CARACTÈRES GÉNÉRAUX
Gard'. — De même que l'oolithe de l'Aveyron, le néocomien du Gard est souvent percé de grottes, parfois très spacieuses et de nombreuses cavités, en forme de gouffres ou d'abîmes, désignés dans le pays sous le nom d'avën ou de calavën*.
Des cavités très remarquables existent dans Tarrondissoment d'Alais et dans le massif néocomicn de Bouquet. La grotte de Tharaux, située sur la rive droite de la Cèze, est l'une des plus intéressantes du département du Gard, par sa grandeur et la beauté de ses stalactites; on cite encore la grotte de Bellegorge, près Navacelle ; celle dite la Grande Baume, dans la commune de Brouzet, et une autre dans le voisinage, d'une profondeur de 50 mètres, servant aux bergers à remiser leurs troupeaux pendant les fortes chaleurs; la grotte de Seynes, qui domine le village du même nom et dont on voit, sur un rocher à pic, les deux ouvertures communiquant ensemble par un couloir de 20 à 25 mètres; celles situées au nord d'Ëuzet, au quartier dit les Arenas, qui servirent de retraite aux camisards pendant les guerres de religion.
L'étage néocomien supérieur est également percé de plusieurs grottes dans l'arrondissement d'Uzès : telle est la Baume de Magdeleine, dans la commune de Baron. Dans la commune de Lussan, au quartier des Concluses, on en trouve trois assez vastes, dites las Très Pouses, le Maigre et la combe Saint-Martin; et près de Saint-André de Roquepertuis, la grotte de Soulié, sur la rive gauche de la Cèze. Telles sont encore, près de Roquemaure, dans la commune de Saint-Geniès de Comelas, sur la petite chaîne dite la
* ËmUien Dumas, t. HI, p. 340.
* Ce mot parait provenir du celtique avain, ruisseau, de même qu*at;i;i en écossais et en irlandais, et awen en bas-breton. Dans la angue celtique caraw^ creux, et aiwn, rÎTière, sont, d'après M. E. Dumas, l*origine du mot languedocien ealawen.
298 ROLE DES GAYERNES.
Roque, la Grande Baume ; près du pont du Gard, la grotte de la Sartanette. Dans la commune de Dions, où l'étage supérieur néocomien est très développé, plusieurs ouvertures profondes dans les parois verticales de la roche, au pied de laquelle passe le Gardon.
La plupart des grottes qui viennent d'être citées contiennent, sous une croûte de stalagmite ou dans le limon qui couvre le sol, des restes de l'industrie des anciens âges.
Près du village de Dions, on visite beaucoup une grande dépression en forme d'entonnoir, au fond de laquelle se trouve une grotte assez profonde. Sa dénomination latine s*est conservée presque pure dans le pays, où on la désigne sous le nom d'Espeluca*.
Un peu en amont des sources dites les Fonts de Collias, on observe dans cette commune l'entrée de la Baume de Pasque, dont le plein cintre surbaissé a environ 7 à 8 mètres de hauteur sur une base d'une quinzaine de mètres. Audessus et en face du moulin de la Baume existe une grotte, dont on a fait une chapelle : elle a deux ouvertures séparées par un intervalle de 150 mètres. C'est à peu près à 100 mètres en amont de ce point que surgissent les sources abondantes du moulin de la Baume. Dans le même groupe néocomien, sur la montagne du Bois-des-Lens, des grottes assez vastes sont désignées sous le nom de grottes deMacassargues, et près de là, vers le nord-est, un avën ou abîme, d'un mètre d'ouverture, mais très profond, si l'on en juge par le bruit prolongé que rendent les pierres qu'on y précipite.
Ardéehe : Pont d'Ai«. — Le pout d'Ârc, daus l'Ârdèche, est à rapprocher des accidents précédents.
* Spelunea, grotte.
CARACTÈRES GÉIIËRAUX. 990
. — Dans le petit massif jurassique du nord de risère, la célèbre grotte de la Balme, près Crémieu, est ouverte dans un escarpement de calcaire bathonieui qui forme la lèvre supérieure d'une grande faille limitant à Touest ce massif.
Observation$ théoriques.
Orifffaie des ca^c g— des OMMsIfi calcaires et doloiltlqaes* — —
Bien que les eaux aient agi d'une manière évidente dans la formation des cavernes des massifs calcaires et dolomitiques» dont il vient d'être question, il importe de remarquer que le premier rôle revient aux cassures souterraines.
Lors des mouvements qui ont brisé les couches, à toutes les époques, aux diaclases se sont souvent associés d'autres modes de cassures et, par suite, des cavités de formes diverses. Cela explique pourquoi les cavernes et autres cavités s'alignent souvent avec les dislocations du sol.
 la manière de ce que présentent les excavations artificielles, les cavités, grandes ou petites, ont exercé un véritable appel sur les eaux de la surface ; de là, sont résultés des ruisseaux et des torrents souterrains, que l'approfondissement graduel des vallées a successivement déplacés. L'action de ces eaux a été et est encore à la fois mécanique et chimique.
La présence de matériaux de transport, galets, sables et limons, celle de cavités taraudées, analogues aux marmites des géants (grotte d'Arcy) sont une preuve d'une usure mécanique.
Quant aux actions chimiques, elles se trahissent par certaines formes qu'elles seules ont pu produire : par la nature
' Lory : Bull. Soe. géoL, lS5i.
corrodée et comme pourrie des parois et surtout par les stalactites et stalagmites qui y abondent.
Ces actions des eaux, avec ou sans le concours de l'acide carbonique, se sont manifestées souvent, même dans des cavernes aujourd'hui complètement à sec. On reconnaît que leur dessèchement est relativement récent et résulte sans doute de la formation ou de l'approfondissement de vallées voisines, qui ont joué le rôle de drains.
C'est par centaines que Ton pourrait cataloguer les cavernes connues dans certaines régions de la France, quoiqu'une faible minorité seulement se décèle par leur affleurement accidentel : la plupart restent inaperçues.
