‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 26 sur 81 · L'ABBE LOUIS -JOSEPH DESJARDINS · texte numérisé non relu

L'ABBE LOUIS -JOSEPH DESJARDINS

C'était le frère cadet de l'abbé Philippe- Jean-Louis, dont il a été précédemment question. Il était né à Beaugency, petite ville du Loiret, dans le diocëse d'Orléans, le 19 mars 1766. Après avoir terminé ses études au collège de Meung, il entra dans l'état ecclésiastique, et il fut ordonné prêtre, le 20 mars 1790, le même jour que l'abbé Daulé. (1) Lors de la Convention, l'abbé Desjardins fut incarcéré en même temps que son frère et vingt autres prêtres. Après son élargissement de prison, l'exil s'offrit à lui comme aux autres confrères internés. Il se réfugia- en Angleterre où, comme nous l'avons établi, le rendezvous du clergé français semblait être plus général et plus reehercbé qu'ailleurs. De Londres il prit bientôt le chemin où son frère l'avait précédé depuis plus d'un an. La rencontre des deux abbés, eut lieu le 26 juin 1794, (2) et non sans quelque attendrissement. Mgr Hubert les reçut tous deux chez lui, et offrit au frère cadet le vicariat de la cathédrale. C'était un heureux début, pour le prêtre, et une preuve

(1) Noiaeux fait erreur, quand il dit que M, Desjardins fut ordonné le 20 septembre 1788.

(2) Tanguay dit, le 26 juillet ; nous préférons l'opinion de Noiseux qui fait arriver le même jour MM. Desjardins, Castanet, Daulé et le Courtois.

spontanée de confiance de la part du Prélat. L'abbé sut s'en montrer digne par sa piété et par sa prudence.

Deux ans après, en 1796, le jeune prêtre fut envoyé à Oarleton, dans la Baie des Chaleurs, en qualité de missionnaire de toute cette région, depuis l'entrée de la rivière Ristigouche jusqu'aux dernières habitations de la côte, en gagnant le bassin de G-aspé. Ce furent cinq années de dévouement constant à la cause de la religion chez ces peuples, où se trouvaient mêlés des Canadiens, des Irlandais, des Jersiais et des sauvages. Il conserva toute sa vie une affection bien vive pour ces missions, et sa correspondance, échangée avec les missionnaires qui lui succédèrent là-bas, prouve tout l'intérêt qu'il ne cessa jamais de leur porter.

En 1801, Mgr Plessis, curé de Québec et coadjuteur de Mgr Denaut, vit appeler l'abbé Desjardins auprès de lui et nommé d'abord vicaire, et puis curé d'office à la cathédrale, lorsque lui-même prit les rênes épiscopales après la mort de Mgr Denaut en janvier 1806. En 1807, l'abbé Desjardins devint chapelain de l'Hôtel-Dieu de Québec, et il remplit cette charge jusqu'en 1836, Dans le même temps, de 1825 à 1833, il agissait comme supérieur de la communauté des Ursulines. Eu 1836, il abandonna le chapeliuat de l'Hôtel-Dieu, mais continua d'y résider jusqu'à sa mort, qui arriva le 31 août 1848. M. Desjardins était âgé de 82 ans. On l'inhuma dans la chapelle du monastère. Les religieuses firent célébrer de magnifiques obsèques à cet excellent cha-

pelaÎD, qui avait passé trente et un ans de sa vie à côté d'elles, à ce brave exilé de France, qu'elles avaient appris à vénérer comme un përe et un saint.

Ce prêtre suivant le cœur de Dieu fut un des grands bienfaiteurs de nos communautés religieuses. " Il ne cessa jamais d'être pour nous, écrit l'annaliste des Ursulines, un ami sincëre et dévoué, toujours prêt à nous favoriser de ses dons et à nous aider de ses conseils. Il était le protecteur déclaré des jeunes artistes, en même temps que l'obligeant procureur de tous les missionnaires. Kos bibliothèques, notre cbapelle des Saints, notre chœur et notre église, témoigneront longtemps de sa générosité à notre égard. En effet, si un grand nombre d'églises en ce pays lui doivent tant de beaux tableaux qui les décorent, si la chapelle du séminaire en particulier est redevable aux MM. Desjardins de ces chefsd'œuvre qui font l'admiration de tous les étrangers, nous ne pouvons oublier que la nôtre est loin d'avoir été négligée dans cette généreuse distribution des dépouilles de la France spoliée aux jours de la Terreur. "

C'est ainsi que l'abbé Desjardins sut encourager Plamondon et Légaré, deux de nos artistes peintres, qui, plusieurs^ années avant la mort de leur bienfaiteur, avaient fait revivre sur la toile les figures aimées d'ancêtres, que nous n'aurions jamais connues sans eux.

Quant aux missionnaires pauvres, lui qui avait connu de près leurs misères, il leur faisait parvenir, des lavabos, des cartons d'autel et divers ornements

d'église parmi les plus utiles. Il était l'œuvre des Tabernacles vivante, et il prenait autant de plaisir à soutenir ces missionnaires qu'à encourager de sa bourse les peintres en herbe. Ce fut donc un prêtre utile. L'évêque se suffisant à peine à lui-même, comment aurait-il pu soulager la détresse de ces braves et intrépides missionnaires, qui se dépensaient dans les îles du Cap-Breton et du Prince-Edouard, à la !N"ouvelle-Ecosse et au ÏTouveau-Brunswick, toutes provinces relevant du diocèse de Québec au point de vue religieux. Chacun d'eux ne recevait guère plus de la dîme qu'il n'en fallait pour les empêcher de mourir de faim, et ils n'avaient pas la ressource d'émarger au budget de l'Œuvre de la propagation de la foi. Leur existence n'était qu'une longue suite de privations ; ils vivaient au jour le jour, ruinant leur santé dans des courses apostoliques, dont on ne peut se faire aujourd'hui qu'une idée imparfaite.

L'abbé Desjardins, que l'on appelait aussi souvent l'abbé Desplantes, s'était acquis une grande réputation de vertus. Il joignait à la piété une humilité parfaite. Son esprit d'ordre et de régularité, sa prudence consommée, l'avaient conduit peu à peu à une gouverne sûre des ouailles dont il eut la charge ; comme directeur de conscience, il se montra toujours un guide précieux. Toute sa vie il conserva la plus' profonde reconnaissance, et pour Mgr Hubert dont le bienveillant accueil l'avait touché, et pour Mgr Plessis qui, en le plaçant dans cette belle retraite de l'Hôtel-Dieu, lui avait procuré la vie la plus agréable qu'il eût pu désirer.

Quelque temps après la mort de l'abbé Desjardins,

un ami fit placer sur sa tombe une tablette de marbre avec l'inscription suivante :

Ici repose

Messire Louis-Joseph Desjardins, prêtre, premier chapelain

résidant dans cette maison. Né à Beaugency, diocèse d'Orléans

Le 19 mars 1766

Ordonné prêtre le 20 mars 1790

Exilé de France pour la foi

Et Venu au Canada en 1794 - Il diriga cette communauté depuis 1807 jusqu'à 1836. Son aménité, sa douceur, sa bienveillante générosité A l'égard de tous Furent les preuves toujours actives De son ardente charité

Plein de jours et de mérites, il mourut dans la paix du Seigneur

Le 31 août 1848 Â l'âge de 82 ans.

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