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PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES EAUX MINÉRALES

Généralement les eaux minérales sont incolores et arrivent à la surface du sol claires, hmpides et transparentes comme du cristal. Si quelques-unes paraissent affecter une coloration quelconque, elles le doivent à des circonstances étrangères à leur composition. Aïnsi, par exemple, la teinte verdâtre qui caractérise les eaux de Néris et de Dax, tient à la présence des plantes aquatiques, ulves, conferves, ete., qui tapissent le fond et les parois de ces bassins. De même pour les eaux de Naples et de Castellamare, dont la teinte azurée est produite par la réflexion de la lumière bleue du ciel,

L’odeur des eaux minérales est entièrement subordonnée aux éléments qui les composent. Quelquefois nulle, elle est tantôt fade, animale, et tantôt piquante, si la source dégage de l’acide carbonique. Dans les eaux sulfureuses l’odeur est généralement prononcée, soit qu’elle se rapproche de celle des œufs cuits, “soit qu'elle rappelle celle des œufs pourris quand elle contient du gaz sulfhydrique.

Plus que l’odeur encore ; la saveur des eaux minérales varie avec les principes qui les constituent. Il est impossible de rien généraliser à cet égard, ét l’on peut dire-que les eaux minérales affectent le goût de toutes les façons : nulle quelquefois, leur saveur est, dans d’autres circonstances, agréable et appétente, tandis qu’elle est ailleurs nauséabonde et rebutante ; celle-ci

est plus où moins salée, celle-là est saumâtre ; l’une est amère, l’autre est aigrelctte; rien, en un mot, ne peut être précisé à cet égard.

De tous les caractères physiques que présentent les eaux minérales, le plus remarquable, sans contredit, est leur thermalité. Toutes, il est vrai, n’ont pas une température supérieure ou. inférieure à la température ordinaire; mais ce phénomène occupe une si large place dans l'étude et les applications des eaux minérales, que nous crovons utile de nous y arrêter un instant.

La thermalité des eaux minérales a tour à tour occupé les philosophes, les géologues et les médecins, et il n’est pas facile de se reconnaître au milieu des opinions diverses et quelquefois contradictoires qui ont été émises sur ce sujet, depuis lantiquité jusqu’à nos jours.

Thermophyle, disciple de Pythagore, rapportait tout l’honneur du phénomène à l’action solaire, explication inadmissible aujourd’hui, alors que nous savons que la chaleur augmente à mesure que l’on pénètre plus profondément dans l'intérieur de la terre.

Mileus l’attribuait à l’action des vents chauds et toujours remuants, et péchait en conséquence par une ignorance égale à celle de Thermophyle.

Blodelli voulait que la thermalité fût produite par le mouvement seul des eaux dans les entrailles de la terre; Lemaire, par la fermentation des substances végétales et animales; Martinet ct Foderé, par des réactions chimiques. Sans doute, toutes ces circonstances développent du calorique, mais elles ne peuvent s'appliquer qu'à la thermalisation d’un certain nombre de sources et seraient d’ailleurs incapables de produire une chaleur constante, ainsi que cela existe dans les sources thermales.

Aristote expliquait le phénomène par le passage de l’eau à travers de mines de soufre; Démocrite, et après lui Berthemin, par l'infiltration du liquide à travers de couches de chaux, et Werner, à travers de mines de charbon de terre; enfin Valmont de Bomare le concevait par la décomposition des py-

rites. — Toutes ces théories sont aussi illusoires que les précédentes et ne peuvent s'appliquer qu'à un certain nombre de cas. Toutes les eaux thermales sont bien loim de traverser soit des mines de soufre, soit des couches de chaux; la présence de la houille ne paraît pas avoir une grande influence sur la production de la thermalité des eaux, car les sources du Bourbonnais, pour lesquelles cette explication a été donnée, ne contiennent pas, ou du moins contiennent à peine du gaz hvdrogène-sulfuré, tandis que les sources des Pyrénées, qui sont remarquables surtout par la quantité de ce même gaz, sont fournies par des terrains où il n’existe pas de charbon de terre. Enfin, quant:aux pyrites, leur décomposition ne peut avoir lieu dans les profondeurs de la terre, car cette décomposition est impossible sans le contact de l'air; d’ailleurs, la plupart des sources thermales, ainsi que l’a établi Brogniart, sont fournies par les terrains primiufs, dans n ÉRCTUÈRS, les sulfures de. fer (py-

rites) Sont fort rares.

L’électricité, on le doit prévoir, n’a pas été négligéc en un cas aussi difficile; Diderot, considérant le centre de la terre comme un noyau vitrifié, veut que l’écorce mobile agisse sur lui de la même manière que les coussins d’une machine électrique agissent sur son plateau; Steffens envisageait la terre comme une immense pile dont les éléments seraient constitués par les couches diverses qui constituent l'enveloppe corticale du globe; Ampère admettait des courants électriques qui, avec les combinaisons chimiques, concouraïent à la production de la thermalité. |

Quelques médecins, Bordeu et Fabas, entre autres, s’égarant dans les conceptions les plus hautes, pensent que le globe est doué d’une certaine vitalité, que les eaux minérales appartiennent à ses sécrétions, et que la Chaleur est produite par la circulation de ces matériaux ainsi élaborés.