Aux cavernes se rattachent des effondrements, qui sont innombrables, dans les régions montagneuses de la Carniolc, de l'Illvrie, de la Croatie et de la Dalmatie.
Oriflne des eavernes prodoltes par l'entraînement des matières
arénacées. — A part Ics cavemcs produites par les amoncellements de blocs, telles qu'on en voit de si nombreuses dans la forêt de Fontainebleau, il en est qui résultent de rentrainemcnt, par les eaux d'infiltration, des parties sableuses de couches partiellement agglutinées en grès.
thrigine des eavemes produites par I érosion dn ffypse et dn sel
femme. — Une simple érosion souterraine de roches solubles dans l'eau, comme le gypse et surtout le sel gemme, a produit des cavernes et, par suite, des effondrements de la surface. Les environs de Pesev, en Savoie, et différentes localités de la Thuringe, du Harz et du Lûnebourg en présentent des exemples.
Pour le sel gemme, la nature ébouleuse des couches argileuses encaissantes provoque le remblai de ces cavités, au fur et à mesure de leur production. On en a vu tout récem-
CARACTÈRES GÉiNÉRAUX. 391
ment encore une démonstration évidente dans les effondrements qu'a provoques, dans la vallée de la Meurthe, l'exploitation du sel par dissolution artificielle, notamment à Arth-sur-Meurthe, le 9 novembre 1876. La crainte du retour de pareils accidents a motivé une décision ministérielle du 15 mars 1877, et on règle le minimum de. distance du chemin de fer et du canal, auquel les puits de dissolution doivent être établis.
Orlf lii« des caverne* dues A des glitsemeals ■nperllcteii. — Cl-
tons les cavernes qui résultent de Taccumulalion de grands blocs, à la suite de glissements superficiels. Il y en a un exemple
Cambalou
Echelle
SO ISO ISOuift,
Fijr. t37. — Coupe de la montagne de Combalou, versant de Roquefort (Aveyron) inontran comment la démolition et le glissement des couches calcaires ont déterminé la formation de cavernes (caves de Hoquefort). J,, oolithe; J,, oxfordien; N,N, niveau d'eau; S, source a, orifice d'entrée du courant d'air qui ressort par les points p et 7; U,V, talus argileux. — D'après H. Parran.
particulièrement connu dans les caves de Roquefort (fig. 137)*. A cette catégorie de cavernes se rattachent même des
i Parran, Ânnalea detUinea^ t. X. p. 110.
503 ROLE DES CiYERNES.
accumulations de petits blocs, qu'on ne mentionnerait pas, s*ils n'avaient été le théâtre de découvertes intéressantes, au point de vue de la faune quaternaire, comme M. Desnoyers Ta montre pour les blocs de gypse des collines de Montmorency et pour les blocs de grès de la colline d'Auvers.
Origtee de* eaveraes ezeftvées par îm Mier 4abs les fUttlaes . -—
Partout où le littoral de la mer est constitué par des escarpements de roches plus ou moins cohérentes, on y rencontre des cavernes et autres excavations dues à l'action mécanique des galets ou d'autres fragments rocheux, poussés par les vagues. Nous nous bornerons à rappeler la figure 71, p. 154, pour Étretat, ainsi que les exemples connus aux environs de Dieppe, du Tréport; dans les granités de Bretagne (Piriac) et de Jersey; dans le basalte de Staffa (grottes de Fingal) ; à Sorrente, etc.
Origine des eaveroeii des eoalées voleanlqae*. — Il n V a paS
lieu de revenir sur les cavernes que présentent souvent les coulées volcaniques, comme on l'a vu page 99, pour Royat, par exemple et comme il en existe à Lancerotte, à Ténériffe et en Islande.
Le docteur Eugène Robert a signalé dans ce dernier pays* des sources abondantes qui sortent, comme en Auvergne, des extrémités de courants de laves. Quelquefois c'est une petite rivière qui s'échappe, après avoir parcouru des canaux tortueux.
Origine de* eaTernea paraissant résider dans les lianes des montagnes voleanlques. — Parmi IcS COUlécS boueUSCS aUX-
^ Voyage en Ulande, i** partie, page 225.
G«te-d'€lr^ — Aux environs de Montbard, le gouffre de Vaugimois est un ensemble de bétoires où disparaît la rivière de Yilaines-en-Duemois. Non loin de là, plusieurs ruisseaux se perdent de même dans les sillons du grand plateau calcaire, qui forme la pente septentrionale de la Côte-d'Or.
■•nte-SAÔBC : cBvIrons de Teaool'. — LcS platcaUX de ToO-
lithe inférieure, au sud de Yesoul, sont absolument dépourvus de sources ; l'écoulement des eaux s'y fait par des conduits souterrains, communiquant parfois avec le jour par des puits naturels, qui servent de déversoirs après les grandes pluies (Fontaine de Courboux, trou de Fondremand). Ces canaux, à leur arrivée au jour, peuvent former des cours d'eau importants (Source de la Romaine).
Ain:Pert«daRh«Be*BeUetarae. — D'après M. Tardy, le sol, au point précis où se perd le Rhône, à Rellegarde (fig. 139) présente trois couches successives de calcaire urgonien, étudiées par M. Renevier'. C'est sous le banc inférieur n* 3 que le Rhône disparait dans les basses eaux, c'est-à-dire de février à juin; autrefois, le banc supérieur n* 1 recouvrait le lit du fleuve, comme un pont naturel, qu'on a fait sauter, vers 1830, pour faciliter le flottage des bois.
€AU«do9\ — Dans le Calvados, l'Âure et la Dromme se perdent insensiblement à Fosse-Souci, au pied de la butte d'Ëscures, dans la vallée de Maisons, à 6 kilomètres au nord de fiayeux, entre les strates du calcaire marneux du niveau de l'argile de Port-en-fiessin, presqu'au point de contact de
' Explication de la Carte géologique de France, t. II, p. 387.
* Carte géologique détaillée; feuille de Gray.
» Bull. Soc. géol., t. m, ô* série, p, 706.
^ De GaumoDt. Eesai eur la topographie géognottique du Calvados, p. Si6.
