Liste générale des Mes Men.-Ebén. de Paris
tier de Popincourt. Sous la Révolution, manquant d’ouvrage, il se lit charron et « entrepreneur des attirails de l’armée ». Fougueux jacobin, Guillaume Delorme fut nommé capitaine des canonniers de sa section, qu’il conduisit à l’assaut de la Convention dans la journée du Ier prairial an III. Arrêté avec les principaux auteurs de cette insurrection et condamné à mort par une commission militaire, il périt sur l’échafaud, le 27 mai 1795 h
DEMAY (Jean-Baptiste-Bernard), menuisier parisien, admis cà la maîtrise le 4 février 1 784 2, résidait rue de Cléry, où il travailla avec succès durant une trentaine d’années. Dès le début de sa carrière, il obtint des commandes pour le mobilier de la Reine. Sa marque J. -B. B. DEMAY figure sur les jolies chaises volantes, ornées du chiffre de Marie-Antoinette, qui se trouvent au Petit-Trianon et dont notre planche XVI reproduit un spécimen h On connaît beaucoup d’ouvrages frappés de la même empreinte, entre autres un gracieux fauteuil que possède le musée des Arts décoratifs et deux chaises à la Montgolfière exposées au musée Carnavalet4. Après la Révolution, le maître employa une nouvelle estampille qui imprimait sur deux lignes les mots: DEMAY = RUE DE CLERY. C’est le poinçon avec lequel il a signé, sous le Consulat, une suite de chaises originales, en noyer incrusté d’ébène, maintenant dans les bureaux du ministère des Affaires Étrangères (pl. XVI). Plus tard il fournit au Garde-meuble des sièges de salon et de salle à manger pour le service des grands-officiers de la Couronne5. Son atelier disparut vers la fin de l’Empire, ruiné sans doute par la crise qui sévissait alors sur toute l’industrie française.
DEMOULIN (Jean), ébéniste du prince de Condé, né à Selongey (Côte-d’Or), le 13 août 1715; mort à Dijon, le 2 juillet 17986. Fils d’un vigneron, il paraît avoir fait son apprentissage dans la métropole de la Bourgogne où fiorissaient d’excellents menuisiers. Au dire de son biographe, M. E. Fyot, il ne vint s’établir à Paris qu’après s’être marié en 1749 ; mais je crois y avoir relevé sa trace quatre ans plus tôt. A cette époque demeurait rue du Faubourg Saint-Antoine un maître ébéniste inscrit dans le livre de son confrère Migeon sous l’appellation de « Desmoulins » 7 ; l’identité de cet artisan avec celui qui nous occupe est d’autant plus vraisemblable que les Demoulin de Selongey prononçaient leur nom « Dumoulin » et souvent l’écrivaient ainsi. En tous cas l’artiste fit dans la capitale un long séjour, durant lequel il fabriqua les ouvrages qui portent la contremarque de la jurande parisienne avec son estampille J. DEMOULIN. Parmi les premiers en date, on peut citer une commode que Mme Demachy possède au château d’Ognon près Senlis. Ce meuble, d’une construction un peu lourde, offre des marqueteries en bois de violette et des cuivres dans le goût de la Régence. Le maître semble avoir produit plus souvent des pièces laquées de style chinois; il leur donnait des formes galbées d’une charmante souplesse et les relevait par de riches ornements à rocailles. Le musée de Tours montre une magnifique commode de ce genre, qui provient de l’ameublement du duc de Choiseul au châ-
1. Arch. nat., toc. cit. — Cf. Moniteur. Réimpression, 4. Ces chaises proviennent de l’ancienne collection Nadar.
t. XXIV, p. 526-540. 5. Arch. nat. O2. 515, mai-nov. 1811.
