‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 28 sur 81 · L'ABBE JEAN -BTE- MARIE CASTANET · texte numérisé non relu

L'ABBE JEAN -BTE- MARIE CASTANET

L'abbé Castanet (1) appartenait au diocèse de Hodez. Il arriva à Québec, le 26 juin 1794, en même temps que les abbés Louis-Josepb Desjardins, Jean- Denis Daulé et François-Gabriel le Courtois. Ces quatre ecclésiastiques composaient le second groupe des réfugiés. Les directeurs du séminaire de Québec, ayant entendu vanter ses talents et son amour de l'étude, lui ouvrirent leurs portes toutes larges. Les rangs du professorat dans l'institution de Mgr de Laval étaient alors clairsemés. Aussi accueillit-on ce prêtre avec une joie non dissimulée. Malheureusement, M. Castanet était d'une complexion très délicate, et le professorat parut vite l'épuiser. Il crut bien faire en demandant à l'évêque une mission dans les Provinces-Maritimes. C'était aller au devant des désirs de Mgr Hubert qui, cbaque automne, se trouvait embarrassé à l'endroit des missions de la Gaspésie et du golfe. Les travailleurs manquaient à la vigne. Toute nouvelle recrue devenait donc précieuse, dans les circonstances.-

L'abbé Castanet, se rendit en 1795, à Caraquet, maintenant une des plus grandes paroisses du diocèse de Chatbam, mais alors une pauvre bourgade peuplée d'Acadiens vivant du produit de la pêcbe. La mission comprenait encore Kipisiguit, aujourd'hui

(1) L'on voit aussi souvent ce nom écrit Castenet.

Batliurst, et d'autres postes moins importants du !Krouveau-Branswick. L'abbé Castanet avait trop compté sur un changement de climat pour refaire sa santé. L'air de la mer ne lui allait pas. Cependant il voulut résister. Trois années se passèrent ainsi au milieu de continuelles "perplexités. 'Ses forces semblant plutôt diminuer, il demanda son rappel. Déjà atteint de phtisie pulmonaire avant son départ de Caraquet, lorsqu'il arriva à Québec, en mai 1798, il faisait pitié. Il ne lui restait plus d'autre ressource que de s'enfermer dans un hôpital, pour y mourir. Le 26 août suivant, ce vaillant soldat du Christ rendait sa belle âme à Dieu, après quatre années seulement de vie apostolique. Il était âgé de trente six ans. Ce fut la première victime jetée par la hideuse révolution sur nos rives hospitalières. Un des premiers au combat, M. Castanet fut le premier à recueillir la couronne du martyre, non du martyre sanglant, qui est le partage des êtres privilégiés de la Providence, mais du martyre de la charité, de l'abnégation et du devoir.

M. Castanet fut inhumé à l'Hôpital - Général de Québec, où il avait terminé sa carrière, et non à Caraquet, comme on l'a prétendu. Ce qui a pu donner prise à cette erreur, c'est que les paroissiens de Caraquet, dans leur reconnaissance, ont fait placer sur la muraille de leur église une plaque commémorative avec inscription rappelant les bienfaits de leur missionnaire.

La note élogieuse n'a pas fait défaut à la mémoire de M. Castanet, au lendemain de sa mort. " Ses amis, écrit l'Annaliste de l'Hôpital-Général, et en particu-

lier les MM. Desjardins et notre përe Malavergne, ne peuvent se consoler d'une mort si précoce que par cette pensée de foi : " ISTous avons un confrère au ciel."

" Ce jeune prêtre, disait Mgr Plessis, était doué d'un remarquable esprit d'ordre et de régularité. Sa disparition a été bien regrettable."