504 ROLE DES CiVERNES.
Tel est le cas aussi pour certains courants boueux {moyas) des volcans de la Colombie. Plusieurs éruptions du volcan de Ruiz ont donné des coulées de boue, avec sulfate de fer et acide sulfurique, par exemple, le 12 mars 1595 et le 19 février 1845'.
Ce qui confirme l'existence de vastes cavités intérieures et, par suite de lacs souterrains, c'est l'écroulement du Carguairazo (fig. 138) qui a eu lieu le 20 juin 1698, et la forme de cône tronqué qu'il a prise alors, en abandonnant également beaucoup de boue, dans laquelle se trouvaient de petits poissons {Pymelodes cyclopum).
Jnra : Déparfcmento do DouIm et do Jota'. Lc premier
plateau du Jura, formé presque exclusivement par le premier étage des terrains oolithiques compacts (jurassique inférieur), constitue, par sa nature perméable et par ses vides intérieurs, un réservoir d'une énorme épaisseur qui alimente les cours d'eau du Vignoble et de la Bresse. Les seules marnes que ce massif renferme sont les marnes à foulon, précieuses pour l'agriculture, mais d'une étendue minime, par rapport à celle du plateau et, pour cette raison, d'une faible importance hydrologique.
A part les sources qui sortent au-dessus des assises mar* neuses, beaucoup d'autres jaillissent de cavités et de fissures souvent très vastes du jurassique inférieur.
* Comptes refitiuê de P Académie deê aciencet^ 27 avril 1847. — UulL Soc. gi'oi.t 2- série, t. VIII, p. 489.
' Lamairesse. Études hydrologigucs sur la Monts Jura. — Veiian. Éludes sur le Jura.
Un grand nombre de très longues lignes d'enfoncements anciens ou de formation actuelle, existent le long des lignes de failles. Ainsi s'oriente une série de grandes escavations, en forme de puits, qui passe à l'ouest de Mournans, puis se dirige sur Onglières, Plenisette et Plenise.
Dans une partie des monts Jura, des ouvertures coniques et béantes, désignées sous divers noms, sont dues à des tassements du sol et à des effondrements, qui sont la conséquence d'érosions souterraines.
Fournet a cité les environs de Lons-le-Saulnier, comme une des localités les plus remarquables sous ce rapport. Cette ville est établie sur un calcaire jurassique, supporté par des marnes argileuses et une formation salifère. Un premier effondrement eut lieu dans cette ville, en 1703; d'autres s'y sont produits en 1712, 1738, 1792, 1814, 1830. Pendant l'affaissement de 1792, des eaux souterraines, interceptées dans leur cours parla descente du sol, s'exhaussèrent en même temps dans un puits, d'où l'on extrayait Teau salée.
Dans la commune de Châtelaine et dans les forêts d'Ârbois, on connaît treize entonnoirs de toutes formes, échelonnés dans une direction générale du nord-est au sudouest.
Les grottes de Baume, ouvertes dans le terrain jurassique inférieur, où elles font suite à l'échancrure la plus haute, la plus profonde, la plus étroite et la mieux dessinée du Jura, donnent issue à la source principale de la Seille. Elle correspond à une série d'entonnoirs et d'enfoncements, dans le prolongement des cavernes où naît la rivière. Les sources pérennes qu'elle produit ont pour complément, en grandes eaux, une source temporaire qui sort par déversement.
Le Lison du département du Jura reçoit, en amont du
Moulin Croton, deux affluents; Tun, le Bief des Joncs, perd dans un entonnoir une des deux branches dans lesquelles il se divise, un peu avant son confluent. Les eaux du Moulin Croton, dérivées du Lison, se perdent également dans un entonnoir, de sorte que le ruisseau est le plus souvent à sec, à l'aval de la prise d'eau de cette usine. Toutefois son cours se continue et aboutit, à 4000 mètres à Taval du Moulin^ dans un puits placé en tète du bief des Laizines : on désigne ainsi une longue fente très large, à bords abrupts, d'une profondeur de 4 mètres environ à l'origine, dans laquelle il n'existe de cours d'eau que lors des grandes crues. A une distance de 3 kilomètres de l'origine de cette dépression, il sort du sol un cours d'eau, prolongement du Lison, qui a coulé souterrainement sous les laizine$. Ce cours d'eau, après un parcours de 860 mètres, tombe dans le lit d'un bief venant de Villeneuve,
La source du Lison du Doubs, à un kilomètre 'au-dessous de Nans-sous-Sainte-Ânne, s'échappe d'une belle grotte dans le roc vif et forme une cascade de 10 mètres au fond d'un cirque. Elle fait mouvoir immédiatement un moulin. Ses eaux sont attribuées au puits Billard, situé à 400 mètres^ et au marais de Villeneuve. Elles sont très boueuses, parce qu'elles se sont engouffrées dans des entonnoirs et des laizines.
Parmi les sources qui sortent du rocher sans descendre jusqu'aux marnes, une des plus remarquables est celle du Doubs (département du Doubs). Son orifice est situé dans la paroi presque verticale d'un rocher. Elle jaillit, en toute saison, avec une direction horizontale, comme la veine fluide d'un vase percé latéralement. En sécheresse, on peut pénétrer dans cet orifice sur plus de 10 mètres de profondeur; on voit les eaux sortir de fissures et l'on entend un bruit de chutes lointaines. Située à la base du mont Bizon, cette
source parait être la décharge de vastes plateaux portlandiens dépourvus de cours d'eau.
Au-dessus de Saint-Claude, est un abîme sans fond, d'où le ruisseau de ce nom sort par le haut.
La Loue, commune d'Ouhans, jaillit d'un rocher qui a 600 mètres de haut, à 20 mètres en contre-haut. On le con- .sidère comme le débouché des eaux qu'absorbent les gouffres des plateaux de Gouy (gouffres de la Crète de René, de Sept-Fontaines, de Levier).
Le lac de Joux, alimenté par TOrbe, a une décharge souterraine et communique aussi avec le Yalorbe.
