitance.
Quoi qu'il en soit, voici, d’après les mêmes savants, toutes les substances trouvées Jusqu'à présent dans les eaux minérales :
1 Traité pratique d'analyse chimique des Eaux minérales, page 7.
Substances indifférentes aux réactifs.
! Gaz azote.
Gaz oxygène et air atmosphérique, Hydrogène carboné.
: Gaz ammoniac.
Volatiles.
Substances acides *.
| Carbonique, sulfurique, sulfureux, sulfhydrique, The chlorhydrique, phosphorique, borique, silicique ou silice, sélénique ? azotique, crénique, apo-
( crénique, géique, mellitique ? acétique ?
Substances salines.
Carbonates : — de chaux, de magnésie, de soude, de potasse, de fer, de manganèse, de strontiane, de lithiner d’ammoniaque.
Bicarbonates et sesquicarbonates : — de chaux, de magnésie, de soude, de potasse, de fer, de manganèse, de cobalt, de nickel, d’ammoniaque, de strontiane, de cuivre, de lithine.
Sulfates : — de chaux, de magnésie, d’alumine, d’alumine et de potasse, Mantmonteinie, de fer, proto et sesqui- -0xyde de
manganèse, de strontiane, de cuivre.
Phosphates : — de ésné d’alumine, d’yttria?
Sulfites : — de chaux, de soude, de magnésie, de potasse.
Hyposulfites : — de chaux, de soude, de magnésie, de potasse.
Borates : — de chaux, de soude.
Silicates : — de potasse, de soude, de chaux, d’alumine, de fer ? d’yttria ? de glucine, de zircone ? de lithine.
Azotates : — de potasse, de soude de chaux, de magnésie.
Arséniates : — de soude, de chaux, de fer, de manganèse.
Arsénites : — de soude, de chaux ? de fer ?
Acétates : — de potasse.
Mellitates : — (?)
4 Les substances basiques ne se rencontrent qu’à l’état de sels.
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Sels haloïdes et sulfosels.
Sulfures : — de calcium, de sodium, de potassium, de magnésium, de fer, de manganèse, d’arsenic.
Arséniures : — de fer, de nickel, de cobalt ?
Chlorures : — de calcium, de manganèse, de sodium, de potassium, de lithium, d’ammonium, de glucynium,
Bromures : — de calcium, de magnésium, de sodium, de potassium.
lodures : — de calicum, de magnésium, de potassium, de
sodium, de fer, de manganèse.
Séléniures : — (?)
Substances organiques.
Bitume, pétrole. conferves, animaux infusoires. Matière organique de l’humus.
Substances indiquées, mais encore douteuses.
Acide titanique, tungstène, tantale, molyhdène, cerium, yttria ? étain, argent, acide mellitique.
Ainsi, jusqu'à présent, l'analyse chimique a indiqué dans les eaux minérales 127 substances, dont 9, à la vérité, sont encore douteusés, et dont, parmi les 118 restantes, 112 sont minérales, et6 organiques.
Cependant, soit par leur inertie médicamenteuse, soit par leur quantité infinitésimale, le plus grand nombre de ces sub- Stances ne joue aucun rôle dans l’action thérapeutique des eaux minérales, et s’efface plus ou moins complétement devant les principes minéralisateurs qui se trouvent-en proportion suffi= sante pour produire des effets curatifs bien réels:
Le nombre de ces principes minéralisateurs est assez restreint, et l’on peut dire que le chlore, le soufre, le carbone et leurs combinaisons avec la soude, la magnésie et la chaux; Le fer, le manganèse, l’arsenie, l’iode, le brome et la silice, sont les Substances qui constituent les éléments essentiels que l’on ren: contre dans les eaux minérales:
( I. — CIRCONSTANCES QUI INFLUENT SUR LES PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DES EAUX MINÉRALES.
Si l’on se rappelle les conditions de circulation, de pression et de température au milieu desquelles les eaux se minéralisent, on concevra facilement que plusieurs circonstances puissent, en altérant ces conditions, modifier les propriétés chimiques des eaux, moins peut-être dans la qualité que dans la quantité de leurs éléments.
Mais ces altérations, qu'elles portent sur la nature ou sur le chiffre proportionnel des principes minéralisateurs, modifient plus où moins l’action thérapeutique des sources minérales, et méritent, en conséquence, de fixer un instant notre attention.
