‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 23 sur 81 · L'ABBÉ JEAN-ANDRÉ RAIMBAULT · texte numérisé non relu

L'ABBÉ JEAN-ANDRÉ RAIMBAULT

Ce prêtre était originaire du diocëse de Bayeux, en Iforraandie. Il était né en 1754, et il reçut les saints ordres, le 20 septembre 1788. Fuyant la persécution, il passa en Angleterre en 1792, comme beaucoup d'autres prêtres de la région du nord de la France. A quelle influence dut-il sa nomination comme ambassadeur auprès du clergé et du gouvernement du Canada ? JS'ous l'ignorons, mais toujours est-il qu'il fut désigné par Mgr de la Marche pour entamer les premières négociations avec les autorités du pays, conjointement avec les abbés Philippe- Jean-Louis Desjardins et Pierre Gazel. C'était un acte de confiance de la part de ses supérieurs, et l'abbé Raimbault sut s'en rendre digne en toute occasion.

Disons tout de suite, afin d'éviter la confusion, qu'il n'était nullement apparenté avec l'abbé Jean Raimbault, curé de Nicolet, et supérieur du séminaire pendant près de quarante ans.

Il n'y a que peu à dire de ce prêtre vénérable, qu i ne montra pas d'autre ambition que de travailler au salut des âmes. Peu de temps après son arrivée au Canada, il sembla se désintéresser de sa mission, que du reste l'abbé Desjardins pouvait mener seul à très bonne fin, et il offrit ses services à l'évêque. Mgr

Hubert s'empressa de les accepter, et il lui confia la ■cure de la Pointe-Claire, près de Montréal, L'abbé Raimbault se rendit à son poste le 5 novembre 1793, et il se mit résolument à l'œuvre. Afin de mieux s'initier aux mœurs et coutumes des cultivateurs de sa paroisse, il crut prudent de consulter les curés voisins, et surtout les prêtres de Saint-Sulpice qu'il avait en profonde vénération. Ceux-ci le guidèrent si bien, qu'en peu de mois le curé de la Pointe-Claire sut comprendre les besoins réels d'une population qui lui était étrangère. Il se familiarisa bientôt avec eux, tout en conservant le rang auquel sa position de pasteur lui donnait droit. Sa grande préoccupation était de bien instruire ses paroissiens sur leurs, devoirs comme chefs de famille. La tradition rapporte qu'il était doué d'un talent supérieur pour les catéchismes. Aussi prit-il toujours un grand intérêt à la jeunesse, espoir des familles et de la patrie. Il aurait pu consacrer des heures et des heures à expliquer aux petits enfants le sens du catéchisme, et s'il s'apercevait que quelques-uns ne le comprendraient jamais, à moins d'explications réitérées, il les appelait à son presbytère, et il leur donnait des leçons privées, jusqu'à ce qu'il réussît à leur bien faire saisir la signification de telle ou telle réponse. Bref, c'était un éducateur, un peu dans le genre de Mgr Dupanloup, qui ne fut jamais surpassé comme catéchiste, si, du moins, l'on en croit ses biographes.

L'abbé Jean-André Eaimbault mourut à la Pointe- Claire, au mois de septembre (le 11) 1813, âgé de

59 ans, après un ministère qui avait duré vingt ans. Jamais il ne montra la moindre disposition à retourner en France. Sa patrie d'adoption, il l'avait choisie lui-même dès son arrivée au Canada, et il eut bientôt fait de l'aimer et de s'y attacher par les liens les plus étroits. Les paroissiens de la Pointe-Claire ont conservé pendant de longues années le souvenir de ce curé français, exilé de son pays.

L'ABBE G.-MICHEL Le SAULNIER, P. S. S.