Quelques sources temporaires sont alimentées par Tinfiltration d'eaux pluviales, tombées sur des surfaces fort éloignées, en sorte qu'elles grossissent ou diminuent sans cause apparente, à la grande stupéfaction des habitants de la localité, qui les désignent sous le nom de calamiteu$e$. Certains bancs qui affleurent par le haut sur la chaîne de l'Euthe et par le bas, au pied du premier plateau, à une distance de près d'un myriamètre, donnent lieu à des sources de cette espèce. D'autres sources qui déversent à l'extérieur, par siphonement, les eaux de certaines cavités intérieures sont dites affamemes.
Hevrtheei HoMtte'. — Dcs cours d'cau SOU terrains assez importants circulent dans les fissures del'oolithe inférieure; on peut citer celui qui forme la belle source du Château de Dieulouard, et ceux que produisent le ruisseau de Thuilley et l'une des branches du ruisseau de Gemonville.
'. — Sur les plateaux calcaires du département des Vosges, il y a des enfoncements coniques, à ouvertures cir-
I BraconDier, Meurihe^ei^Mo$elie, p. 35S.
* D'après H. Hogvd.
culaires, de 10 à 30 mètres de diamètre, peu profonds, désignés sous le nom de mare$ ou de mortes; dans quelques-uns il y a toujours de l'eau, même en été. Le muschelkalk, dans la forêt de Padoux, en présente des centaines. Il y en a d'autres dans le bas. Il en est encore qui servent de réceptacles aux eaux de pluie ou de ruisseaux, et qui ont les noms depuisarts, de puits, de pertes ; d'autres paraissent obstrués; d'autres, enfin, au lieu d'absorber, sei^vent à dégorger le trop plein des eaux souterraines. Il en est près d'Autreville, dans le fond de la vallée, connus sous le nom de fos$e$, qui sont bordés de buttes coniques, formées de détritus rejetés par les eaux. La plus grande a 40 mètres à sa base et 4 mètres de hauteur.
. — Dans le département de l'Aube, les plaines du calcaire à spatangues présentent, aux environs de Yendeuvre, de Vauchonvilliers, Trannes, Levigny, Fresnay, Villesur-Terre, etc., des trous souvent très larges et très profonds, auxquels les habitants ont donné les noms de gouffres ou de fosses. Leur forme ordinaire est celle d'un conoîde ou d'une pyramide quadrangulaire renversée, ayant quelquefois à la surface plus de 80 mètres de périphérie, et 10 à 12 mètres de profondeur. Quelques-uns de ces gouffres absorbent les eaux pluviales^ qui disparaissent ensuite par des canaux souterrains, et vont contribuer à alimenter des fontaines abondantes. D'autres se comblent en partie et deviennent le refuge d'une végétation vigoureuse. Enfin, il en est où se conservent les eaux qui s'y rendent, et souvent les remplissent dans les temps de pluie, de manière à se déverser dans les ravins environnants. Ces trous sont dus à des effondrements.
* Leymerie. Aube, p. 204-205.
mPLUENGE SUR LE RË6I1IE DES EAUX. 309
CMe-d*or^ — Aux environs de Montbard, le gouffre de Vaugimois est un ensemble de bétoires où disparait la rivière de Vilaines-en-Duemois.Non loin de là, plusieurs ruisseaux se perdent de même dans les sillons du grand plateau calcaire, qui forme la pente septentrionale de la Côte-d'Or.
■a«te-SA«ne : eavirou de Veaaol'. — Lcs platcaUX de TOO-
lithe inférieure, au sud de YesouU sont absolument dépourvus de sources ; l'écoulement des eaux s'y fait par des conduits souterrains, communiquant parfois avec le jour par des puits naturels, qui servent de déversoirs après les grandes pluies (Fontaine de Courboux, trou de Fondremand). Ces canaux, à leur arrivée au jour, peuvent former des cours d'eau importants (Source de la Romaine).
AlBlPertcdaBhôneABeUefarde. — D'après M. Tardy, le
sol, au point précis où se perd le Rhône, à Rellegarde (fîg. 139) présente trois couches successives de calcaire urgonien, étudiées par M. Renevier'. C'est sous le banc inférieur n* 3 que le Rhône disparait dans les basses eaux, c'est-à-dire de février à juin; autrefois, le banc supérieur n* 1 recouvrait le lit du fleuve, comme un pont naturel, qu'on a fait sauter, vers 1830, pour faciliter le flottage des bois.
caWados\ — Daus le Calvados, l'Âure et la Dromme se perdcnl insensiblement à Fosse-Souci, au pied de la butte d'Escures, dans la vallée de Maisons, à 6 kilomètres au nord de Raveux, entre les strates du calcaire marneux du niveau de l'argile de Port-en-Ressin, presqu'au point de contact de
' Explication de la Carte géologique de France, t. II, p. 387.
' Carte géologique détaillée; feuille de Gray.
» Bull. Soc. géol., t. III. ô* série, p, 706.
^ De Caumont. Eeeai sur la topographie géognoêtique du Calvadot^ p. SiO.
ROLE DES CAVERNBS.
Fig. 139. — Vindsl* perUdD Rhtne à Bel1«(in]«, prix du milieu du pouldcLuul. On lûit.
INFLUENCE SUR LE RÉGIME DES EAUX. 31 i
cette roche avec Toolithe inférieure. Après s*étre réunies, les rivières se divisent en deux courants : en été, on voit disparaître l'un d'eux dans Tespace de 40 mètres environ ; en hiver, quand les eaux sont plus abondantes, ils se perdent sur une longueur de plus de 80 mètres. Partout où les eaux sont absorbées, on entend un bruit sourd, et on les voit ressortir à marée basse, au pied des falaises, entre Port-en- Bessin, Gommes et Marigny, à 4 kilomètres de distance : les couches d*où elles surgissent sur la côte sont identiques avec celles qui les reçoivent à Maisons.
Charente : Tardieaère, le Bandlat, la Toavre^ -— Le terrain
jurassique présente, dans diverses parties du département de la Charente, de nombreuses dislocations qui ne se traduisent pas seulement par de simples ruptures de couches ou par des failles, mais souvent aussi par des effondrements, des gouffres plus ou moins profonds, dont les bouches sont béantes à la surface du sol, et qui jouent un rôle important dans la circulation des eaux souterraines.
