Arch. nat. Y. 14436, 11 fév
LÉTONNÉ (Henri), reçu maître menuisier à Paris le 9 juin 1773, habita successivement sur le quai d’Orléans, près du Pont-Rouge, et rue de l’Ile-Saint-Louis, jusqu’en 1791 Il fabriquait des bordures de glaces, de tableaux et d’estampes, qu’il signait H. LETONNE. Le duc de Trévise possède un petit cadre ovale en bois doré qui porte cette empreinte. Deux autres, à décor de rubans, se trouvent dans la collection de M. Hector Lefuel.
LEVASSEUR (Etienne), né en 1721 1 2, prit rang parmi les principaux ébénistes de son époque. Après avoir travaillé chez l’un des fils de Boulle 3, il s’installa comme ouvrier privilégié rue du Faubourg Saint-Antoine, au Cadran bleu. On possède le procès-verbal d’une visite que les jurés-menuisiers firent chez lui en mai 1765 et au cours de laquelle toutes les pièces examinées dans sa boutique furent reconnues loyales et conformes aux règlements 4 *. Ayant épousé ensuite une fille de l’ébéniste Nicolas Marchand, il acquit la maîtrise, dans les conditions de faveur accordées aux gendres de maîtres, le 2 avril 1767 s. Sous Louis XVI, Levasseur consacra une partie de son activité à copier et à réparer les marqueteries de Boulle qui eurent alors un regain de vogue. Les enseignements qu’il avait reçus chez les descendants du grand artiste lui permirent d’exceller dans cette spécialité. Il produisait également de précieuses ébénisteries en laque, en acajou et en citronnier incrusté d’amarante. Ses talents furent employés par la Cour qui lui demanda des ouvrages destinés aux châteaux de Versailles et de Saint-Cloud. Il exécuta aussi d’importants travaux pour les tantes du Roi et pour de riches amateurs comme le fermier général Mulot de Pressigny6. En 1782, ses confrères l’élurent député ou administrateur de la communauté 7 . Il ne semble pas avoir exercé après la Révolution, mais continua d’habiter rue du Faubourg Saint-Antoine où il s’éteignit à l’âge de soixante-dix-sept ans, le 8 décembre 1798 8.
Ce maître est l’un des mieux représentés dans notre Mobilier national. On y retrouve, frappés de son estampille E. LEVASSEUR, plusieurs ouvrages qu’il créa pour Mesdames Adélaïde et Victoire au château de Believue. Ce sont des meubles en acajou moiré, garnis de cuivres dans le goût pompéien, avec des galeries à balustres entourant leurs tablettes de marbre. Le musée du Louvre en a recueilli deux spécimens : une sorte de grande commode à trois vantaux et un bureau peu banal que surmonteun gradin muni de casiers et tiroirs9 (planche XLII). Deux encoignures qui proviennent du même ensemble ont été placées dans un des salons du palais de Fontainebleau. Des consoles en écoinçon, portant aussi la marque du Garde-meuble de Believue, ornent actuellement le boudoir de Marie-Antoinette au Petit-Trianon. La chambre
1. Liste gén. des Mes Men .-Ebèn. de Paris, 1782-1789. — Alm . des Adresses de Paris, 1791.
2. Arch. de la Seine. Enregist. Tables des Décès, Q.8. 55, 18 frimaire an VII .
3. En 1822, !e petit-fils d’Étienne Levasseur fit publier dans
le Ba\ar Parisien une annonce dans laquelle il disait que son
aïeul avait été un collaborateur du fameux Boulle ; mais quand
celui-ci mourut en février 1732, son prétendu élève n’avait pas douze ans. Levasseur dut faire son apprentissage dans l’atelier
de l’ébéniste André-Charles Boulle, dit Boulle de Sève, qui por-
tait les mêmes prénoms que son père avec lequel on l’a plus
d’une fois confondu.
4. Arch. nat. Y. 14579. Pr.-verb. des visites faites pour les Me; Menuisiers de Paris.
. 5. Arch. nat. Reg. des Maîtrises, Y. 9328. — Le procès-verbal mentionne la réception d’Étienne Levasseur comme « fils » au lieu de « gendre » de maître. Cette erreur, dont on trouve d’assez nombreux exemples, provient de ce que les conditions d’admission étaient les mêmes dans les deux cas.