‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 102 sur 397 · LOUIS DELAITRE · texte numérisé non relu

LOUIS DELAITRE

Commode-console Louis XV en bois de violette. (coll. de l'auteur ).

LOUIS DELANOIS.

Chaise exécutée en 176g pour Mme du Barry. ( Kunstgewerbe Muséum à Berlin).

LOUIS DELANOIS.

Petite marquise en gondole, époque Louis XV. (Musée du Louvre, coll. Camondo).

au Palais Bourbon, au château de Chantilly et aux autres résidences du prince à Versailles, Fontainebleau et Vanves L Le comte d’Artois et le duc de Chartres furent aussi ses clients, avec le cardinal de Rochechouart, le prince de Rohan-Guémené, archevêque de Bordeaux, le vicomte Choiseul, la marquise d’Hautefort, la présidente Molé. Il eut des correspondants en province et de même à l’étranger, comme les sieurs Choné et Satou à Saint-Pétersbourg, par l’intermédiaire desquels il vendit pour 15.000 livres de marchandises2. Grâce à son activité et à son entente des affaires, Delanois parvint à une brillante situation. Propriétaire de la maison qu’il occupait rue des Petits-Carreaux, il possédait à Paris et à Saint-Denis plusieurs autres immeubles estimés ensemble 600.000 livres. Mais la Révolution causa sa ruine. Acculé à la faillite en septembre 1790, il dut désintéresser ses créanciers par l’abandon général de ses biens3. Il survécut peu de temps à cette catastrophe. Les Petites Affiches du 6 août 1792 annonçaient la vente après décès des objets dépendant de sa succession 4.

Aux Archives de la Seine est conservé le Livre des Ouvrages et Fournitures de Meubles faits à crédit par Delanois depuis 1761 jusqu’en décembre 1777. C’est un beau registre, tenu avec soin, l’un des plus complets qui nous soient parvenus dans ce genre. On peut y suivre d'année en année, presque de mois en mois, les transformations successives du mobilier pendant la période qui vit naître, se développer et s’épanouir le style Louis XVI, — transformations auxquelles cet artiste contribua dans une mesure appréciable par ses constants efforts pour pressentir et devancer la mode. Son livre le montre créant sans relâche des ouvrages «d’une forme nouvelle », « d’une nouvelle composition », et leurs signalements, quoique trop succints pour en donner une idée exacte, suffisent parfois à faire ressortir la singularité de leur aspect ou les ingénieux perfectionnements dont les dotait leurauteur. Tel est le cas pour un « fauteuil Dagobert » datant de 1770, des chaises « en forme d’éventail » qu’il vendit au prince de Condé en 1775, un canapé se divisant en trois fauteuils, une ottomane munie d’un tiroir sous le siège, ou encore un curieux lit pliant qui se changeait en bergère.

Le nom de ce maître, oublié depuis un siècle, fut révélé aux collectionneurs lors de l’Exposition universelle de 1889. La section rétrospective du Trocadéro renfermait en effet trois chaises d’un merveilleux travail, signées L. DELANOIS. Elles reparurent en 1891 à la vente du vicomte de Bondy, avec trois autres pièces similaires, mais différentes dans les détails, qui portaient la même estampille. Ces oeuvres précieuses ont malheureusement quitté la France pour enrichir le musée d’Art industriel de Berlin. Leur style recherché et leur fastueuse élégance m’avaient fait supposer qu’elles devaient provenir de Mrae du Barry. Les papiers de la comtesse, que possède la Bibliothèque nationale, m’en ont fourni la preuve. Elles dépendaient de deux suites de sièges exécutées pour le salon de Louveciennes et minutieusement décrites dans un mémoire du doreur Cagny qui fut chargé de les peindre5. Notre planche XV montre une de

1. Arch. du Musée Condé à Chantilly. Reg. des Ordonnances 4. Annonces, Affiches et Avis divers, 1792, p. 3400 et 4532 ;

pour le paiement des travaux du Palais -Bourbon (1772-1777). 1793, p. 1925.