Si on en croit Montgomery-Martin, M. Castanet aurait rendu un grand service à la colonie. Depuis assez longtemps les sauvages du Kouveau-Brunswick et de la N'ouvelle-Ecosse avaient à se plaindre du voisinage des Anglais et de quelques Allemands établis à Sanbury et dans les environs de Frederictou et d'Halifax. Il vint un temps où, poussés à bout par les mauvais traitements de ces voisins, qui les harcelaient sans cesse, ces Indiens tramèrent le complot de faire périr leurs persécuteurs. L'abbé Castanet ayant appris leur secret, intervint aussitôt auprès des gouvernements des Provinces-Maritimes, et leur conseilla d'accorder aux mécontents des terres où ils pourraient vivre à l'abri de tous troubles, ainsi que le droit de pêche dans certaines rivières, à l'exclusion des blancs. Les gouvernements accueillirent avec faveur les conseils du prêtre catholique, et les Sauvages obtinrent ce qu'ils voulurent. Et tout rentra dans l'ordre. (1).

(1) Montgomery-Martin, The Brilish Colonies, vol. I, pp. 221-222.

UABBE J.- H. -AUGUSTE ROUX, P. S. S.

Ce vénérable prêtre naquit dans le diocèse d'Ain, en Provence, le 5 février 1760. Après'avoir terminé de brillantes études au collège d'Avignon sous la direction des MM. de Saint-Sulpice, il embrassa l'état ecclésiastique, fit son cours de théologie avec un tel succès, qu'il put bientôt subir victorieusement les épreuves du doctorat. Certain biographe a prétendu que M. Roux était docteur de l'université de Valence; mais nous constatons dans son acte de sépulture, dressé par M. Quiblier,8ulpicien, qu'il était docteur en Sorbonne. Ce dernier témoignage nous parait devoir l'emporter sur l'autre.

M. Roux avait été ordonné, le 5 juin 1784. Quelque temps après, il fut envoyé au séminaire du Puy pour y enseigner la théologie. L'évêque, Mgr Galard de Terraube, s'aperçut vite que ce prêtre distingué méritait des égards particuliers, et en fit son grand-vicaire. Cette marque insigne de confiance ne fut pas la seule. Porcé d'émigrer en Savoie, après avoir vu son siège envahi par un évêque constitutionel, Etienne Delcher, Mgr Galard voulut amener avec lui un compagnon qui pût l'aider à supporter le poids du malheur. M. Roux reçut l'ofi're du voyage, mais il fit comprendre à son supérieur qu'il valait mieux pour lui s'enfuir en Angleterre, laissant aux événements futurs le soin de le rappeler en Prauce.

Son histoire, à partir de ce moment jusqu'à son arrivée au Canada, est intéressante par le seul fait de le voir se joindre à Londres aux sulpiciens désignés par M. Emery pour la maison de Montréal. Tous ensemble arrivèrent à destination, le 1er septembre 1794. " Lorsqu'ils débarquèrent à l'extrémité de l'île, ils trouvèrent, écrit M. l'abbé Jean-Edme-A. Gosselin, dix des principaux citoyens, qui étaient venus à leur rencontre et qui les emmenèrent dans leurs voitures. Le lendemain, jour du saint E'om de Marie, fête de la paroisse, le peuple se porta en foule à l'église pour voir les prêtres français et communier de leur main. Tout ce qu'il y avait de distingué dans la ville s'empressa de les visiter pour leur témoigner la joie que leur arrivée causait dans tout le pays. " (1) ,

H y avait, en effet, matière à réjouissances, surtout au séminaire. Depuis plusieurs années déjà, le recrutement du personnel s'y faisait péniblement, et la vieille institution de M. Olier ne renfermait plus, à cette époque, que des vieillards ou des invalides. La venue de onze nouveaux sujets fut considérée comme un coup de la Providence. Parmi eux se trouvaient . des hommes de grande valeur intellectuelle ; tous se recommandaient par leurs vertus.

M. Eoux fut aussitôt nommé vice-supérieur de la communauté. M. Brassier, supérieur depuis assez longtemps, se voyait faiblir, et de fait il mourut quatre années plus tard, après s'être dépensé au service de l'Eglise canadienne pendant quarante-cinq

(1) Vie de M. Emery^ T. I., p. 470.

ans. M. Roux fut appelé, en 1798, à recueillir sa • succession, et comme supérieur et comme curé. L'année précédente, l'évêque de Québec en avait fait l'un de ses grands vicaires. Toutes ces hautes charges accumulées sur sa tête, ne l'écrasàrènt pas. Au contraire, M. Eoux semblait éprouver un certain plaisir à multiplier ses travaux, parce qu'il était vigoureux, ardent et propre à porter plusieurs fardeaux à la fois. Ce fut, à vrai dire, un homme d'œuvres spirituelles et temporelles. Donner de l'éclat à son ordre, et soutenir fermement la maison qu'il dirigeait, ce fut sa plus constante préoccupation. Sous son égide, grâce à un zële brûlant et à une prudence consommée, Saint-Sulpice prit un essor merveilleux.

