‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 32 sur 81 · L'ABBÉ FRS-MAEIE ROBIN; P. S. S · texte numérisé non relu

L'ABBÉ FRS-MAEIE ROBIN; P. S. S

Originaire du diocèse de Lyon, M. Eobin était né, en 1768, de parents à l'aise et très honorables. Apres avoir suivi le cours classique ordinaire, il entra au grand séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, et il y reçut les ordres sacrés le 21 août 1791. Trois ans après il rejoignait à Londres le groupe des Sulpiciens dirigé vers le Canada par M. Emery.

A son arrivée à Montréal, M. Robin dut s'occuper des fonctions du ministère, en qualité de vicaire à la paroisse de ÎTotre-Dame. C'était un homme débile, bien que robuste en apparence. Grand de taille, il portait en sa personne un air de grandeur et de dignité qui en imposait. Bientôt il crut s'apercevoir que sa santé se détériorait dans ce milieu de Montréal où, durant la saison d'été, l'atmosphère très chaude n'est pas toujours suffisamment saine. H lui semblait que l'air de la campagne conviendrait mieux à ses poumons affaiblis, et partant de là, il courut ofîrir ses services à Mgr Denaut, qui, comprenant ses raisons, l'envoya à la mission de Saint-François de la ÎTouvelle-Beauce. C'était une paroisse encore peu développée, où la besogne ne pouvait être épuisante. M. Robin y fit son entrée au mois d'octobre 1798.

A Saint -François, M. Robin demeura pendant quatre ans, au cours desquels il dut lutter avec la

plus grande énergie contre le mal qnî le minait len- "tement, mais sûrement. Par malheur il lui fallait faire de longs trajets dans des voitures mal suspendues, par des chemins à peine ouverts, avec une température parfois désagréable. Le curé ne se plaignit pas, mais il demanda une paroisse moins étendue et moins populeuse. Il eut l'Ile aux Coudres. C'était bien l'idéal de la paroisse aux humbles proportions, habitée par une population morale, dévouée au clergé, ignorant le luxe et le superflu. Le nouveau curé y eût certainement goûté les plaisirs avant-coureurs des joies du paradis, s'il eut joui d'une bonne santé. Mais, ici comme à Saint-François et à Montréal, la maladie le harcelait, sans lui donner de lasse. Deux ans aprës son arrivée à l'Ile aux Coudres, M. Robin s'éteignait doucement, après avoir reçu les derniers secours religieux de l'abbé Marcheteau, curé des Eboulements. Le même présida à ses funérailles.

M. le grand vicaire Mailloux rapporte un trait assez curieux de ce prêtre, dont le caractère était devenu, à la longue, quelque peu aigri par les souffrances corporelles. Quand il avait béni un mariage, il ne manquait jamais de dire au nouveau marié d'un ton un peu rude : " Donne-moi six francs ; prends ta bête et va-t-en." C'était parler assez crûment ; l'impression qu'en devaient remporter avec eux les conjoints ne pouvait lui être bien favorable.

M. Mailloux rapporte encore, d'après une tradition, que M. Robin reçut un jour la visite d'un de ses paroissiens, qui lui dit pour premier bonjour : " M. le curé, je viens parler latin avec vous." Or,

cet homme était illettré et encore moins linguiste. " Qu'est-ce que tu connais eu latin ? " lui dit le prêtre, plus vexé que surpris. — " Dieu, ça se dit Deus en latin, et le Seigneur se dit Dominus, n'est-ce pas vrai? — " Oui, c'est vrai, et puis continue?" dit le le curé. — "Je n'en sais pas plus long, répartit l'autre, mais c'est assez pour vous prouver que je puis parler en latin. " Là-dessus M. Robin prit son homme par le bras et le congédia sans cérémonie, en lui conseillant de ne plus se montrer devant lui.

M. Robin était sorti de l'Institut de Saint-Sulpice le 28 septembre 1798, au moment même où il allait prendre possession de la cure de St-François.

ii'ABBE JEAN-LS MELCHIOR SAUVAGE DE CHATILLONNET, P. S. S.

"Né le 6 janvier 17t58 à Belley, M. Sauvage appartenait à une famille des plus distinguées par la fortune, par la naissance, par la dignité des charges et surtout par les qualités dii cœur. Il était l'aîné de la famille. Une éducation très soignée dans le séminaire diocésain de la ville du Puy, ne fit qu'accroître chez ce jeune homme, formé de bonne heure à toutes les vertus, des dispositions manifestes pour l'état ecclésiastique. Après avoir suivi un coure brillant de théologie chez les Sulpiciens, il prit ses degrés en Sorbonne, puis il fut admis à la prêtrise, le 6 novembre 1791, en pleine révolution. Comme bien d'autres, il dut, plutôt que de trahir sa concience, prendre le chemin de la prison, en attendant qu'on lui fît un sort plus misérable. C'est à Lyon qu'il fut envoyé, et là il consacra les prémices de son apostolat à préparer à la mort ses compagnons d'infortune. Elargi quelque temps après, par nous ne savons quelle influence bienfaisante, il prit aussitôt le chemin de la Suisse, où il ne fit qu'un bref séjour. Appelé par ses supérieurs à se rendre au Canada, l'abbé Sauvage n'hésita pas un seul instant, et il rejoignit le groupe des Sulpiciens qui, en 1794, vinrent demander l'hospitalité canadienne.