Nous n’en finirions point si nous voulions énumérer toutes les théories proposées pour expliquer la formation de la thermalité des eaux, et nous avons hâte d'arriver à l'opinion de Sole-

nander et du père Kircher, admise généralement aujourd'hui, 2,

d’après les travaux de Descartes, de Leibnitz, de Buffon, de Laplace, de Humboldt, ete., etc. Cette opinion, consacrée par les observations et les expériences de la science moderne, admet que primitivement la terre était à un état de fluidité ignée, et que les couches superficielles de ce globe de feu en se refroidissant de la circonférenge au centre, ont enfermé dans une écorce solide dont l’épaisseur augmente sans cesse, les masses fluides et incandescentes. Or, comme le refroidissement n’a point encore atteint la partie la plus centrale du globe, il faut bien admettre qu’à cette partie centrale existe un foyer permanent et immense de calorique, avec lequel on explique tout à la fois les éruptions volcaniques, les tremblements de terre et la chaleur des eaux thermales. |

Nous verrons tout à l’heure, en effet, qu'il existe entre. ces trois phénomènes les relations les plus intimes.

Mais en cette place nous devons faire remarquer qu’en admettant la théorie d’un feu eentral il est nécessaire que la température du globe soit d'autant plus élevée qu’on s'éloigne davantage de la surface. C’est ce qui arrive en effet, à ce point qu'il a été possible d'établir numériquement la loi que suit lPaccroissement du calorique én allant de la circonférence de la terre à son centre. Cet accroissement est de 1 degré centigrade par 30 mètres de profondeur. Le forage des puits artésiens a de tous points confirmé ces calculs, et Arago ‘était moins enthousiaste qu'on ne le croit, quand il proposait de fournir, sans dépense de combustible, de l’eau bouillante aux PDU de Paris,

Quoi qu’il en soit, grâce à l'existence du feu central, il est facile d'expliquer la température des eaux thermales, en admettant que ces eaux ont circulé dans des terrains compris dans la sphère d'activité du foyer intérieur; et pour ne laisser aucun doute sur la réalité de cette explication, nous rappellerons que les sources thermales sont remarquables par la constance et la régularité de leurs eaux, ce qui n'aurait point lieu si ces eaux ne subissaient pas invariablement et toujours l'influence des mêmes causes.

Nous ne reproduirons pas ici toutes les fables qui ont été racontées sur la nature du calorique que possèdent les eaux thermales; ce calorique se comporte exactement comme le calorique naturel, et ne rend pas plus la fraîcheur aux fleurs fanées qu'il ne se conserve indéfiniment.

$ IT. — CIRCONSTANCES QUI INFLUENT SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES EAUX MINÉRALES.

Les limites de la température des sources sont très-étendues : tandis que quelques eaux présentent une ternpérature ‘inférieure à celle des lieux où elles sourdent, d’autres possèdent un calorique qui peut aller jusqu'à ébullition ; afin de bien faire saisir dans un seul coup d'œil les dégrés divers de cette thermalité, nous allons donner, en commençant par les plus- chaudes, la température des principales sources de la France, remettant au volume qui traite des eaux minérales étrangères un tableau analogue de la thermalité des sources principales de l’Europe :

Deg, cent, Deg. cent.

Chaudes-Aigues..... 81 Balaruc.....,.::.. 50-40 HÉTEMr TOR TON DAMES eee eerrvre 50 rérocnish 9 dote do Bagnères (Bigorre)... 48-18 MDI es, ee se pus 10 A0 TT VINS era do... : 48-19 Moscuil. .:.....4..- 63 Bagnols...... LA 45 Bourbon-Lanéy...... 62-39 | Mont-Dore........,. 45 0 MINI CIS" Si-Néctäire: 2. ,. 7004 Arles (Amélie......, 61 ST RR ERE Rte à Bourbon-l’Arch..... GUAM PUS M vero e ,.. 40-32 Bourbonne-les-Bains. 59 Cantéréts..r0. 24, T0 59 Bagnères de Luchon. 56 GTÉOUIR. sr etere 30794 D... chu 55 PNINANES es eee HOT... .. ea is 53 VOTE ete «di 91 Si-Antoine (Corse)... 52 AT Tue 1 36-34 La Bourboule.....,.. 52 Bale reste uee 1 OÙ CHOC ROÉÉMEMNNE ANA UNS ue 4e nt 00

le.