2. Liste générale des Mcs Men.-Ebén. deParis, 1785-1789. 6. V. l’intéressante biographie illustrée de cet ébéniste par
3. Cf. H.-M. Magne. Le Mobilier français. Les Sièges. Paris M. E. Fyot dans la Revue de Bourgogne, mai-juin 1914, p. 198-
[1922], pl. XX. L’auteur consacre à ces ouvrages une étude 211.
technique faisant ressortir tous les détails de leur cons- 7. Arch. de la Seine. Livres de Commerce. Reg. 5491 (1745-
truction. 1 7 5^).
teau de Chanteloup ’. Une œuvre analogue figurait à la vente Lucile Verneuil (mars 1884)1 2 3 4. J’ai eu l’occasion d’en voir une autre chez M. Davis à Londres. Ces ébénisteries, dont l’exécution nécessita le concours de très habiles vernisseurs et bronziers, attestent la prospérité de l’entreprise que dirigeait Demoulin. Vers le début du règne de Louis XVI, celui-ci retourna en Bourgogne, sans doute sur l’invitation du prince de Condé, gouverneur de cette province, qui désirait l’attacher à son service. Le 29 janvier 1780, il obtint à Dijon de nouvelles lettres de maîtrise. Il ouvrit alors, rue de Condé, un important magasin qu’il exploita jusqu’en 1788. Une de ses arrière-petites-filles, Mme Numa Moyne, conserve un portrait qui le représente aux approches de la cinquantaine, sous l’aspect d’un bourgeois cossu, mais dur à lui-même comme aux autres. Sa forte carrure et sa mine sévère laissent deviner avec quelle âpre volonté il s’était poussé dans la vie.
Il eut pour successeurs ses fils Jean-Baptiste et Bertrand, nés tous deux à Paris, l’un en 1750, l’autre cinq ans plus tard. L’aîné avait passé maître à Dijon le 8 mai 1783. Ces ébénistes gardèrent l’ancienne marque de leur père, en y ajoutant quelquefois une étiquette imprimée dont le texte débute ainsi : « Les Frères Demoulin, marchands ébénistes brevetés par chef-d’œuvre de S. A. S. le prince de Condé, rue Condé, à Dijon, tiennent le magasin le mieux assorti de la Province en meubles d’ébénisteiie, riches, médiocres et communs, en noyer du pays et étranger, en bois des Isles et en acajou ondé et moucheté... ». A Dijon même, et dans les environs, existent encore beaucoup d’ouvrages sortis de leur atelier. L’un des plus remarquables appartient à Mme Salles, née Eiffel ; c’est un secrétaire Louis XVI, dont les panneaux de marqueterie, à décor de vases, fleurs et attributs, présentent des bordures originales en incrustations de bois jaune, dessinant des losanges séparés par des perles.
Les frères Demoulin saluèrent l’aube de la Révolution avec un enthousiasme que la Terreur même ne refroidit pas. Leur civisme attira sur eux la faveur de l’Administration, qui leur commanda en 1792 seize boîtes d’ébénisterie pour le service du jury criminel. Après la mort de leur père, ils quittèrent le commerce, mais sans renoncer complètement à leur métier qu’ils continuaient de pratiquer par plaisir dans leurs vieux jours. Jean-Baptiste succomba le 17 octobre 183 7 ; Bertrand ne s’éteignit qu’à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans, le 7 avril 1853.
DENISART (Jean), né en 1683, était en 1735 maître et marchand ébéniste à Paris, rue Saint-Benoît, sous l’enseigne de Y Annonciation F
DENIZOT (Jacques), ébéniste parisien, né vers 1684F mort avant la fin de l’année 1760 F Il tenait fabrique et magasin de meubles rue de Richelieu, près de la rue I raversière-Saint-Honoré (actuellement rue Molière), sur laquelle ses magasins avaient une seconde issue6. De 1738 à 1740, il fut juré de sa communauté7. Il laissa deux fils : Jean-Jacques, lieutenant à la Légion royale, et Pierre, dont l’article suit.
1. Paul Vitry. Le Musée de Tours, 1912, pl. 92. 5. Id. Y, 10880, Scellés chez Marie-Marguerite Lamouche,
2. Le catalogue de la vente attribue par erreur à ce meuble veuve de l’ébén. Jacques Denizot, 21 déc. 1760.
l’estampille dumoulin. 6. Id. Y. 12133, 17 déc. 1732; Y 12136, 8 nov. 1734; Y.