‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 85 sur 397 · ANC · texte numérisé non relu

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MONTBELIARD

Ce maître eut pour élèves et collaborateurs son frère Marc-David (1731 J* 1804), son fils Pierre-Nicolas (1753 f 1824) et son neveu Georges-David (1761 J* 1845), qui furent aussi d’habiles ébénistes. Vers 1 âge de soixante ans, il se retira dans son village natal, où il s’éteignit, presque centenaire, le 13 août 1812.

A Montbéliard même, et dans les environs, beaucoup de familles conservent avec orgueil des meubles de Couleru. Le Musée de la ville en possède plusieurs, parmi lesquels deux commodes qui proviennent d’un legs du docteur Bernier. Au musée des Arts décoratifs de Strasbourg, on voit de lui un assez curieux secrétaire en pupitre, offrant deux rangs de tiroirs dans la ceinture. Quelques oeuvres de ce maître appartiennent encore à ses descendants; l’une des plus précieuses est un coffret de marqueterie qu’il exécuta en 1751 pour la jurande de sa corporation.

COULON. Trois représentants de cette famille — sans doute trois frères — acquirent de la notoriété comme fabricants et marchands de meubles à Paris.

L’aîné, Gaspard, futélu principal de sa communauté en août 1737'. Il faisait alors, depuis une vingtaine d’années, le commerce d’ébénisterie au faubourg Saint-Germain, rue Princesse, sous l’enseigne de la Toilette royale, et avait réussi à se créer une brillante clientèle2. Dès 1738, le duc de Chevreuse est inscrit dans son livre-journal pour l’emplette d’un secrétaire à coffre-fort et d’une table de chasse ployante. Peu après, le duc de Villeroy, les princesses de Turenne et de Ligne, la marquise de Rochechouart, la comtesse de Caraman lui demandèrent des guéridons à patins ou des vide-poches à écran. Plusieurs tables légères, dites ambulantes, furent achetées chez lui par la princesse de Conti, fille du Régent. A partir de septembre 1752, Gaspard Cou- Ion reçut chaque année des commandes pour le service du prince de Condé à Chantilly3. Le duc de Bouillon le faisait concourir à l’ameublement de ses hôtels à Paris et à Versailles, ainsi que de ses châteaux de la Villette et de Navarre. Ce maître fournissait encore la comtesse de

1. Archives nationales. Registre des Maîtrises. Y. 9328. — 2. Arch. de la Seine. Livres de Commerce. Reg. 1947.

Cf. Abbé Jean Gaston, Les Images des Confréries parisiennes 3. Arch. du Musée Condé à Chantilly. Reg. des Comptes du avant la Révolution (Société d’iconographie parisienne, 1909, prince de Condé (1752-1763). Reg. des Dépenses faites de 1766 page 10). à 1772, pour fournitures datant des années 1763 à 1765.

Montmorency, la princesse de Salm, la marquise de Saint-Vallier, le président Chauvelin, sans compter les nombreux marchands qui entretenaient avec lui des relations d’affaires. Sa maison était en pleine prospérité lorsque, vers la fin de l’année 1767, il en céda la direction au plus jeune des trois Coulon, Jean-François, depuis longtemps associé à son entreprise. Cependant il continua d’habiter rue Princesse, où il vivait encore en août 1774 \ — On lui attribue l’estampille COULON, sans initiale de prénom, empreinte qui se rencontre sur des meubles très soignés, souvent en marqueterie de bois de bout, dans le style à la mode vers le milieu du règne de Louis XV.

Balthazar devint, comme le précédent, syndic des menuisiers de Paris, dix ans plus tard, en 1766, après avoir été juré de sa corporation entre 1740 et 1742 2. On a retrouvé une de ses cartes-réclame ainsi conçue :

« Au fort Bureau de l’isle, rue Plâtrière, COULON, maître et marchand Ebéniste, fait, vend et tient magasin de toutes sortes d’ouvrages d’Ébénisterie et Menuiserie, comme Secrétaires de toutes façons et à dessus de marbre, Commodes, Bureaux de travail garnis de leur bronze doré ou en couleur, Gardes-robes, Bibliothèques, Encoignures, Boëtes de Pendule, Buffets à dessus de marbre, Tables de quadrille et piquet ployantes, Tables en vuide-poche, Tables en écrans et à stors, Tables à l’Angloise, Tables à la Bourgogne, Tables ambulantes, Tables en pupitres, Tables de nuit et à dessus de marbre, Bidets à seringue garnis de maroquin et de canne, Bidets en tabourets, Trictracs en tables et ployant, Chaises percées, Fauteuils de canne de commodités et carreaux de maroquin toutes sortes de Tablettes, Toilettes vernies, Tables en toilettes de bois des Indes et toutes garnies ; toutes sortes de Coffres, Cabarets vernis de toutes façons, Servantes, Pupitres, Écritoires, Caves, Tabbagies, Crachoirs, Portes-missels, Portes-montres, Pries-Dieu, Ecrans de toutes façons, Paravents, Serres-à-papier, Tables de lits, et généralement toutes sortes d’Ebénisteries de bois des Indes, Vernis de la Chine et de Marqueteries en fleurs et des plus à la mode, le tout à juste prix. A Paris, 1751... 3 ».