En 1796, il fut chargé de la mission du Lac des

Deux-Montagnes, puis de la paroisse de Saint-Benoit, dont il fut le premier curé. En 1803, il retournait au séminaire de Montréal. Pendant près de quarante ans il se dépensa à l'éducation de la jeunesse, et surtout à sa formation religieuse. C'était un saint prêtre et un éducateur de premier, ordre ; ce double titre donnait à sa parole une autorité supérieure.

M. l'abbé Sauvage s'éteignit paisiblement dans le Seigneur, le 6 septembre 1841, dans la 73e année de son âge et la 49e de son ordination. Il était l'un des derniers survivants des quarante-cinq ecclésiastiques que le flot révolutionnaire avait jetés sur nos plages.

Mgr Plessis en parle incidemment dans le récit de son voyage d'Europe en 1819-1820. Il nous dit que l'abbé Sauvage avait été incarcéré à Lyon, et qu'il y fut retenu captif pendant trois longs mois, et que la Providence sauva ses jours, quand plusieurs de ses confrères furent guillotinés ou fusillés. L'on sait que la ville de Lyon fut une des plus éprouvées par les excès des Constitutionnels. Ayant voulu résister à ces misérables, les Lyonnais durent vite céder devant le nombre. Bientôt on n'entendit plus parler que d'emprisonnements, de. guillotine et d'atrocités abominables commises dans cette ville, si paisible jusque-là. On évalue à 7,000 le chiffre des exécutions de toute nature qui eurent lieu en 1793, dans la seule ville de Lyon. L'abbé Sauvage fut épargné, mais il n'en fut pas moins martyr de la foi, par la résistance qu'il opposa à ceux qui voulurent le déshonorer par un serment inique.

L'ABBE PHILIBERT NANTETZ, P. S. S.

Dans sa Vie de M. Emery, l'abbé Gosselin lui donne le nom de ]5rantel, tandis que Noiseux et Tanguay l'appellent îTantetz. Quoi qu'il en soit de son nom, ce sulpicien appartenait par la naissance au diocèse de Lyon. Il fit son éducation à Lyon et il y fut ordonné en 1794. Tanguay dit que ce fut le 17 août, mais il fait évidemment erreur, car l'abbé îfantetz, arrivé à Québec le 1er septembre, devait être en route pour le Canada, à cette date du 17 août.

!N'ous avons été témoins de l'arrivée à Montréal, en 1793, de l'abbé Le Saulnier. Son supérieur de Erance, M. Emery, l'avait envoyé à la demande de M. Brassier, supérieur de la maison de Montréal, qui avait besoin de sujets pour son séminaire et pour sa paroisse. - M. Emery ne reçut pas la lettre que M. Brassier lui avait expédiée à ce propos, car il était alors détenu à la prison de Sainte-Pélagie, comme prévenu de correspondance anti-révolutionnaire. La lettre fut envoyée à M. Gazaniol, ancien supérieur du séminaire sulpicien de Lyon, qui résidait alors dans le Valais. M. Emery l'avait nommé vicesupérieur, peu de temps avant son incarcération. M. Gazaniol choisit alors quatre anciens directeurs, auxquels il associa sept jeunes prêtres, qui se destinaient à la Compagnie. L'embarras consistait à trouver l'argent nécessaire aux frais de voyage de

ces douze ecclésiastiques. L'abbé !N'antetz, probablement le plus jeune de tous, offrit généreusement dix mille francs qu'il tenait de son père, et dont il ne voulut jamais recevoir le remboursement. Il courut s'embarquer en Angleterre, où ses compagnons s'étaient rendus d'avance afin de se mettre en règle avec les exigences du gouvernement. Mais au lieu de douze qu'ils devaient être, il ne s'en trouva que onze au moment du départ.

L'abbé Nantetz demeura au séminaire jusqu'au mois d'août de l'année suivante. Le climat du Canada semblant être préjudiciable à sa santé, il consulta un médecin, qui lui conseilla fortement de repasser en France. Il partit tout aussitôt, pour ne plus revenir. Ce jeune prêtre n'eut donc pas le temps de donner la mesure de son zèle, mais sa générosité seule doit nous le faire regarder comme un des bienfaiteurs, non seulement de son institut, mais aussi de la colonie tout entière. La somme de dix mille francs n'est pas par elle-même bien extraordinaire, mais dans la circonstance, elle acquérait une valeur inappréciable. Sans M. ISTantetz, que seraient devenus ces dix prêtres exilés ? Que de bienfaits il a accumulés sur notre pays en permettant à ces sulpiciens, si distingués sous tous les rapports, de venir ici déployer leur zèle, et y travailler à l'avancement de la religion et au progrès des sciences, des lettres et des arts !

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