JACOB FRERES RUE MESLEE
qu’ils
imprimaient sur deux lignes, en lettres hautes et grêles. M. Ernest Dumontbier, administrateur du Garde-meuble, a publié un album dans lequel sont reproduits plus de quarante sièges du Mobilier national qui portent cette empreinte. On la rencontre également sur beaucoup d’ébénisteries faisant partie des collections de l’Etat. Notre planche XXXV montre l’une des plus remarquables. C’est un bureau construit pour le Premier Consul dans la forme d’un arc de triomphe; il figure parmi les souvenirs de Joséphine au château de la Malmaison.
L’aîné des frères Jacob mourut prématurément le 30 vendémiaire an XII (23 octobre 1803) et François-Honoré forma une nouvelle association avec son père, sous le nom de « Jacob Des-
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malter et Cie ». Depuis lors ses œuvres portèrent 1 inscription disposée comme
R. MESLEE
la précédente sur deux lignes, en caractères analogues. Quand il fut nommé ébéniste de l’Empereur, sa fabrique avait pris un développement prodigieux. On y comptait non moins de quinze ateliers, dont sept de menuiserie, d’ébénisterie et de tournage, trois pour la sculpture, la peinture et la dorure sur bois, trois autres pour le travail des bronzes, un pour la tapisserie et le dernier pour la serrurerie mécanique. De cette puissante manufacture, — qui occupa jusqu’à huit cents ouvriers — allaient sortir une multitude de meubles et de sièges destinés à tous les palais que Napoléon faisait restaurer dans ses vastes Etats. Le trône impérial de Fontainebleau, l’armoire à bijoux de Marie-Louise, les buffets en ébène de Versailles et les vitrines en acajou du cabinet des Antiques à la Bibliothèque nationale donnent une idée de ce mobilier grandiose que Jacob exécuta principalement d’après les dessins de Percier et Fontaine, avec le concours des ciseleurs Thomire et Ravrio. Il fournissait en outre les cours de Hollande et de Westphalie, le roi Charles IV d’Espagne et le tsar Alexandre.
Vers ia fin de l’Empire, la maison faillit disparaître, ruinée par la crise qui paralysait alors toute l’industrie nationale; mais elle se releva rapidement sous le règne de Louis XVIII. A cette époque Jacob remeubla le palais de l’Elysée pour le duc de Berry et fut chargé d’importants travaux par l’empereur du Brésil. Le Ier janvier 1825, il renonça aux affaires et vécut ensuite dans la retraite jusqu’au 15 août 1841.
Il eut pour successeur son fils Georges-Alphonse Jacob-Desmalter (1799J- 1870), qui continua de travailler pour la Couronne pendant la seconde période de la Restauration et sous la monarchie de Juillet. Les productions de cet ébéniste présentent différentes estampilles. La plus commune est la marque -IACOB, frappée avec l’ancien poinçon de son aïeul, dont il avait fait disparaître l’initiale du prénom. Adroit dessinateur, élève de Percier et de Guérin,
1. Seconde Exposition publique des produits de l'Industrie fran- 2. Troisième Exposition . .. an X. — Catalogue , p. 13. — çaise, an IX, Catalogue, p. 14 ; — Procès-verbal des opérations du Procès-verbal des opérations du Jury, p. 66.
Jury, p. 14-15.
léî
Alphonse Jacob créa quelques ouvrages d’une composition très recherchée; malheureusement les goûts de son époque et les principes d’économie qui prévalaient alors le forcèrent à déchoir dans la pratique industrielle. En 1847, découragé de ne pouvoir mieux réagir contre la décadence de son art, il céda ses établissements à son confrère J. Jeanselme, pour consacrer le reste de sa vie à l’architecture et au dessin.
JACOB (Henri), habile menuisier-ébéniste de Paris, n’avait aucune parenté avec les précédents1 ; mais comme la similitude de nom lui faisait une réclame profitable, il chercha par tous les moyens à créer une confusion entre sa maison et celle de ses homonymes. Dès qu’il eut passé maître, le 29 septembre 1779 2, — quatorze ans après Georges Jacob, — il leva boutique dans le voisinage de ce dernier, rue de Bourbon-Villeneuve (actuellement d’Aboukir), et se mit à plagier les modèles de son fameux confrère. Il y réussit avec une telle virtuosité qu’il mérita lui-même une brillante réputation et obtint aussi des commandes de la Cour. Parmi les pièces qu’il livra pour le service de la Reine, figuraient des sièges de bois doré avec des montants en carquois, des meubles de salon « en acajou de la plus belle qualité », des voyeuses pour femmes dans le dossier desquelles se découpait un trophée d’amour 3. Après 1789,11 transporta son établissement rue de l’Echiquier, n° 10 4. Continuant d’imiter l’autre Jacob, il venait alors de renouveler sa manière et s’appliquait à l’ébénisterie. Il ouvrit peu après une succursale pour la vente de ses marchandises sur le boulevard Bonne-Nouvelle, au coin de la rue Saint-Etienne. On trouvait dans ce magasin, d’après les annonces du temps, « quantité de meubles de beau genre et de bon goût, en bois d’acajou de choix», tels que des bureaux à cylindre surmontés d’une bibliothèque, des secrétaires en bonheur-du-jour , des consoles avec fonds de glace, des tables à thé, des chaises et fauteuils garnis de crin 5... Sa maison disparut au début de l’Empire6.
Ce maître a laissé sa marque H. JACOB sur des morceaux d’une excellente facture, qui pastichent presque toujours les créations de Georges Jacob. Le palais de Fontainebleau conserve une de ses meilleures œuvres : un très beau lit en bois doré, de la fin du règne de Louis XVI, offrant au chevet des guirlandes de pavots et aux angles des faisceaux de licteurs7. Un prie- Dieu qui porte son estampille fait partie des collections de Chaalis léguées à l’Institut par Mme Edouard André. On peut voir différents sièges signés de lui aux Archives nationales et dans le musée des Arts décoratifs de Strasbourg. Celui de Berlin a recueilli du même auteur un curieux tabouret de pied, dont le dessus amovible recouvre une glace. Notre planche XXXV reproduit ce précieux spécimen d’un genre de petit meuble connu sous le nom de tabouret indiscret.
JACOT (Antoine-Pierre), ébéniste parisien, exerçait depuis une vingtaine d’années comme
1. Annonces, Affiches et Avis divers, 16 germinal an VIII, p. 3130.