La Tardouère ou Tardoire, depuis Montbron, perd ses eaux dans des cavités, de sorte que dans son état ordinaire elle est réduite à la moitié de son volume à la Rochefoucauld. Elle ne parvient au pont d*Agris qu'après des pluies abondantes, et il faut des crues extraordinaires pour que cette rivière coule jusqu'à la Bonnieure. Les gouffres dans lesquels elle se perd sont quelquefois vides et apparents ; d'autres fois, ils sont recouverts par des matériaux incohérents ou par des couches de sable à travers lesquels les eaux s'infiltrent. Le sol d'ailleurs, dans les cantons de Montbron, de la Rochefoucauld et de Mansle, porte les traces de fortes dislocations, et beaucoup de bancs approchent de la verticale.
* Coquand. Géologie de la Charente 1863, p. 204 et suivantes; p. 292.
513 ROLE DES GAYERNES.
La commune de Pransac présente, sur la rive gauche du Bandiat, dont le cours est sensiblement parallèle à celui de la Tardouère, un gouffre dans lequel pénètrent les eaux de la rivière. Ce gouffre, entr*ouvert dans une faille, est situé au pied de roches coralliennes très fissurées. En aval, comme en amont de Pransac, le Bandiat se perd dans une multitude d'entonnoirs. A part les grottes de Rancogne, le gouffre le plus apparent est celui que Ton rencontre à 2 kilomètres du pont de la Bécasse, près du village de Chez-Robv. C'est une crevasse béante, dont le fond présente un amas de rochers écroulés et entassés sans ordre les uns au-dessus des autres. Elle engloutirait toute la rivière, si celle-ci n'était retenue par une forte digue. Pendant l'été elle ne dépasse pas le gouffre de la Caillère, dans lequel on la voit se précipiter avec fracas. La coupe qui a été faite dans le coteau du village de la Chabanne, pour la traversée de la route, au sortir de la plaine de la Rochefoucauld, montre des rochers inclinés en différents sens, laissant entre eux des cavités plus ou moins considérables. C'est ainsi que sous le village de Lacoux, il existe, au bas d'une saillie de rochers, un gouffre recouvert par des quartiers de pierres énormes.
La forêt de la Braconne contient aussi plusieurs de ces gouffres, qui pénètrent jusqu'à une profondeur considérable. Ainsi on rencontre dans la commune d'Agris une de ces excavations, désignée sous le nom de Dufaix, qui s'ouvre, sous forme de galerie tortueuse, dans les bancs du corallien supérieur, dont les couches s'inclinent vers le gouffre. On peut citer, dans la même localité, la Fosse Mobile, qui commence par une cavité sinueuse, s'engage ensuite à travers une voûte, et débouche sur un puits presque vertical, la Fosse Limousine, dont la cavité inférieure se continue dans l'intérieur de la montagne, au moyen de grottes; les bords supérieurs du précipice sont formés par le calcaire à
astartes. Le gouffre le plus grand et le plus tourmenté est la Grande-Fosse, au milieu de la forêt de la Braconne, et qui est entièrement ouverte dans le calcaire à astartes. G est une vaste caverne circulaire, de 3 à 400 mètres de diamètre, à parois verticales, et présentant des couches brisées; un cône, qui s'élève à peu près au milieu de la dépression, a une hauteur de 30 mètres environ.
On comprend comment, dans une région aussi fracturée, les eaux se perdent successivement dans les gouffres béants qu'elles trouvent sur leur passage.
A l'inverse de la Tardouère et du Bandiat, qui disparaissent dans des gouffres, la Touvre sort en bouillonnant, avec le volume d'une rivière et une largeur de 80 mètres, de couches appartenant au sous-étage virgulien.
Ges magnifiques sources de la Touvre, comme la fontaine de Vaucluse, les rivières de la Loue et du Lison, jaillissent d'un gouffre dominé par des rochers taillés à pic. Elles prennent naissance dans deux bassins principaux : le Dormant et le Bouillant, dont les deux noms rappellent l'aspect. Le premier a 24 mètres et le second 12 mètres de profondeur.
On doit considérer aussi comme une des sources de la Touvre la fontaine bouillonnante de la Laiche, que l'on rencontre à 1000 mètres au sud du gouffre, et qui forme une nappe d'eau, ayant plus d'un hectare d'étendue.
La Touvre doit incontestablement son origine aux deux rivières de la Tardouère et du Bandiat, qui, comme on vient de le voir, se perdent en entier à la hauteur de la Rochefoucauld, dans des crevasses ouvertes au milieu de leur lit, et dont les eaux se dirigent vers le sud-ouest, suivant le plongement des couches. Leur communication souterraine est attestée d'abord par une observation que l'on a souvent occasion de faire. 11 n'est pas rare de voir les eaux de la Touvre devenir troubles et limoneuses dans la plus belle
saison de Tannée, sans que l'on se soit aperçu de la moindre pluie. Ce phénomène n*a d'autre cause que les orages locaux, qui salissent les eaux du Bandiat et les transmettent en plus grande quantité dans les gouffres destinés à les recevoir.
Les dénivellements que Ton remarque dans les bancs à 0$lrea virgula, depuis les gouffres jusqu'au-dessus de la Laiche, démontrent que les escarpements, au pied desquels jaillissent les sources, ont été produits par une faille qui, formant un barrage intérieur, limite vers l'est les cavernes souterraines, et force le trop-plein à s'écouler par cette vanne naturelle.
■él«alt^ — Dans le département de l'Hérault, les calcaires offrent le caractère de présenter quelquefois à la surface, indépendamment de leurs pores toujours béants, de vastes ouvertures résultant le plus souvent d'effondrements (la croix de Miège), plus fréquemment des trous plus ou moins spacieux, appelés évents ou boit-tout^ ou bien encore des fissures plus ou moins étroites, qui se prolongent bien avant dans leur intérieur et aboutissent à de larges cavités susceptibles de fournir aux eaux des bassins de réception. Ces bassins communiquent avec l'extérieur par des canaux plus ou moins sinueux, et donnent un écoulement d'eau d'un volume exceptionnel (source du Lez).
