‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 30 sur 81 · L'ABBE CLAUDE RIVIERE, P. S. S · texte numérisé non relu

L'ABBE CLAUDE RIVIERE, P. S. S

îsTaquit le 4 mai 1766, à Rouanne, dans l'ancienne province de Forest, au diocèse de Lyon, et ordonné à Lyon même, le 29 mai 1790. Arrivé à Montréal avec le groupe des Onze, l'abbé Rivière fut chargé de la classe des mathématiques, d'où il fut bientôt transféré à celle de rhétorique. On le plaçait dans son véritable élément. Lettré lui-même, il sut communiquer à ses élèves le goût de la littérature. Il enseigna jusqu'à sa mort, et à travers ses leçons il composait des pièces de vers d'assez longue haleine. Souvent ces pièces n'étaient que de circonstance, à l'occasion d'une distribution de prix, ou de la fête d'un supérieur. Il mettait dans ces compositions un talent réel ; que ce fut prose ou vers, toute manière lui était égale. Il toucha à différents genres : la chansonnette, la cantate, l'ariette. Ces poésies, quelque légères qu'elles fussent, prenaient, sous sa plume, une tournure sérieuse, rendue agréable par l'éclat des images et l'harmonie du style. En outre de cela, l'abbé Rivière avait un goût prononcé pour la musique, de sorte qu'on aurait pu le comparer aux anciens bardes français. Ses élèves n'oublièrent jamais les accents de cette lyre toujours vibrante, qui les tint sons le charme pendant des années entières. Elève de M. Rivière, quel délice ! Ses vingt-cinq ans de professorat marquent une des épo-

ques les plus brillantes de la littérature au collège de Montréal. C'était un professeur de haute volée, et il avait le feu sacré.

" Les grands talents de M.' Rivière, a écrit le Dr Meilleur, l'auraient fait briller à la chaire, s'il eut pu y donner son temps. Les quelques discours qu'il prononça lui firent une belle réputation. T7n tact exquis, une grande élévation d'idées, une droiture et une sûreté de jugement, en faisaient un orateur remarquable, mais aussi sa foi vive et profonde, sa belle et douce piété, son éiocution naturelle, plaisaient par-dessus tout aux auditeurs et le faisaient écouter ayec avidité."

L'abbé Rivière fut enlevé prématurément à l'affection de ses élèves et de ses confrères. Il mourut presque subitement dans la nuit du lundi, 10 juillet 1820, d'une inflammation intestinale. Le dimanche, il avait ofiâcié à l'église paroissiale, et dans l'aprèsmidi, il avait pu consacrer quelques heures aux fonctions du ministère. Le lundi, bien qu'indisposé, il avait eu le courage de faire sa classe. La nuit suivante, il expirait dans des convulsions douloureuses. Il n'avait que 54 ans. Le lendemain, après la prière du matin, M. Roque, directeur du collège, annonça aux élèves ce pénible événement, puis en terminant sa courte allocution, il ajouta : " I^ous l'aimions beaucoup, vous aussi l'aimiez beaucoup, mais il vous aimait encore bien davantage."

L'ABBE ANTOINE SATTIN, P. S. S.

L'abbé Sattia naquit à Lyon, et fut baptisé à la paroisse de Saint-iN'izier, le 10 février 1767. Il fit ses études classiques et théologiques au séminaire de Saint-Irénée, à Lyon, et il fut ordonné, le 19 mars 1791, pour s'attaoher aussitôt à la congrégation de Saint-Sulpice. L'orage révolutionnaire le jeta d'abord sur le sol de Suisse. Son séjour là-bas ne fut que temporaire, car on le voit bientôt, obéissant aux ordres de son supérieur, se diriger vers l'Angleterre, et puis se joindre à dix de ses confrères, fils de M. Olier, en partance pour le Canada. A Moutréal, il fut successivement employé au ministère paroissial, puis à l'enseignement, pendant vingt et un ans. En 1815, il fut nommé chapelain de la section des pauvres de l'Hôpital-Général, fonction qui était alors remplie par l'abbé Chicoineau, devenu vieux et malade. A la mort de ce dernier, en 1818, M. Sattiu lui succéda pour le service spirituel de tout l'hôpital, des religieuses, des vieillards, des enfants et des infirmes. M. l'abbé Sattin consacra les dix-huit dernières années de sa vie à cette œuvre, qui exige autant de prudence que de vertus et de dévouement. L'Hôpital-Q-énéral a conservé un excellent souvenir de ce bon prêtre, de ce chapelain si zélé et si charitable. Une note, tirée des archives du couvent, fera mieux ressortir le caractère de M. Sattin ; elle suppléera,

du reste, à beaucoup de renseignements qui nous faisaient défaut.

