‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 34 sur 81 · L'ABBE PIERRE- JOS. MALA.VERGNE · texte numérisé non relu

L'ABBE PIERRE- JOS. MALA.VERGNE

M. P.-J. Malavergne était déjà ua vieux prêtre lorsqu'il arriva à Québec le 28 mai 1795. Il avait été ordonné eu France, le 22 mai 1763. Après avoir étudié le droit, il éprouva tout à coup le besoin de changer de direction, et il tourna les yeux vers le sacerdoce. Sa première fonction fut d'être attaclié à une collégiale, c'est-à-dire à un chapitre placé en dehors d'un siège épiscopal. Pendant vingt-cinq ans il avait été le confesseur des Visitandines de Bordeaux. Il devint aussi bénéficier de l'église de Saint-Michel, dans la même ville. Appréhendé au corps lors dés troubles de la Révolution, il fut mis en demeure de prêter le serment schismatique, mais il refusa péremptoirement. Le tribunal le condamna à l'échafaud. On assure que M. Malavergne avait onze frères, tous révolutionnaires, et que l'un d'eux trouva moyen de le faire évader de prison à la faveur d'un déguisement, la veille du jour où il devait être exécuté. Quoi qu'il en soit de cette tradition, qui n'est pas invraisemblable, l'abbé Malavergne se sauva en Angleterre, affublé d'un costume de Jacobin. Là il se fit précepteur, et pendant quatre ans, jusqu'à son départ pour le Canada, il dut se contenter de vivre du maigre revenu que lui rapportaient ses leçons.

En arrivant à Québec, l'abbé Malavergne avait

57 ans d'âge, et 32 de prêtrise. Prenant en considération ses états de service, Mgr Hubert le plaça chez les Jésuites, en qualité de procureur du collège, puis, en 1796, il le nomma confesseur des religieuses de l'Hôpital-Général. Ce fut un acheminement au chapelinat, dont il reçut la charge en juin 1797. L'annaliste de cette communauté en parle avec les plus grands éloges :

" Comme directeur spirituel, tout dans notre Père Malavergne inspirait la plus haute estime, la plus entière confiance : la droiture de son caractère, la sûreté de son jugement, sa science approfondie de toutes les matières qui ont rapport à la vie religieuse. Il aimait en Dieu les âmes confiées à son zèle, et il était toujours à leurs services, pour leur donner à propos de suaves encouragements ou de sages conseils. C'était notre Père Malavergne qui enseignait aux jeunes sœurs le» rubriques et le plain-chant. Deux fois par semaine, il donnait des conférences à la communauté ; tous les ans, pendant la retraite de la rénovation, il prêchait deux fois chacun des trois jours, et il lui arrivait fréquemment d'être invité à répéter, dans d'autres églises de Québec, les sermons qu'il faisait régulièrement tous les dimanches, dans la nôtre."

M. Malavergne jouissait d'une excellente réputation comme prédicateur. Le 10 janvier 1799, l'on célébrait à Québec, par une messe solennelle, la vie- . toire de l'amiral îfelson sur N"apoléon à Aboukir. Ce fut à l'Hôpital-Général l'occasion d'une grande fête de la religion. La veille, on avait illuminé le couvent. A la messe du jour, le chapelain prononça

le sermon de circonstance, et en terminant, il s'écria : " Vivent le roi d'Angleterre' et l'amiral E"elson ! " Cette explosion de loyauté ne dut pas faire mal au cœur des quelques Anglais qui avaient été invités à la fête.

M. Malavergne s'occupa activement des affaires temporelles de sa communauté. Il se mit en frais de faire des concessions de terrains dans la seigneurie des Islets, propriété de FHôpital ; il dressa à ce sujet un papier terrier, qui lui coûta une année de travail assidu.

En 1809, M. Malavergne, malade, se démit de ses fonctions de chapelain. Il n'en continua pas moins de résider à l'Hôpital-Général. Il y mourut, le 5 avril 1812, dans la 74e année de son âge et la 49e de son élévation au sacerdoce. Il fut inhumé le 8 dans le sanctuaire de la chapelle, du côté de l'épitre. A sa mort, il ne laissa que quelques meubles, sa bibliothèque qu'il légua aux religieuses, et une montre d'or, qui fut vendue par son ordre pour faire dire des messes à son intention et à celle de ses parents défunts. Arrivé pauvre au pays, car la Révolution l'avait dépouillé de tous ses biens de famille, il mourut pauvre. Son désintéressement était si grand, qu'il remettait chaque année à la supérieure de l'Hôpital, les modestes honoraires que la communauté lui allouait en sa qualité de chapelain.

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