Comptes des Dépenses de Chantilly (1772-1778) ; Reg. des Ordon- 5. « Pour le Salon du Pavillon [Luciennes] : Vingt et une nances (1772-1778). chaises très riches de sculptures, apprêtées, réparées et couchées

2. Arch. nat. Y. 14229, 26 fév.*3 mars 1780. de teinte de beau blanc. Détail d’une : le dossier orné de fleu-

3. Arch. de la Seine. Bilans, cart. 78, 27 sept. 1780. rons, branches de myrte et d’olives, branches de giroflées tour-

Les Ébénistes du XVIIIe siècle. Tl

ces chaises. Un écran, qui sans nul doute a fait partie du même ensemble, figurait dans la vente Georges Hœntschel h

Au musée du Louvre, Delanois est représenté, dans le legs Camondo, par un lit de repos en deux parties, et une paire de petites marquises d’une forme trapue et très joliment mouvementée2 (planche XV). L’Exposition forézienne, organisée à Roanne en 1890, montrait de lui plusieurs pièces appartenant au comte de Gatellier. Je possède deux larges fauteuils Louis XV qui se rattachent au début de sa carrière.

DELAPORTE, famille d’artisans parisiens que l’on trouve souvent dénommés Laporte. — Les plus anciens étaient entrepreneurs des bâtiments du Roi; ils travaillèrent pour Louis XIV à Versailles et à Compiègne 5. L’un d’eux, François, cité dans les comptes de la Couronne dès 1690. résidait encore rue Beauregard en 1730 4. Vers cette époque Martin tenait un atelier de menuiserie en meubles rue des Filles-Dieu Saint-Sauveur; il vécut jusqu’en 1756 5 , produisant des bois de sièges qu’il signait M. DELAPORTE. — Deux de ses neveux s’adonnèrent à la même profession. Antoine-Nicolas, après avoir gagné la maîtrise le 7 juillet 1762 6, s’établit rue de Cléry où il continuait d’exercer en 1783. Il eut l’occasion de fournir quelques ouvrages pour les Menus-Plaisirs 7. On lui doit des sièges de bonne qualité, portant la marque A. N. DELAPORTE. — Martin-Nicolas, frère du précédent, se fit recevoir maître le 24 avril 1763 8 et demeura rue des Filles-Dieu, ayant sans doute repris l’ancien atelier de son oncle. C’était un fabricant très actif, favorablement connu dans le commerce9. En 1781, il exécuta des bois de couchettes pour l’hôtel des Ecuries du comte d’Artois à Paris et pour la maison des jockevs de ce prince à Saint-Mandé10. Il mourut vers le 20 décembre 178411. — Un autre menuisier du nom de Delaporte travaillait à la fois pour le meuble et le bâtiment, dans le même quartier, rue Neuve-Egalité (ci-devant de Bourbon-Villeneuve)12, au commencement du dixneuvième siècle ’3.

A cette famille se rattachent encore le doreur Nicolas-Pierre Delaporte, établi rue Chapon vers 1760, et le sculpteur Nicolas-Martin, qui habitait rue Traversière-Saint-Antoine une vingtaine d’années plus tard. Ce dernier employait le sigle N. DLP. S ( Nicolas De La Porte sculpsit ) que l’on trouve sur des sièges Louis XVI, conjointement avec des estampilles de menuisiers

DELAROUE (Claude), parfois désigné comme ébéniste dans les documents de l’époque, était un marchand-mercier de Paris qui fit commerce de meubles, de glaces et d’étoffes, rue de la Verrerie, à la Toilette royale, entre 1746 et 1783. Son aïeul et son père avaient été « lustriers

nantes et formant le bouquet, entrelacs, perles et rosettes; les pieds à cannelures torses avec fleurons et rosettes... Plus vingt et une autres grandes chaises, aussi très riches de sculpture, ornées de branches d’olivier, rais de cœur en feuille d’acanthe et piastres, feuilles d’olive ; les pieds cannelés ornés de rosettes et graines». Bibl. nat. Mss.fr. 8158, fol. 1 5 1 .

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