La source de la Vis, située au moulin de la Fou, près du hameau de Novacelle, est un énorme bouillon, d'un volume de deux mètres par seconde, qui change immédiatement le torrent en une belle rivière aux eaux limpides. Il parait provenir d'inliltrations dans le plateau de calcaire oolithique du Larzac '.
' D'après H. de RoaTÎIle.
* Lequeutre. Annuaire du Club Alpin françaiê, 1883. p. 331.
^reccDrdflfee*. — Les calcaires à caprotines qui forment toutes les crêtes principales et presque tous les grands plateaux rocheux des massifs de la Chartreuse , de Lans, de Royans et du Yercors (Isère et Drôme) sont très compacts et ne se dégradent que très lentement par les agents atmosphériques.
Mais ils sont toujours plus ou moins crevassés, de telle sorte que les eaux ne séjournent point à leur surface et s'infiltrent rapidement à travers toute l'épaisseur de ces calcaires, jusqu'à ce qu'elles rencontrent une assise marneuse qui les arrête : ce sont des marnes néocomiennes à spatangues ; puis elles ressortent souvent par des grottes, en sources volumineuses et souvent intarissables, dont les positions sont déterminées par les inflexions des couches néocomiennes.
Telles sont, dans les montagnes de la Chartreuse, les sources du Guiers-Vif et du Guiers-Mort, alimentées par les pluies et les neiges de la chaîne du Haut-du-Seuil. Presque toutes les grottes qui ont une certaine célébrité dans la région sont situées dans les calcaires à caprotines : telles sont le Trou du Glaz, sur la montagne du Petit Som, les glacières de Proveysieux, de Corençon, celle de Fondeurle- en -Vercors, etc.
Dans les parties basses des grands plateaux du Yercors (Lente, Vassieux, etc.) on voit souvent les crevasses des calcaires néocomiens converger vers des entonnoirs ou fontis, désignés sous le nom de icialets, où les eaux s'engloutissent. Pendant les grandes pluies, il arrive quelquefois qu'un scialet est insuffisant pour absorber l'eau qui se rassemble dans une partie basse du plateau : il se forme un lac temporaire, dont le niveau s'exhausse jusqu'à la rencontre d'un scialet
• Lory. Dauphiné, p. 316-317.
placé plus haut. Ces faits ont été étudiés dans le Vercors, par Fournet et Duval-Jouve *.
Dans la Drôme, en particulier, la falaise dite du Robinet, près Viviers, entre Donzère et Châteauneuf, est perforée de nombreuses cavernes. La grotte de Dieu-le-Fit, qui porte le nom particulier de Tom-Jones, est remarquable par son étendue et par la présence d'énormes cailloux roulés qui n'ont pu y être amenés que par des courants rapides ; celle de Mollans est située sur la limite de cette commune vers Malaucène.
▼•r tt Aipes-Haritime»'. — Dosgrottcsse trouveut à chaquc pas sur les flancs élevés des escarpements calcaires du département du Var, auprès de Grasse; sous le plateau de Saint-Yallier, près de Toulon, sous l'escarpement du plateau d'Orves. La célèbre grotte de la Sainte-Baume est ouverte dans les flancs de la montagne de ce nom, qui fournit des eaux pures et abondantes , parmi lesquelles la source de Saint-Pons : celle-ci, qui jaillit en bouillonnant du rocher, pourrait, dès sa sortie, porter des bateaux. Les grottes de Barfols, sous le plateau calcaire du Gaud, sur la rive droite de la Siagne d'ËscragnoUes, sont également bien connues.
Les ragagés^ les gouffres et les crevasses sont des cavités verticales, ouvertes aussi dans les calcaires secondaires des plateaux , qui présentent des analogies avec les grottes.
Il existe plusieurs gouffres qui déversent dans la mer les eaux qu'ils ont prises à la superficie. Ainsi le gouffre de Cuges qui reçoit toutes les eaux de ce bassin ne parait les restituer que dans les flots. Ainsi les calcaires poreux et
• Bulletin de la Société géologique 2« série, t. XI, p. 731. Fournet. Sur les effon-' drementê. Académie de Lyon 1852.
* De Villeneuve. Géologie de la Provence^ p. 306.
INFLUENGK hUR LE RÉGIME DES EAUX. 317
siliceux du plateau de Roquefort, à Biot, ne peuvent se décharger de leurs eaux que dans le golfe d*Antibes.
Une grande source sous-marine se manifeste dans le petit golfe de Cannes, vis-à-vis la partie du rivage formée de muschelkalk ; celte source se trahit pendant les temps calmes^ par un bouillonnement. Elle est située vers le point du cap Groisette, où le rapprochement de la ligne sans fond indique un rivage abrupt, dont la pente moyenne est de 27 pour 100.
Plusieurs sources analogues existent très probablement dans le golfe Jouan, près Antibes, et dans le golfe de l'embouchure du Var.
Lorsqu'on examine la composition du littoral, de Nice à Gênes, on retrouve toutes les circonstances caractéristiques des sources sous-marines, terrains perméables arrivant jusqu'au contact des flots et rapide dépression du fond de la mer vers le littoral. Aucun cours d'eau important n'établit d'ailleurs un grand centre de réunion aux eaux absorbées. On trouve, en effet, au sud de Menton, des sources tellement abondantes qu'elles adoucissent l'eau marine.
