JEAN-FRANÇOIS HACHE
Grand bureau à cylindre, en marqueterie de bois des Alpes, daté de .770 (cuic. coll. de Mme la comtesse I). de Bonvoulon ).
X ÎaCHE. — Cinq ébénistes de ce nom exercèrent à Grenoble au xvme siècle ’. Leur famille était originaire du Languedoc. Le plus ancien, Thomas, natif de Toulouse, avait passé maître à Grenoble, lorsqu’il épousa dans cette ville, en 1699, une fille de son confrère Michel Chevalier. Il mourut le 13 mars 1747, âgé de quatre-vingt-trois ans, après avoir été syndic de sa corporation.
Son fils Pierre, qui naquit en 1703, eut de la notoriété comme fabricant et marchand de meubles. Celui-ci estampilla ses ouvrages au moyen de deux fers, dont l’un imprimait le nom HACHE et l’autre les mots A. GRENOBLE. Il a laissé de grandes commodes en marqueterie de bois des Alpes, faites avec soin, mais généralement traitées dans un goût assez lourd et garnies de cuivres médiocres. L’une des meilleures œuvres que l’on connaisse de lui est un coffret de l’ancienne collection Ph. Sichel, orné de motifs à rinceaux et d’armoiries sur le couvercle2. Pierre Hache succomba le 3 juin 1776. De son mariage avec Marguerite Blanc, — fille d’un certain Blanc la Goutte, auteur de poésies en patois local, — étaient venus onze enfants, parmi lesquels il forma trois élèves.
L’aîné d’entre eux, Jean-François, né à Grenoble le 10 janvier 1730, devint ébéniste du duc Louis-Philippe d’Orléans, gouverneur général du Dauphiné. Durant près d'une trentaine d’années, ce maître exploita d’importants ateliers et magasins situés place Claveyson, et donna un grand essor à son commerce. Il exécutait des meubles remarquables par la perfection de leurs assemblages et par le caractère original de leurs marqueteries, pour lesquelles il utilisa principalement des loupes ou racines d’arbres indigènes, tantôt employées au naturel, tantôt teintes en des colorations très vives. Beaucoup de ses productions sont conservées dans les familles du Dauphiné. Dernièrement un magnifique bureau à cylindre provenant de M. de Latour-Vidaud, premier président du parlement de Grenoble, obtint, dans une vente à la Galerie Georges-Petit, une enchère de 80.000 francs3 (planche XXVIII). Ces pièces sont marquées HACHE FILS A. GRENOBLE, et parfois datées par une inscription manuscrite. Quelques-unes portent en outre, sous leur tablette de marbre ou dans un tiroir, une étiquette imprimée donnant la liste des multiples sortes d’ouvrages que fabriquait leur auteur. On connaît plusieurs variantes de ces réclames. Voici celle que j’ai trouvée sur un secrétaire Louis XV, qui appartient au marquis de Nettancourt :
« A Grenoble, Hache fils, Ebéniste de Monseigneur le duc d’Orléans, vend et fait en ébénisterie d’un genre nouveau et unique, en bois des Indes et autres de pays, louppes et racines teintes de diverses couleurs, avec des fleurs et marqueteries : toute sorte de Bureaux, Commodes, Secrétaires, Bibliothèques, Serre-papiers, Encoignures et Coins de cheminée, Tablettes pour mettre des livres, Tables de jeu, Tables de quadrille pliantes, Tables en mouchoir, Tables à
1. Ed. Maignien. Les Artistes grenoblois. Grenoble, 1887, 2. Vente à Paris, juin 1899, n» 513 du catalogue,
p. 172-173. — J. Roman. L’Art et les Artistes en Dauphiné, Paris, 3. Vente à Paris, 17 mai 1920. Le bureau en question appar- 1909. — H. Vial, A. Marcel et A. Girodie. Les Artistes décora - tenait alors à Mme la comtesse Didier de Bonvouloir. teurs du Bois, t. I, p. 237.
trictrac, Tables pour écrire et manger dans le lit, Tables en secrétaire, Tables en colimaçon Tables à dessus de marbre pour mettre sous les trumeaux avec tiroirs et une tablette qui se tire pour écrire, et généralement toute sorte de Tables. — Secrétaires en armoire, Secrétaires à culbute, Secrétaires de campagne plians, Secrétaires en encoignure, Trictracs et Damiers de tout prix, Bidets de toute espèce avec des seringues, Bidets à dossiers, Bidets en tabouret, Bidets de campagne plians, Chaises percées de toute façon, Chaises de commodité figurant trois tomes d’histoire et d’autres figurant un livre; toute sorte d’Ecrans et Pupitres, Porte-Missel, Pupitres à la Mahon, Chandelliers à crémaillère, Coffre-forts à secret, Magasin à tabac, Cassettes, Nécessaires, Quarrés de toilette, Moulins à cafte, Boëte de pendule, Coffre en cuisinière, Chaises pliantes en bâton, Tables de nuit, Vuide-poches, Chiffonnières, Bureaux de toilette, Cabarets, Ecritoires de toute façon, et généralement toute sorte d’ouvrages d’Ebénisterie. — Il fait aussi Chaises, Fauteuils, Sophas, Canapés, Duchesses, Perroquets, Chambranles de Cheminées, Buffets avec sculpture, Parquets, Fougères... Armoires, Commodes, Secrétaires et Tables en noyer. En un mot tous les ouvrages ci-dessus en Menuiserie, le tout du dernier goût et à juste prix. »
Après s’être enrichi par son travail et avoir recueilli en héritage la majeure partie des biens de son père, Jean-François Hache céda en 1784 son fonds de commerce à son frère Christophe. Il pensait finir ses jours dans un paisible repos, mais les événements politiques le tirèrent de sa quiétude. Élu en novembre 1791 membre de la Municipalité de Grenoble, il se signala par une sagesse et une modération qui excitèrent contre lui la rage des Jacobins. Ceux-ci le portèrent sur la liste des suspects avec cette mention : « D’un caractère vif et impérieux, ne pouvait qu’être l’ennemi de la Révolution parce qu’il tenait sa fortune des ci-devant nobles ». C’en était assez pour le faire jeter en prison, d’où il ne sortit qu’à la réaction de Thermidor. Il mourut en 1801, sans laisser de postérité.