Outre les fonctions de supérieur d'une maison aussi puissante que le séminaire de Montréal, M. Roux dut, en outre, prendre la direction de plusieurs communautés religieuses. Que de services il leur rendit, aussi que de reconnaissance lui a-t-on conservée dans ces cloîtres, devenus prospères sous son administration !

La vie d'un homme qui se dépense aussi généreusement pour les autres, ne saurait durer très longtemps. M. Roux devait en faire la triste expérience. Ce furent d'abord les maladies souvent répétées et les souffrances qui paralysent l'effort, puis les infirmités inhérentes à une vieillesse prématurée, et finalement les symptômes avant-coureurs d'une mort prochaine. A soixante et onze ans, M. Roux quitta cette terre d'exil pour aller jouir d'un repos bien gagné, dans un monde où il n'y a plus ni maladies, ni labeurs. C'est à la date du 7 avril 1831, qu'il est

mort chargé de mérites, comme il avait été accablé de travaux. Il avait gouverné la maison de Saint- Sulpice pendant plus de trente ans avec une vigueur peu commune et une habileté incontestable. C'est le témoignage que nous apportent tous ses contemporains. L'un de ses confrères, M. Garnier des Garets, écrivant à son sujet, peu de temps après sa mort, en fait un bel éloge :

" Il rétablit, dit-il-il, les afîaires temporelles du séminaire, qui étaient très dérangées, et rendit la vie à cet établissement, qui touchait presque à sa fin. Devenu supérieur, il montra les talents les plus distingués en tout genre. Il fut tout à la fois un grand administrateur, un éloquent prédicateur, un grand théologien, un habile canoniste et un jurisconsulte renommé. Son nom était cité au barreau, et les juges ont plus d'une fois adopté ses décisions. Les qualités du cœur ne le cédaient point en lui aux talents de l'esprit. Sa grandeur d'âme le mettait au niveau de ce qu'il y avait de plus élevé dans le monde; sa bonté le rendait accessible aux plus petits ; sa candeur et sa simplicité le rendaient cher à tous."

Le Dr Meilleur, de son côté, a écrit dans son Mémorial, ce qui suit : " M. Roux passait, à bon droit, pour l'un des plus instruits et des plus éloquents de son siècle. En effet, on voyait briller en lui le talent et toutes les qualités de l'orateur. Sa voix, son geste et son extérieur impressionnaient puissamment son auditoire. Une fois en sa présence, rien ne pouvait en détourner l'attention et l'admiration. C'est surtout dans les conférences publiques

qu'il faisait chaque année pour le peuple, pendant le carême, qu'on remarquait davantage toutes ces qualités à un degré supérieur. Ses explications étaient claires et lumineuses, et ses exhortations vives et touchantes." (i)

M. Roux a laissé après lui de nombreux documents sur la vie de Madame d'Youville, de la vénérable sœur Bourgeoys, sur la fondation du collège de Montréal, sur les droits du séminaire de Montréal à ses biens qui, dans le temps, lui avaient été contestés. Ce dernier travail, plusieurs fois imprimé, dénote chez son auteur une rare intelligence des affaires, de même qu'un talent particulier pour bien exposer une question et, ce qui vaut mieux encore, pour la résoudre.

(1) Meilleur, J.-B. — Mémorial de VEducation du Bas-Canada. Seconde édition, Québec, 1876, pp. 85.

L'ABBE ANTHELME MALARD, P. S. S.