Dans la partie occidentale du département du Var, les sources sous-marines ne se montrent plus qu'au contact des masses calcaires avec la mer, vers Saint-Nazaire et Bandol et près du golfe de Lèques. Sur un point, l'affluence de l'eau douce est tellement connue qu'il y a auprès de la plage de Portissol, à l'ouest de Saint-Nazaire, un avancement nommé pointe de la Source. Au nord de Bandol, les eaux intérieures sont si abondantes, qu'un trou de sonde percé, en 1828, à la Gadière, dans un puits de recherche de mine, amena une affluence d'eau qui nécessita l'abandon du puits inondé. Plus à l'ouest, les eaux de sources sous-marines se présentent en plusieurs points. Aux Gapucins, près la Giotat, elles rédui-* sent de trois quarts la salure de l'eau. A Gassis apparaît la grande source sous-marine de Port-Miou, qui émerge du roc
318 ROLE DKS CAVERNES.
par une ouverture de 2 mètres carrés au moins. La force d'im^ pulsion de cette eau se manifeste par un courant, entraînant des corps flottants jusqu'à plus de 2 kilomètres du rivage. Une sonde tenue en suspension dans un puits creusé près de l'émergence de cette source sous-marine, ne peut pas demeurer verticale sous la charge de 16 kilogrammes; il faut armer la sonde de 38 kilogrammes pour qu'elle résiste à Tentrainement.
Ajoutons, d'après M. de Villeneuve, que cette grande source sous-marine de Cassis s'aligne, d'une part, avec la source sous-marine de Cannes, parallèlement au système de la Sainte-Baume, et de l'autre, avec la grande source de Vaucluse, suivant N. 22 0., parallèlement au système du Yiso, qui est équivalent à celui de la Sainte-Baume.
Boaebes-da-BhôBc*. — Âuprès de Marseille, toutes les eaux des terres basses de Gémenos, après avoir été retenues parles argiles tertiaires, viennent s'engouffrer dans les puits absorbants offerts par les calcaires à chama, qui bordent au sud le petit bassin de Gémenos à Aubagne. Ges puits absorbants sont connus en Provence sous le nom A'embucs. Ils suivent les alignements des sources : c'est ainsi qu'un môme alignement, parallèle aux eaux thermales de Gréouls, à Digne, couvre les sources de Sorps, de Barjols, deSeillons, de Sainte- Zacharie, de Gémenos, et la source sous-marine de Cassis. Comme les embues de Gémenos, les puits absorbants déversent les eaux des petits bassins imperméables, sans écoulements apparents. Ainsi s'échappent, vers la mer, les eaux du bassin de Cuges; ainsi les eaux du bassin tertiaire d'Artignosc, celles du bassin de Saint-Julien le Montagnier, une grande partie des eaux des petites vallées tertiaires de Rians
1 De VilleneuTe. Géologie de la Provence, p. 464.
mFLUENGE SUR LE RÉGUIE DES EAUX. 519
à Esparron et Ginasservis, viennent grossir le volume des eaux filtrées à travers les calcaires secondaires qui les encaissent.
Dans la chaîne de Sainte-Victoire, on remarque la belle source du Tholonet, que les Romains avaient recueillie dans un aqueduc. Jouques, situé dans un vallon comme celui de Saint-Pons, possède aussi plusieurs belles sources, et entre autres, celle de la Traconade, que les Romains ont conduite jusqu'à Âix, en perçant plusieurs chaînes montagneuses. Toute la partie de la Trevaresse qui tourne vers la Durance est arrosée par des sources abondantes. La chaîne de l'Étoile fournit aussi de belles eaux.
Celte même chaîne verse dans le bassin de Marseille les sources des Eygalades et de Plombières, sans compter plusieurs autres moins considérables.
Excepté quelques villages situés sur les hauteurs, comme le Yernègue, Aurons, Miramas, Eguilles, la plupart des Communes du département ont des sources qui alimentent leurs fontaines, et les villes de Marseille, Aix, Arles, Tarascon, Saint-Remi, Aubagne n'ont rien à désirer sous ce rapport.
Vaadwef FontAlne de VaadaM ^ La foutainc de Yaucluse
sort au pied d'un rocher taillé à pic (fig. 140) dont la hauteur est de 200 mètres et qui ferme brusquement un vallon étroit". Elle jaillit d'un vaste bassin presque circulaire et en forme d'entonnoir, qui aboutit à une caverne profonde, ouverte en arcade.
L*aspëct de la source varie beaucoup suivant l'abondance des eaux. Lorsqu'elles sont à leur maximum, ce qui a lieu
' Gras. Deêcnpiion géologique du dépariemenl de Vaucluêe, p. 28. * L'étymologis de Yaucluse est probablement valiiê dauea, vallée close.
3J0 ItOLE DES CAVERNES.
au printemps, époque de la fonte des neiges, la voûte de la
Fig. liO. — Vue de l'eacarpemcut calcaire an pied duquel lort la Foalaine de Vincliue.
caverne est cachée, et une nappe d'eau tranquille remplit
le bassin jusqu'à son orifice. Au mois d'octobre, au contraire, lorsque les eaux sont à leur minimum de hauteur, la voûte de l'antre apparaît tout entière et laisse voir un lac dont rétendue se perd dans une profonde obscurité. On peut descendre, en prenant des précautions, le long de Tentonnoir et arriver jusqu'à la surface de cette nappe d'eau limpide, qui remplit un abime dont on n'a pu jusqu'à présent mesurer la profondeur. La source en sortant n'est pas bouillonnante, comme on pourrait le croire; rien n'altère le calme parfait ni la transparence cristalline de sa surface. Son trop-plein, lorsqu'il ne surmonte pas les bords du bassin, s'échappe par les nombreuses fissures du roc calcaire. Il en résulte, à quelques mètres de là, vingt ruisseaux bruyants qui tombent en cascade (fig. 141) et produisent des flots d'écume en ée brisant sur les rochers. Une autre source remarquable, celle du Grozeau, analogue à la Fontaine de Yaucluse, sort également du pied du massif calcaire.
Suivaat l'intéressante étude qu'en a faite M. Bouvier*, pour arriver à la fontaine, on pénètre par une ouverture unique,: dans le cirque où elle prend naissance et que dominent, de tous les autres côtés^ de hautes falaises calcaires. Cette massé liquide dont la fraîcheur, l'abondance et la limpidité contrastent avec l'aridité et la sauvagerie du paysage, atteint ua volume de 120 mètres cubes par seconde : elle gagne bientôt le seuil de rochers qui lui sert de déversoir et en tombejsouai forme de cascade (fig. 142),
Le cours de la Sorgue commence au pied de cette cascade. Elle se divise alors en une multitude de bras, jusqu'à ce que, après avoir mis en mouvement plus de 200 usines et avoir irrigué plus de 2000 hectares, elle vienne se mêler au cours du Rhône, aux environs de Sorgucs et d'Avignon.