Un frère du précédent, Jean-Joseph, dit Hachc-Lcicondamine (17 45 f 1837), pratiqua peu de temps l’ébénisterie. Ayant épousé la fille d’un capitaine d’invalides, il obtint une place de vérificateur de douanes. On le retrouve ensuite préposé au grenierà sel de Lyon. Il fut le père du général baron Hache, anobli par Louis XVIII.
Le onzième enfant de Pierre, Christophe-André, dit Hache-Lagrange, né en 1748, s’établit d’abord maître et marchand ébéniste rue Marchande, puis, en 1784, prit la succession de son frère aîné place Claveyson. Il 11e tarda pas à se retirer lui-même du commerce, mais continua d’habiter Grenoble où il s’éteignit le 21 juin 1831.
HAIMARD (Louis-Jacques), ébéniste parisien, reçu maître le 26 mai 1756, travailla successivementruesdu Pont-aux-Choux et de Popincourt jusque vers 1783 L Sa marque a été relevée, avec celle de son confrère Delaunay, sur une commode Louis XV de la collection Dehors à Dreux2.
HALIE (Louis), menuisier-tourneur à Paris, rue Guérin-Boisseau, admis à la maîtrise le
1 . Liste générale des M™ Men.-Ébèn. de Paris, 1782. — Abu. des 2. H. Vial, etc. Les Artistes décorateurs du Bois, t. I, Bastimens, années 1774 et suiv. P- 238.
18 juillet 1753, mourut entre 1782 et 1785 \ Vers la fin de sa carrière il exécuta quelques ouvrages pour les fêtes de la Cour, entre autres des sièges de frêne teint en bleu, avec des rechampissages blancs détachant les moulures 1 2.
HANNOT (Antoine-Simon), menuisier-ébéniste à Paris, présenta en 1744 à l’Académie des Sciences un lit de son invention pour malades et infirmes3. Devenu maître en 1 7 5 8 4 5, il exploita rue du Faubourg Saint-Antoine, sous l’enseigne parlante de Y Anneau d'alliance, un « magasin considérable de meubles et effets précieux en marqueterie », qui prospérait encore au début du règne de Louis XVI s.
HANSEN (Hubert), résidait depuis plusieurs années à Paris, lorsqu’il y subit les épreuves pour passer maître ébéniste en avril 1747. Bien qu’on l’eût accusé d’avoir acheté son chefd’œuvre, il fut admis à prêter serment le 12 juin suivant 6. Établi ensuite rue de Charenton 7, il mourut après une courte période d’activité le 5 octobre 1756 8. Ses œuvres, signées H. HANSEN, témoignent d’un talent très estimable. Les plus importantes sont de belles commodes marquetées de fleurs en bois debout et richement garnies de bronzes à rocailles. Notre planche XXVIII montre une pièce de ce genre, qui a fait partie du cabinet de M. Aubert 9. On peut citer, comme autres exemples des travaux de Hansen, une encoignure à décor de fleurs que possède Mme de Largentaye et des petites tables à carrelages ayant figuré dans les anciennes collections Chasles et Roussel I0.
Un ébéniste portant le même nom de famille exerça rue de Charonne entre 1790 et
HARMAND. Voy. Armand.
HARMENSEN, — parfois désigné comme ébéniste dans les annuaires de l’époque, sous les noms francisés d ’Harmesson ou d ’Hermessant12, — était un marchand d’origine Scandinave, établi à Paris rue Poissonnière, puis rue Beauregard, dans les dernières années du règne de Louis XVI. En 1785, il fournit pour le service du Roi diverses pièces en acajou, parmi lesquelles un grand bureau à pupitre, accompagné d’un cartonnier qui avait onze pieds de long 13.
HARRIS (Daniel), menuisier-ébéniste américain, résidant à Newbury-port (Massachusetts), mourut en 1752. L’inventaire de sa boutique, conservé dans les archives de Salem, mentionne au nombre de ses marchandises plusieurs tables d’un certain luxe'4.
1. Liste générale des M^Men.-Ebèn. de Paris, 1782. — Alm. des Bastimens, années 1774 et suiv.