‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 173 sur 397 · Arch. nat. O · texte numérisé non relu

Arch. nat. O

14. Esther Singleton. The Furniture of our Fore-fathers. London, 1902, p. 319.

HAUPT (Elias)1, menuisier de la Cour de Suède sous le règne de Frédéric Ier, appartenait à une famille d’origine bavaroise. Son père avait quitté Nuremberg vers 1660 pour pratiquer la menuiserie à Stockholm, où lui-même passa maître en 1708. Cet artisan exécuta pour les résidences royales une quantité de meubles usuels en bois de pays. Il succomba en 1744, peu après la naissance de son fils Georges, auquel est consacrée la notice suivante.

HAUPT (Georg), fameux ébéniste suédois2, fils du précédent, né à Stockholm le 12 août 1741, mort dans la même ville le 23 septembre 1784. Dès l’âge de treize ans, il fut mis en apprentissage chez le maître Jean Eckstein, auprès duquel il demeura jusqu’en 1759. Il voyagea ensuite pour perfectionner son goût et ses talents. Après un séjour à Paris, où il passe pour avoir travaillé dans l’atelier de Leleu, il se rendit en Angleterre. Pendant qu’il se trouvait à Londres, en 1769, lui parvint un brevet le nommant ébéniste delà Cour de Suède, ce qui laisse supposer qu’il avait déjà envoyé dans sa patrie des productions témoignant de ses mérites. Revenu à Stockholm, Haupt entreprit sur ses propres dessins un important bureau dédié au roi Frédéric-Auguste et présenta cette pièce comme chef-d’œuvre pour obtenir la maîtrise, qui lui fut conférée, avec les félicitations de ses juges, le 14 décembre 1770. L’année suivante, il épousa une fille de son confrère Ch. Linning et alla s’installer dans la Smâlands-gatan où il exerça le reste de sa vie. Gustave III venait de monter sur le trône. Ce prince, qui aimait le luxe et les arts, marqua pour Haupt une grande estime, le rémunérant avec magnificence et le pensionnant sur sa cassette. En 1779, veuf depuis peu, l’ébéniste de la Cour se remariait avec une jeune fille de Stockholm, Sarah Thuring, qui continua plus tard d’exploiter l’atelier. Il entrait dans sa quarante-quatrième année, lorsqu’il mourut subitement, foudroyé par une congestion.

Comme presque tous les ébénistes suédois du xvme siècle, Georges Haupt a laissé une œuvre d’inspiration très française. Les enseignements qu’il avait reçus à Paris le rattachaient à notre école. Il était d’ailleurs tenu de suivre nos modes pour plaire à un souverain qui, dans les grandes choses comme dans les moindres, se montrait un admirateur passionné de la France. Les beaux meubles faits sous la conduite de Haupt reproduisent les formes en honneur chez nous vers la fin du temps de Louis XV et sous le règne suivant. A peine peut-on percevoir parfois, dans l’ensemble de leur structure, un peu de dureté ou de lourdeur qui leur donnent un aspect distinct, sans nuire sensiblement à leur élégance. La plupart sont enrichis de cuivres admirables, dont le style est si pur, la ciselure et la dorure si fines, qu’on les croirait volontiers de provenance parisienne. Mais, en imitant les modèles de nos maîtres, Haupt savait rester original. Il décorait en effet ses ouvrages dans un goût particulier, très délicat et un peu froid, où sé manifestent des réminiscences de l’art anglais qu’il avait étudié à Londres. Leurs marqueteries comportent le plus souvent un sujet allégorique autour duquel s’enroulent ou se déploient des guirlandes de laurier. Ces compositions doivent beaucoup de leur caractère aux

1. Dr John Bôttiger. Kungl. Hofschatullmakaren och Ebenisten Georg Haupt, Stockholm, 1901, p. 1, 68, 109.

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