* Aéêociation frtntçaiie pour tatanctmenl des êcienceêf Montpellier, 1870. '
Si
Lorsque tes pluies ont été rares dans la région, le débit
dimiaue successivumeiit, et dès qu'ii descend au-dessous de
2'i mètres, le niveau de la source cesse d'atleinclre le seuil (le son déversoir; la cascade cesse en même temps d'êtrealinientée, et les eaux, abandonnant bientôt la cavité extérieure, se retirent dans une grotte qui lui fait suite et qui est creusée dans la falaise. Si la sécheresse persiste, la baisse continue et on arrive enfin à n'avoir plus devant les yeux qu'une petite nappe liquide, contenue tout entière dans une espèce d'en-
tonnoir, dont le diamètre supérieur et la profondeur ne dépassent guère 10 à 12 mètres.
Lorsqu'il en est ainsi, la limpidité de l'eau permet de distinguer nettement tous les contours de cet entonnoir et d'apercevoir dans le fond, à l'est de la paroi, une sombre ouverture qui forme l'issue de la galerie d'amenée des eaux. Cette situation extrême ne se produit qu'assez rarement, et h la suite de grandes sécheresses.
Le zéro de l'échelle de la Sorgue correspond àl'abaisseraent considérable, signalé le 17 novembre 1869.
324 aOLE DES CAVERNES.
En dehors de ces faits exceptionnels, le niveau de la fontaine subit régulièrement, chaque année, une dépression assez sensible ; la cascade est à sec et les sources qui surgissent à son pied alimentent seules la Sorgue. Le débit est cependant encore considérable dans les cas extrêmes, comme en 1869; il ne descend pas au-dessous de 5™'', 500 par seconde, et il n'est pas inférieur, en étiage ordinaire, à 8 mètres cubes.
D'ailleurs par la limpidité à peu près constante de ses eaux, par l'uniformité et la fraîcheur de leur température, qui se maintient toujours entre 12* et 14% la fontaine est naturellement très poissonneuse, et les espèces les plus estimées, la truite, l'anguille, s'y développent à plaisir avec l'écrevisse, en acquérant une chair exquise. Aussi paralt-il que, dès les temps les plus reculés, la Fontaine de Vaucluse, a été considérée, suivant la coutume païenne, comme une divinité bienfaisante.
Pendant longtemps, la question de Torigine de ces eaux est restée irrésolue. On l'a attribuée d'abord à l'échappement d'un lac lointain. L'idée d'une dérivation souterraine de la Durance pouvait paraître plus plausible.
L'explication du phénomène a été donnée en 1855 par un ancien ingénieur en chef de Vaucluse, M. Bouvier, parent et l'un des prédécesseurs de l'auteur que nous venons de citer.
€ Le terrain néocomien qui circonscrit le mont Ventoux, dit^il, se continue au sud et à Test de cette montagne et occupe un espace très considérable, qui s'étend de la Fontaine de Vaucluse à Sisteron, c'est-à-dire règne sur 70 kilomètres de longueur et dont la largeur varie entre 26 et 5 kilomètres. C'est là, à mon avis, le bassin de la Fontaine de Vaucluse et j'ai été couduità l'admettre en reconnaissant qu'on ne trouve, ni sources, ni puits, sur toute cette étendue: que, comme
]NPLUEN(X SUR LE RËGIHE: WS hIAUK. 5i5
pour le Ventoux, les ravins y sont constamment à sec, si ce n'est dans des cas tout à fait exceptionnels; que les eaux de
pluies, alors même qu'elles tombent sur des cônes renversés, sont immédiatement absorbées, et que les quelques villages
qui sont bâtis sur cette espèce de désert ne sont alimentés que par des eaux de citernes. Cela admis, le bassin de la Fontaine se trouve naturellement circonscrit par les limites du terrain néocomien, et par le ravin très profond de la Nesque, qui le sépare du mont Venteux (fig. 145). J'ai mesuré très exactement cette surface sur la carie géologique, et j'ai trouvé qu'elle est de 96 500 hectares. C'est un plateau élevé où les eaux doivent être plus abondantes que dans la plaine : je prendrai O^jSS pour le chiffre de la hauteur d'eau qui y tombe annuellement. Le volume total est donc de 850 250 000 mètres cubes; en divisant ce chiffre par 31551000, nombre de secondes dans l'année, je trouve pour le débit moyen des sources alimentées par le bassin 26 mètres cubes, volume qui satisfait évidemment, soit au débit de la Fontaine de Vaucluse, soit aux pertes qui peuvent résulter de l'évaporation ou des écoulements, dont il est impossible de tenir compte. »
Les observations de la Commission météorologique de Vaucluse ont pleinement confirmé cette explication *. Elle a installé, en effet, sur le plateau dont il s'agit, plusieurs stations pluviométriques, placées à des altitudes différentes et à des distances de plus en plus grandes de la Fontaine. Les indications qui y ont été recueillies, de 1874 à 1885, graphiquement représentées au-dessus des hauteurs correspondantes de la courbe des débits de la source, ont permis de voir avec quelle régularité et avec quelle rapidité les variations de la pluie, à chacune de ces stations, se transmettent a la courbe des débits de la source (fig. 144 et 145)*. Un
*• Voir les Comptée rendus annuels de celle commission.
' Ces figures permettent encore de constater qu'avec les eaux basses, des pluies d'une certaine importance ont pu se produire dans le bassin de réception, sans déterminer de surélévation dans a courbe des débits et sans même arrêter sa décroissance; c'est ce qui a eu lieu notamment en 1878, entre les 5 et 10 janvier,
intervalle de 24 heures ou de 48 heures au plus, suivant réloignement, suffit à celte transmission qui, sauf un léger
MAUTUN
flicUMa)jâiirono rbf. Mâm avrii mai juim. juillet août «eft. oct. nov
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