Au premier rang des causés modificatrices de la composition chimique des eaux minérales, il faut placer le temps. De ‘quelle manière agissent ici les années et les siècles dans leurs lentes évolutions? Est-ce au moyen de quelque phénomène physique, ou, mieux encore, par quelque procédé mécanique qui détournerait de sa route l’infiltration des eaux? ou bien le temps userait-1l, comme toutes choses, les éléments des eaux minérales ct amènerait-1l leur complet épuisement? Cette dernière opinion a pour elle les travertins de Rome et de Vichy, dans lesquels se rencontrent des substances qui ne se trouvent plus aujourd'hui dans les eaux de ces localités. Qui ne connaît les travertins de Sant-Nectaire, où des dépôts successifs de sable argileux, d’arragonite et d’ocre marquent, pour ainsi dire, la composition de ces eaux à différentes époques? Au Mont-Dore, ne rencontret-on pas d'immenses dépôts de silice alors que dans ses eaux il est impossible d’en saisir des traces aujourd’hui? Reconnaissons-le done, le temps est un puissant modificateur des eaux minérales, et il.en altère plus ou moins rapidement la composition.
La température, par le rôle important qu’elle joue dans les opérations chimiques et par l'influence qu’elle exerce sur la
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densité de l’eau, a une action incontestable dans le phénomène quinous occupe. Nous rappellerons comme preuve de ce fait que pendant l'hiver, alors que le froid est intense, la mer Morte ct la mer Caspienne déposent abondamment des sels de soude, ce qui n’a jamais lieu pendant les chaleurs de l’été. Selon M. Lambron, la sulfuration des sources varie aussi d’un saison à l’autre, et on à pu noter ce phénomène dans l’espace de quelques heures. Bien plus, la nature des eaux peut complétement changer, et l’on cite telle source qui est sulfureuse à une époque de l’année et ferrugineuse dans une autre; ou bien, comme celles de Pyrmont, dit M. Struve, il en est qui sont alcalines et gypseuses pendant les mois les plus chauds, et qui perdent ces qualités pendant l'hiver.
Le captage des sources, disent MM. O. Henry, cest d’une grande importance dans cette question, car les eaux éprouvent d'autant moins de changements dans leur composition qu’elles sortent d’un granit plus compacte et plus profond; tandis qu’elles sont facilement disposées à subir des altérations lorsque les terrains d’où elles émergent sont Jlamelleux, schisteux et d'une désagrégation facile.
Certaines conditions météorologiques ou électriques exercent aussi une influence incontestable sur la composition des eaux minérales ; ainsi on a vu, pendant des orages, des sources devenir bourbeuses, déposer des matières salines en plus grande abondance que d'habitude, diminuer de volume et même disparaitre soit momentanément, soit pendant un temps assez prolongé. Les mêmes phénomènes se produisent à la suite des tremblements de terre, dont nous parlerons tout à l’heure à l’oc-
casion de la thermalité des eaux.
Une des causes les plus puissantes des altérations que peuvent subir les eaux minérales est le mélange de celles-ei avec des eaux étrangères fournies, soit par la fonte des neiges, soit par des sources voisines alimentées par les eaux pluviales. Ce mélange à une dtuble action : l’une chimique, en augmentant la quantité du véhicule dans lequel sont dissous les éléments
minéralisateurs ; l’autre physique, en changeant la température
de l’eau minérale, et rentrent par conséquent dans les considérations que nous ferons valoir tout à l'heure.
Enfin, l'air atmosphérique agissant par l'oxygène qu'il contient, n’a pas une influence moins décisive sur certaines eaux que les circonstances que nous avons déjà énumérées. Par le simple contact de l'air, dit M. Herpin, quelques eaux se troublent, deviennent blanches et laiteuses (Aïx-la-Chapelle, Bagnères-de-Luchon), les combinaisons sulfureuses se décomposent et le soufre se précipite. Ailleurs, à Ems, Wicsbaden, par exemple, les eaux, exposées à l’air pendant un temps plus ou moins long, se recouvrent à leur surface d’une pellicule trèsmince, irisée, que l’on nomme crème, et qui paraît due au carbonate de chaux neutre qui se forme par l'effet du dégagement du gaz carbonique qui était contenu dans l’eau.