L'un des Onze. L'abbé MalarJ était né à Belley, au département de l'Ain, le 13 octobre 1758. Son père était contrôleur des fermes du roi, et sa famille, d'une haute distinction, était originaire de la province de Bagey. Après avoir terminé ses études claissiques, le jeune Malard suivit un cours de jurisprudence qu'il poursuivit jusqu'à la fin ; il se croyait appelé au barreau. Mais la Providence en avait disposé autrement. A peine l'étudiant en droit avait-il terminé son stage, qu'il se sentit en dehors de sa voie, et il demanda l'habit ecclésiastique. L'évêque de Belley, Mgr Cortois de Quineey, fut heureux de lui accorder son admission dans son grand séminaire. En 1785, (l) l'abbé Malard, qui avait fait une partie de ses études théologiques chez les Sulpiciens à Paris, reçut la prêtrise, et il se fit aussitôt agrégé à l'illustre Compagnie.

Quand la Révolution jeta sur des rivages étrangers le flot de prêtres qui n'avaient pas voulu transiger avec leur conscience, l'abbé Malard se trouva du nombre de ces héros de la foi, et l'Angleterre devint son lieu de refuge. Bientôt il prenait la route du Canada, en même temps que M. Roux et les autres. TJn an après son arrivée à Montréal (1795), il eut

(1) Le 7 décembre. M. l'abbé Noiseux fixe la date du 17 septembre 1785.

en partage la mission du lac des Deux-Montagnes, conjointement avec l'abbé Sauvage de Cbâtillonnet, l'un de ses compagnons d'exil. L'abbé Malard devait consacrer environ trente ans de sa vie à opérer le bien au milieu des sauvages cantonnés sur les bords du lac. 11 lui fallut étudier leur langue, afin de pouvoir les instruire plus aisément et plus rapidement ; c'était aussi le meilleur moyen pour arriver jusqu'au cœur de ces grands enfants. L'abbé Malard ne se laissa pas décourager par les difficultés du début, et quand il eut acquis une connaissance suffisante de la langue iroquoise, il put se livrer au ministère pastoral avec plus d'ardeur et moissonner avec plus d'abondance. Tout son temps était consacré à ses chers sauvages ; il les catéchisait, puis il priait avec eux. Entre temps, il les visitait à domicile, et il donnait à chaque famille une attention particulière, caressant les enfants, ayant toujours un bon mot pour les parents. C'est ainsi qu'à force de travail, rendu plus efficace par une étude et une charité à toute épreuve, ce brave missionnaire put récolter d'abondants fruits de salut, et s'acquérir la reconnaissance de ses ouailles.

Dans les dernières années de sa longue carrière, l'abbé Malard se sentit incapable de poursuivre les travaux de missionnaire, et force lui fut de demander du repos. Les Sulpiciens le rappelèrent à Montréal, où il passa le reste de ses jours dans la plus complète solitude. Il mourut, le 23 novembre 1832, dans la 74e année de son âge -et la 47e de son sacerdoce.

L'ABBE J.-BTE THAVENET, P. S. S.

L'abbé Thavenet était né vers 1763. Ce fat au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, qu'il puisa ses connaissances tbéologiques et cet esprit foncièrement sacerdotal qui caractérise la belle famille de M. Olier. Son ordination date du 11 avril 1789, et son agrégation à l'Institut des Sulpiciens fut aussitôt décidée. Déjà il avait offert ses services, lorsqu'il était à Issy, pour la maison de Montréal. 'Noua avons vu que M. Emery avait ouvert à Issy un grand séminaire destiné à recevoir des sujets qui, plus tard, seraient dirigés vers l'Amérique ou d'autres missions lointaines. C'est ainsi qu'eu 1791, plusieurs Sulpiciens quittèrent la France pour aller fonder un séminaire à Baltimore. L'abbé Thavenet n'en était pas, car la Providence le réservait pour le Canada, où il devait prendre en mains une affaire capitale, bien que relevant du domaine temporel. Obligé, comme les autres, de fuir devant l'orage révolutionnaire, il alla d'abord à Londres, puis, en 1794, il passa au Canada.

A son arrivée à Montréal, M. Thavenet fut chargé d'une des classes des Humanités. Après six années consacrées à l'enseignement, il reçut l'invitation d'aller rejoindre M. Malard à là mission du lac des Deux-Montagnes. Ici il demeura jusqu'en 1809, alors qu'il vint reprendre sa place au séminaire.