M. le Saulnier était né, le 26 mai 1758, à Gourdes- Ausy, diocèse de Coutances, en !N"ormandie. A peine âgé de dix-sept ans, il avait fait son entrée à l'université de Caen.. Deux ans plus tard, il commença à Paris ses études théologiques, et y subit avec succès les épreuves de la licence. Le 21 septembre 1782, il fut promu au sacerdoce et s'agrégea aussitôt à la maison de Saint-Sulpice. Ses supérieurs l'envoyèrent à Toulouse, l'année suivante. C'est là que la Révolution le surprit et le força à fuir à l'étranger. L'île de Jersey fut la première étape de son exil. Comme bien. d'autres de ses confrères, il n'y fit pas un long séjour, et il passa bientôt en Angleterre, oii déjà s'était rendu Mgr de la Marche, fuyant lui aussi devant le danger. C'était en 1792. iN'ous avons vu, dans un chapitre précédent, qu'à cette époque le gouvernement anglais, de concert avec l'évêquede Saint-Pol de Léon, avait résolu d'envoyer au Canada trois prêtres et un laïque qui prépareraient les voies en faveur d'une émigration de prêtres et de royalistes, de manière à ce qu'elle fût sérieuse et bien organisée. L'abbé le Saulnier aurait bien désiré se joindre à la délégation, mais comme il lui fallait l'assentiment de son supérieur, il écrivit à M. Emery, à Paris, qui consentit à lai permettre de passer au Canada. Mais l'autorisation arriva lorsque les abbés Desjardin?, Eaimbault et autres étaient déjà eu route pour l'Amérique. L'abbé le Saulnier, cependant, les suivit de près, et il arriva

à Montréal, le 24 juin 1793, muni d'excellentes recommandations de la part de Mgr de la Marche. (1) M. de la Tour-Dezéry, qui remplissait les fonctions curiales depuis environ vingt-trois ans, mourut quelques mois après. L'abbé le Sauïnier fut appelé à recueillir sa succession. Il n'y avait alors à Montréal que huit sulpiciens : c'était trop peu pour rencontrer tous les besoins. La venue du nouveau confrère ne pouvait être accueillie que favorablement, et par le clergé de la ville et par sa nombreuse population.

L'abbé le Sauïnier demeura curé d'office jusqu'à sa mort, arrivée le 5 février 1830. Ce bon sulpicien avait atteint sa 72e année. Exactitude et intégrité en tout : telles furent ses qualités saillantes. Aussi ne négligeait-il aucun de ses devoirs de prêtre. Sa charité s'étendait à tous indistinctement, et les ■pauvres de Montréal ne négligèrent pas de mettre à profit ses bonnes dispositions à leur égard. Il fit construire plusieurs écoles à leur intention. C'est M. le Sauïnier qui a le plus libéralement poussé à l'érection de l'église actuelle de Kotre-Dame, vaste monument, qui fait la gloire de Saînt-Sulpice et l'orgueil de Montréal. Il fit aussi travailler, mais sans bourse délier, à l'église Saint-Jacques. On rapporte à ce propos qu'un jour un citoyen lui fit la remarque en passant, que cette église s'élevait comme par enchantement. " Ce n'est pas surprenant, dit-il, tout le monde lui jette la pierre." Le fait est q\i'à son appel des centaines d'ouvriers, maçons et journaliers, purent ériger cette église en très peu de

(1) Voir 2e lettre de l'évêque de Léon.

temps, plus vite peut-être que s'ils eussent touché un salaire.

L'abbé- le Saulnier avait un caractère jovial. Il excellait dans les saillies heureuses, les fines réparties, les bons mots. Assez souvent caustique, il poussait la pointe peut-être un peu trop profondément. Mais il faisait vite oublier par ses excellents procédés l'acuité de ses répliques. Au fond il était trës bon, très compatissant, bienveillant à l'excès.

Comme orateur de la chaire sacrée, l'abbé le Saulnier a laissé une réputation enviable. Sa méthode était claire, ses développements toujours heureux, ses rapprochements habilement amenés. On affirme qu'il n'avait pas son égal pour l'homélie familière. Le prône est souvent l'échec du prédicateur, parce qu'il manque de préparation. Cependant un prône bien fait vaut quelquefois mieux, comme résultat pratique, qu'un long sermon, parce qu'il est généralement mieux écouté.

Au lendemain de la disparition du vénérablacuré de Montréal, un journal écrivait : " Ses rares talents lui avaient acquis le respect et l'admiration de tous les habitants de cette province, théâtre de ses fonctions pastorales, et sa correspondance étendue prouve combien il était tenu en estime, même en dehors de sa communauté."