"*A une dignité modeste M. Sattin joignait une exquise bonté d'âme. C'était un besoin pour lui de se dépenser au • service du prochain ; il avait pour les pauvres la plus tendre compassion. Voyait-il parmi eux quelques natures plus ignorantes, ou plus rebelles ou plus indifférentes, il mettait tout en œuvre pour les éclairer, les instruire de leurs devoirs, et par mille pieuses industries s'ingéniait à les rendre meilleures et à les remettre soijs la puissante et bénigne influence de la vertu. Sous ses soins, les jeunes orphelines étaient formées de bonne heure à la vertu. Il multipliait pour elles ses pieuses exhortations, leur faisait régulièrement le catéchisme et les préparait avec grand soin à la réception des sacrements.

" M. Sattin avait une grâce particulière pour la direction des religieuses. Il excellait à façonner les cœurs à ce qu'il y a de plus crucifiant et de plus austère pour la nature, dans la religion. Sous sa conduite, les âmes subissaient, presque sans s'en douter, une heureuse transformation, et, en peu de temps, se trouvaient initiées et pliées à toutes les immolations journalières de la vie intérieure.

" Telle était l'importance qu'il attachait à la pratique de la charité et à l'union des cœurs, qu'il faisait principalement consister la perfection de chaque membre de la communauté dans une application constante à ne blesser en rien cette reine des vertus. Il ne négligeait aucun moyen pour la faire régner en souveraine, et il voulait que, par une estime

et une afiection mutuelles, toutes goûtassent la douceur d'une dilection toute fraternelle en l'amour de notre Seigneur.

" M. Sattin était d'une taille moyenne ; bien qu'il fût d'une complexion délicate, il avait néanmoins le teint animé et le port droit. Ses manières aisées, son abord facile, ses lèvres habituellement souriantes, trahissaient l'inaltérable bonté de son cœur, et inspiraient la confiance, tout en commandant le respect.

" M. Sattin était dans sa 65ème année quand notre communauté entreprit de démolir les murs de la vieille église pour l'agrandir et la reconstruire à neuf. Il se chargea de conduire les travaux, après avoir lui-même tracé le plan de l'architecture. Cette tâche, jointe à ses autres occupations, était fort audessus de ses forces, et, tout en admirant son dévouement, nos sœurs n'étaient pas sans inquiétude de le voir succomber à un excès de fatigue, car il ne se donnait plus un seul instant de repos. Dès qu'il avait satisfait aux devoirs de son ministère, on le voyait se rendre en toute hâte auprès des ouvriers, escalader lés échafauds, déployer une activité beaucoup trop soutenue pour son âge et sa faible constitution. !N"on content de surveiller les travaux, ce bon père fit faire, à ses frais, de jolies décorations à fresque et un superbe baldaquin au dessus du maîtreautel.

" Ce dernier don allait mettre le sceau à ses générosités et à son dévouement.

" En mai 1836, sa santé commença à donner de vives inquiétudes. Un assoupissement presque continuel chez un homme aussi actif qu'était le père

Sattin, ne pouvait être que d'un mauvais augure et faisait appréhender soit la paralysie, soit l'apoplexie. Ces craintes ne se réalisèrent que trop tôt. Dans la journée du 1er juin 18S6, le saint vieillard eut une attaque de paralysie, qui fut suivie de plusieurs autres. Il languit ainsi jusqu'au 23 du même mois, où il expira doucement dans la 70ëme année de son âge, et la 46ëme année de son sacerdoce.

Il avait donné dix-huit années de services et de soins pieux à notre chère communauté, il en emporte les plus profonds regrets."

M. Sattin est l'auteur d'une Vie de madame d' Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité de Villemarie. Il entreprit de composer cet ouvrage en 1828, mais il le conserva en manuscrit. Il est intitulé : Vie de madame d' Youville, fondatrice et première supérieure de l'Hôpital-Général de Montréal et des sœurs de la Charité dites Sœurs-Grises. L'auteur se horne à raconter ce qu'il a appris delabouchie même des bonnes sœurs, sans trop insister sur les œuvres accomplies par l'émiuente fondatrice de leur communauté. C'est plutôt l'histoire des Sœurs-Grises que l'histoire de madame d' Youville.

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