En 1815, l'abbé Thavenet accepta une mission aussi

importante que délicate. Plusieurs communautés religieuses du Canada, entre autres le séminaire de Québec, les Sœurs de la Congrégation de JS'otre- Dame, l'Hôtel-Dieu et l'Hôpital-Général de Montréal, avaient reçu de Mgr de Saint- Vallier des legs, dont les rentes avaient été déposées annuellement à l'hôtel-de-ville de Paris. En 1792, le gouvernement de la République française avait fait saisir ces revenus, ainsi que le capital d'où ils provenaient, sous prétexte que ces dépôts, appartenant à des sujets anglais, tombaient en main-morte. L'accumulation de ces rentes formait déjà, en 1815, un fonds assez considérable, et les communautés canadiennes précitées soufîraient beaucoup de la diminution prolongée de leurs revenus. Depuis quelque temps déjà, elles avaient réussi à intéresser le gouvernement britannique à leur affaire. Celui-ci était parvenu, après de longs débats, à obtenir la promesse d'un remboursement partiel du capital et des intérêts accumulés. Mais il fallait quelqu'un qui devait tout spécialement s'intéresser à la cause et la faire valoir énergiquement. M. Thavenet, dont on connaissait l'habileté en affaires, l'esprit d'ordre et d'économie, était tout indiqué pour la besogne. Il jouissait, en outre, de la confiance publique. Les communautés furent donc unanimes à le choisir comme leur chargé d'affaires auprès des gouvernements anglais et français.

M. Thavenet partit pour Paris en octobre 1815, avec la mission de recueillir les fonds à percevoir et d'en faire la remise à l'évêque de Québec, intéressé, lui aussi, à un règlement prompt et efficace.

Si l'abbë eut su alors quelle tâche il se mettait sur les bras, il eût probablement hésité ; mais il n'en, mesura pas toute l'étendue, et encore moins les difficultés dont elle était hérissée. Les négociations furent lentes à se produire. Rebuté par les employés des deux gouvernements, découragé souvent par un conseil, qui lui répétait à satiété que toutes ses créances ne valaient pas 40,000 francs, l'abbé Thayenet passait une> partie de son temps à faire la navette entre Paris et Londres, et toujours sans succës. Douze années s'écoulërent avant qu'il pût toucher quelque argent. Et alors commença, pour lui, une série d'embarras, suscités par les agences financières. A Paris ses agents étaient MM. Méquignon, libraires, deux de ses neveux ; à Londres, c'était la maison Moreland, Duckett & Co., et à Québec, MM. Paterson et Toung. L'on a prétendu que les neveux ne se montrèrent pas à la hauteur de la confiance que reposait en leur honnêteté l'abbé Thavènet. Le Comité canadien, chargé de reviser les comptes, eut à se plaindre de certaines irrégularités, plus apparentes que réelles, et qui portaient sur, une question de change. L'abbé dut publier une brochure pour mettre les faits sous leur vrai jour. En 1827, il avait envoyé au Canada un million et demi de livres, valeur française, qui représentait environ le tiers des réclamations. Il continua sou gigantesque travail jusqu'en 184:4, année de sa mort. Dans l'intervalle, il était allé résider à Rome, où il devait finir ses jours. Le Père Galerni recueillit tous les dossiers de l'afiàire, et transmit à Québec les comptes, qui furent définitivement approuvés en

Les derniëres années de M. Thavenet dans la Ville-Eternelle furent peu mouvementées. Son plus grand plaisir consistait à recevoir les pèlerins canadiens, à visiter avec eux les basiliques et les sanctuaires si intéressants de la Rome chrétienne. Luimême savait profiter de toutes les occasions de faire le pèlerinage aux tombeaux des saints, les jours où l'Eglise célèbre des anniversaires mémorables. Lorsqu'il décéda, il logeait au couvent des Saints- Apôtres. Il était âgé de 81 ans.

Ce digne prêtre était d'un abord très agréable. Sa conversation spirituelle et pleine de traits le faisait rechercher par tous ses confrères. On vante sa piété et son inépuisable charité. Mais l'œuvre capitale de sa vie fut son dévouement de trente années aux intérêts de nos communautés.

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