be

20 EAUX MINÉRALES Deg. cent. Deg. cent,

Chatelguyon......., 35-25 | Forbach............ 17

Saint-Sauveur...,... 34 Saint-Albau...". HAT Eaux-Chaudes......, 34 uses sas 0040 Saint-Honoré..….... 32 MHAUtETITE Saveurs de M0 Eaux-Bonnes ....... 32 0 PE PORN RENE Le | Campagne, cs 21 LE PRO PP 7° DIU ee a 0e DNETLB, an een le Allevaes, 0: 24 Enghien. .:057,:. 1 110 VIRCA USE MNELES. 27403 Chateldôn.3:2.,..,5:.118-40 Canboetiiés van 477 23 Vic-sur-Cère.#.....….., 12 FMCAUSSOETES sos Lt 190 CAIMATÉS EL ot iles LAS EO

AMAINAGRUE. 625.5 21022 PORQUES a boet an die

Ut (0109-45-14 Soulizbath Le dt Soultz-les-Bains ..... 18 SaUM-PATHOUX SR ad Bazin e Guests 418 FOTOS AC EL See Niederbronn......... 17

Si, comme on le voit par ce rapide tableau, les limites de la température des sources sont extrêmes, sa stabilité est, ainsi que nous le disions plus haut, très-remarquable, c’est-à-dire que cette température ne varie ni avec les saisons ni avec les années, et qu’en dehors de quelques circonstances que nous allons faire connaître, elle se maintient constamment la même pendant un temps très-long.

Parmi ces circonstances il faut noter en première ligne les cataclysmes, tremblements de terre et éruptions volcaniques. On sait les relations qui existent entre ces deux derniers phénomènes, dont la cause est rapportée au feu central dont nous avons déjà parlé; la thermalité des eaux est tellement Jiée, dans les modifications qu’elle en éprouve, à ces graves événements qui altèrent l'harmonie du globe, qu'il faut admettre entre ces altérations et ces événements soit une communauté d’origine, soit, ce qui est plus probable, une relation de cause à effet.

Quoi qu'il en soit, et malgré l'éloignement des contrées où

RS : Nr

ces commolions se passent, la thcrmalité des caux n’en est pas moins influencée par ces phénomènes : « Ainsi, dit M. Herpin (de Metz), certaines sources thermales ont éprouvé un changement total, dans leurs qualités et leur quantité, à la suite de tremblements de terre. Quelques-unes ont même disparu: d'autres se sont subitement arrêtées; le cours des eaux a été suspendu pendant plusieurs heures, plusieurs jours, plusieurs semaines, après quoi les sources ont reparu, quelquefois avec des modifications dans leur température ct Jeurs qualités. »

Tous les auteurs qui ont écrit sur les eaux minérales se plaisent à décrire les altérations subies par diverses sources à la suite de tremblements de terre, et, si l’espace nous. le permettait, nous n’aurions vraiment que l'embarras du choix pour nos exemples. Mais cette simple mention suffit aux besoins de notre cause, et nous avons hâte d'arriver aux autres circonstances qui modifient la thermalité des eaux minérales.

Nous ne citerons que pour mémoire la solidificalion progressive des couches terrestres, parce que son action est si lente qu'elle se fait à peine sentir d’un sièele à l’autre.

Le mélange des caux mal captées avec des eaux froides, quelle qu’en soit l’origine, est une cause d’abaissement de température dont la fréquence est surtout remarquable dans les pays montagneux, les Alpes et les Pyrénées, à l’époque de la fonte des neiges. Cependant, M. Bonjean, dans ses Considérations sur les eaux d'Aix en Savoie, rapporte un fait remarquable et qui constitue la seule exception, peut-être, à la règle que nous venons de poser. Il prétend que les eaux de Brig- Baden, en Valais, qui restent neuf mois de l’année à 34° et ‘35° centigrades, acquièrent tout à coup une température de 45 à 50° lorsque la fonte des neiges du glacier de PYoung-Frau permet d’arroser les pâturages immenses qui entourent sa base au-dessous de laquelle on voit sourdre, au niveau du ht du Rhône, la source thermale dont il s’agit.

Les variations atmosphériques, les changements de saison, les grands froids, les chaleurs excessives ne sont peut-ûtre pas sans influence sur les propriétés physiques des eaux; mais il faut

reconnaître que celte influence est d'autant moindre que l'origine | des eaux thermales est à une plus grande profondeur dans la terre. Les sources plus superficiellement situées éprouvent, à n’en pas douter, cette influence, car à Bussang, à Pullna, ete., les eaux sont beaucoup plus Hotte que d'habitude quand les pluiés ont été très-abondantes et très-prolongées. Le médecin des eaux doit être averti de cette particularité, afin qu’il puisse, selon le besoin, modifier ses prescriptions. e

L'influence qu'excrcent les nuages sur certaines sources minérales est bien manifeste : quelques-unes bouillonnent plus fortement et émettent une plus forte quantité de gaz; d’autres se troublent et tiennent en suspension des matières terreuses. M. Herpin attribue ces phénomènes, d’une part à la diminution de la pression barométrique, et d’une autre à la dilatation plus considérable des gaz, due elle-même à la chaleur des couches terrestres supérieures que traversent les eaux.

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