Ses funérailles eurent lieu le 8 février, en présence d'une foule considérable. Le service funèbre fut célébré par l'abbé Roque,^grand vicaire ; l'évêque de Telmesse fit l'absoute, assisté de M. Hubert, prêtre du séminaire, et de M. C.-F. Turgeon, du séminaire de. Québec.

L'ABBE FRANÇOIS CIQUARD, P. S. S.

Cet enfant de la grande famille sulpicienne était né à Yic-le-Comte, dans la Basse- Auvergne, vers 1750. Il avait fait son cours de théologie au séminaire de Clermont-Ferrand, tenu par les pieux fils de M. Olier, et il reçut l'onction sacerdotale, le 22 décembre 1781. Admis comme sulpicien à Paris, le 7 mai 1782, il en partit le 7 mars de Tannée suivante pour le Canada, avec l'espoir d'y trouver matiëre à exercer son zèle, soit au séminaire de Montréal, soit dans les missions sauvages. Il arriva à Québec, le 22 mai 1783, en compagnie d'un autre sulpicien, du nom de Capel. De Montréal, où tous deux s'étaient rendus, ils durent bientôt revenir à Québec, sur l'ordre du gouverneur Haldimand, qui s'opposait systématiquement au recrutement du clergé par voie d'immigration. L'abbé Ciquard dut se réfugier à la Malbaie, en attendant un navire qui le ramènerait en Europe. Mais, las d'attendre, il se sauva à travers les bois et retourna à Montréal. Le gouverneur le fit appréhender de nouveau pour l'envoyer à l'île du Bic sous bonne garde. Il en partit le 20 août, et il fut mis en liberté dès qu'il eût touché le sol d'Angle' erre. A Paris, où il arriva en septembre 1784, M. Ciquard fat nommé directeur de la maison de Saint-Salpice, à Bourges.

La révolution le trouva à Bourges, en 1791, et il

put s'échapper, le 24 août, et prendre encore une fois le chemin de l'Amérique. Mgr Carroll l'envoya dans les missions de la rivière Saint-Jean et de la rivière Passamaquoddy. Comme il ignorait la langue des sauvages de ces contrées, il abandonna bientôt son poste aux soins de l'abbé de Cheverus, et il vint se fixer à Fredericton, ' dans le î^ouveau- Brunswick, avec l'intention de se rendre utile au milieu des Indiens échelonnés le long de la rivière Saint- Jean. Après avoir obtenu ses pouvoirs de l'évêque, lors d'un voyage qu'il fit à Québec, en juin 1794, il alla résider à Madawaska, où le champ d'action était plus attrayant. Il y séjourna pendant quatre ans, puis il retourna à Montréal, en 1799, après avoir passé quelque temps à Baltimore et à Détroit. Il serait difficile de rencontrer un homme plus remuant.

Malheureusement pour sa sécurité personnelle; l'abbé Oiquard n'avait pas eu la précaution de demander aux autorités civiles la permission de rentrer au pays. Mal lui en prit, car il fut arrêté derechef et conduit audelà de la frontière, avec injonction formelle de ne plus remettre les pieds en Canada. C'est alors que M. P.-J.-L. Desjardins, grand vicaire de l'évêque de Québec, intervint auprès du gouverneur et obtint pour M. Ciquard l'autorisation de rester au pays. Le missionnaire retourna dans les missions des Provinces Maritimes ; mais il se fixa, cette fois, à Memramcook, pour y demeurer jusqu'en 1812. Mgr Plessis le nomma, à cette date, curé de Saint-François du Lac et missionnaire de la tribu abénaquise qui y est fixée. En 1815, M. Ciquard, devenu

affaibli, offrit sa démission àl'évêque, et alla s'enfermer dans le vieux séminaire de Montréal. Il y est mort le 28 septembre 1824, à l'âge de 70 ans.

M. Ciqnard est l'auteur d'un excellent opuscule, dont il ne survit que de très rares exemplaires, quoiqu'il en ait été tiré deux ou trois éditions de son vivant. Il porte pour titre : " Le portrait du vrai missionnaire.'' (1)

(1) Bois. — Notes inédites.

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