L'ABBE PIERRE-JOSEPH PERINAULT
Cet abbé naquit à Montréal, le 2 juillet 1771, d'une ancienne famille,dont le chef, venu au Canada, s'appelait Jacques Périnault dit Lamarcbe, naaître maçon. Cette famille était originaire du pays de la Marche, vieille province de France, située entre le Berri et le Poitou, aujourd'hui département de la Haute- Vienne.
Pierre-Joseph fréquenta les écoles de sa ville natale durant sa prime jeunesse. Il était encore adolescent lorsque ses parents l'envoyërent en France, chez un de ses oncles, chanoine de l'église Saint- Martin, à Tours, qui avait bien voulu se charger de le faire instruire. Le jeune Périnault demeura à Tours aussi longtemps qu'il fat nécessaire pour que ses études collégiales fussent complètes. Alors il prit la soutane, et fut tout aussitôt tonsuré. Puis la révolution éclata. Inquiets sur le sort de leur enfant, les époux Périnault prièrent l'oncle de le renvoyer coûte que coûte au Canada. M. l'abbé Bois a écrit que le jeune séminariste était à Paris le 21 janvier 1793, le jour même de la mort de Louis XVI, qu'il fut très affecté de ce drame tragique, et qu'il en conserva toute sa vie le triste souvenir. Or, cette assertion ne peut tenir devant le fait que M. Périnault traversa l'océan, en 1791, sur ce frêle navire frété par les Sulpieiens, qui s'en venaient fonder à Baltimore un séminaire, à la demande de Mgr Carroll. M. Périnault suivit même son cours de théologie à
ce séminaire, puis il vint, en janvier 1791, prendre sa place dans les rangs du clergé canadien. (1)
Le 17 août de la même année, Mgr Hubert l'admit au sacerdoce et l'envoya immédiatement comme vicaire à Longueil auprès de Mgr Denaut, son coadjuteur. Peu de temps après, le 1er octobre 1796, il fut nommé à la cure de la Rivière-des-Prairies, puis, le 23 février 1806, à celle du Sault-au-Récollet. En octobre 1815, M. Périnault fut chargé de la mission de Cataracoui (Kingston), où il demeura pendant trois ans. Voyant sa santé pérécliter sons le climat humide du lac Ontario, il demanda un changement, et l'évêque lui confia la desserte de la paroisse du Saint- Esprit. H ne fit que languir au cours des années suivantes. Epuisé et incapable d'exercer plus longtemps le ministère, M. Périnault se rendit à Montréal y passer ses dernières années. Il y finit ses jours le 29 juin 1821. Ses restes furent déposés dans les voûtes de l'église du Sault-au-Récollet ; c'est dans cette paroisse qu'il avait su se complaire davantage.
Le fond du caractère de ce prêtre était une grande douceur et une conformité entière à la volonté de Dieu. Il aurait voulu rester en France auprès de ce vieil oncle qu'il respectait comme un père. Mais les circonstances ayant été plus fortes que sa volonté, il dut se soumettre aux décrets de la Providence. Il se consolait de ce contre-temps en disant : " Il n'aurait pas été juste que je fusse demeuré heureux dans les belles campagnes delà Touraine, pendant que des étrangers seraient venus de France au secours de mon pays natal." Vers la fin de sa carrière, il écri-
(1) Annales du séminaire de Sainte-Marie de Baltimore.
vait à l'un de ses amis, prêtre comme lui : " Je n'ai pas toujours été heureux en Canada ; mon départ de la Ri vière-d es-Prairies me fatigue encore, et j'aspire tous les jours à rentrer dans ma cliëre solitude du
Sault-au-RécoUet Enfin j'ai eu mes peines. Mais
aussi, j'ai eu la consolation de travailler selon mes forces à l'œuvre de Dieu, j'ai été aveuglément soumis à mes supérieurs. Et c'est, je pense, cette soumission qui adoucit la peine que je ressentais d'avoir quitté la France. N'importé, je m'en vante : je n'ai pas voulu faire ma volonté."
Mgr Plessis avait placé toute sa confiance en M. Périnault, riche en biens de la fortune comme en vertus. Aussi le Prélat ne se gêna nullement de le transporter d'une paroisse pauvre à une autre oii tout était à créer, afin, non pas de mettre son obéissance à l'épreuve, mais de lui procurer l'occasion de travailler efficacement au bien-être spirituel et temporel des ouailles dont il lui confiait la garde.
M. l'abbé Beaubien parle assez au long de M.
Périnault, qui fut l'un de ses prédécesseurs à la cure du Sault-au-Récollet. " iN'os paroissiens avancés en âge aiment, dit-il, à parler de M. Périnault, dont le zèle, le dévouement et surtout la charité sans bornes ont laissé dans l'âme de leurs pères la plus sincère reconnaissance. Ils racontent encore avec émotion ses nombreuses visites aux familles indigentes, auxquelles le généreux pasteur distribuait des pièces d'argent, cachées dans un bas, au fond d'une fameuse calèche, devenue plus tard la propriété de la famille Dagenais." (1)
(1) Le Saultau-Bécollet. Ses rapports avec les premiers temps de la colonie. Mission-Paroisse, pp. 354, 355.