La partie la plus intéressante de cette nomenclature est celle qui concerne les petites tables dont les ébénistes s’ingéniaient à varier les formes et à perfectionner les agencements pour répondre aux besoins, aux goûts et aux caprices de leur élégante clientèle. La fabrication de ces meubles de fantaisie semble avoir été une des spécialités de la famille Coulon.

Avant 1768, Balthazar alla s’installer rue du Faubourg Saint-Laurent4 où il ne continua pas longtemps son commerce 4. Il vivait retiré rue Aumaire en 1775 s-

Jean-François, reçu maître le 10 janvier 1732 u, fit partie de la jurande de son corps entre 1760 et 1762 7. Il habitait rue du Vieux-Colombier8, mais s’était associé, comme on l’a vu, avec son parent Gaspard pour exploiter l’établissement de la rue Princesse, A la Toilette Royale.

1. Annonces, Affiches et Avis divers, 1774, p. 724. 4. Alm. d'indication générale... ou du Vrai Mérite, 1769.

2. Arch. nat. Reg. des Maîtrises, Y. 9324, 2 août 1740; Y. 5. On le trouve cité à cette date comme exécuteur testamen-

9331, août 1766. En 1739, ce maître fut choisi comme expert taire de son ami Gilles Joubert, ébén. du Roi. (Arch. nat. Y.

pour estimer les marchandises dépendant de la succession de 14994. Scellés du 14 oct. 1775).

son confrère Albert Potier. (Arch. nat. Y. 15596, Scellés du 6. Liste générale des M^ Men.-Ebén. de Paris.

12 fév. 1739). Sept ans plus tard, il prisa de mêmeles ouvrages 7. Arch. nat. Reg. des Maîtrises, Y. 9328, 5 août 1760.

de l’ébén. Guérard (Id. Y. 11762, 20 oct. 1746). 8. Id. Y. 15061, iodée. 1760. —Alm. d’indication générale...

3. E.Molinier. Hisl. des Arts appliqués àl’ Industrie, t. III, p. 252. 1769.

Après 1767, il demeura l’unique propriétaire de ce magasin pour lequel il fit travailler d’habiles ouvriers tels que les ébénistes Bircklé, Marchand, Montigny et le menuisier Falconet1. Sous sa direction la maison conserva son ancienne renommée. Elle avait toujours la faveur du duc de Bouillon. De nouveaux clients lui étaient venus, parmi lesquels les princes de Croÿ, de Marsan et d’Asfeld, la comtesse de Maulde, le comte de Tressan, le comte et la comtesse Molé2. Toutefois, au mois de septembre 1774, des circonstances inexpliquées l’obligèrent à déposer son bilan, qui se soldait d’ailleurs par un excédent d’actif d’environ 22.000 livres3. Ce maître restait en 1785 le dernier survivant de sa famille et résidait alors rue des Marais dans le faubourg Saint-Martin 4. Il a laissé d’agréables productions signées J. F. COULON.

COURDIN, voy. Gourdin.

COURTOIS (Jacques-Marin), menuisier parisien, fils d’un artisan du même métier, se fit recevoir maître le 27 août 1743 5, et mourut avant la fin du règne de Louis XV. Établi rue de Charonne, il fabriquait des sièges garnis de canne6.

COURTOIS (Nicolas-Simon) n’était pas fils du précédent, mais appartenait sans doute à la même famille. Né en 1724 7, il devint maître menuisier le 19 novembre 1 766 8, alors qu’il habitait rue de Charenton, puis se transporta rue de Charonne, vis-à-vis la rue de Lappe 9, où il travailla jusque vers 1789. On lui doit des sièges d’une bonne facture, marqués N. S. COURTOIS. A la vente L. Coblenz (déc. 1904) figurait un meuble-baignoire, faisant lit de repos, qui portait son estampille. Je possède de lui un petit fauteuil dans le style de transition Louis XV à Louis XVI, avec le dossier en forme de hotte et les bras contournés.

CRAISSON (Louis), « ayant épousé la veuve d’un maître » I0, gagna la maîtrise à Paris, comme menuisier-ébéniste, le 14 novembre 1772 Il demeurait rue Traversière-Saint-Antoine. On le trouve cité en 1788 dans les comptes royaux pour la fourniture de quatre commodes en noyer destinées au château de Saint-Cloud I2. Vers la même époque, les frères Presle, tapissiers rue Saint-Martin, lui achetaient des chaises ovales à ta d’Artois et des bois de lits sculptés, parmi lesquels un « lit à la polonaise avec son impériale à dôme13 ». Craisson exerçait. encore rue Traversière, n° 19, en 1811, date à laquelle il livra au Garde-meuble impérial plusieurs secrétaires et commodes d’ébénisterie commune ’4.

CRAMER (Mathieu-Guillaume), natif de Grevenbroich dans la principauté de Juliers, vint se fixer de bonne heure à Paris, où il épousa, le 19 avril 1771, en la chapelle de TAmbas-

. 1. Arch. de la Seine. Bilans, cart. 42. Bil. de l’ébén. J. -F. 12. Arch. nat. O1. 3646. Mémoire de Hauré, iersem. 1768;

Coulon, 24 sept. 1774. — O'. 3650.

■ 2: Id. Livres de Commerce. Reg. 1947.

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