‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 35 sur 81 · L'ABBE CLAUDE -GABRIEL COURTIN · texte numérisé non relu

L'ABBE CLAUDE -GABRIEL COURTIN

Ifé vers 1765, dans le diocèse de Coutances, eu Normandie. Après avoir fait ses études collégiales et théologiques au séminaire diocésain, M. Oourtia fut ordonné prêtre, le 19 décembre 1789, à la veille des malheureux événements qui devaient bouleverser de fond en comble la France religieuse, civile et politique. Mis en demeure de prêter le serment d'allégeance à la constitution nouvelle du clergé, il préféra s'en aller en Angleterre, au risque de souffrir les privations et toutes les misères qui sont le partage le plus ordinaire des exilés. H dut attendre plusieurs années avant de pouvoir passer au Canada, où il ambitionnait de se livrer au ministère curial, contrairement à tant d'autres,que pareille perspective effrayait. "S'étant entendu avec l'abbé Malavergne, et aussi avec Mgr de la Marche, qui payait les dépenses du voyage avec l'argent de Mgr Hubert, l'abbé Courtin put enfin, en 1795, réaliser son rêve, et il arriva à Québec en même temps que M. Malavergne, le 28 mai. Leur premier bonjour fut pour l'évêque. " J'irai où il plaira à Votre Grandeur de m'envoyer, s'écria M. Courtin. Peu m'importe l'endroit, pourvu que je puisse rendre service. Après tout je ne suis pas prêtre pour moi seul ; les gens qui me recevront chez eux, ne verront en moi que le ministre de Dieu ; tout le reste

m'est indifférent." Mgr Hubert lui offrit la cure de G-entilly, humble paroisse qui n'existait que depuis une dizaine d'années. Ce fut la première et la dernière cure du prêtre français. Il l'administra pendant trente-cinq ans avec une sagesse remarquable. Son unique ambition consistait à étendre le royaume de Dieu, et, dans ce but, il crut faire œuvre religieuse et patriotique à la fois en contribuant, pour sa part, à la colonisation des Gantons de l'Est, encore peu connus et peu habités. Un mouvement s'étant produit vers ces' lieux, dont on disait merveille comme paya agricole, le curé de Gentilly en profita pour l'activer et l'aider dans la mesure de ses ressources. Les cultivateurs des paroisses riveraines du fleuve St-Laurent, depuis St-Pierreles Becquets jusqu'à Meolet, s'imaginèrent avec beaucoup de sens qu'ils ne devaient pas perdre l'occasion qui s'offrait à eux de défricher ces terres afin d'y établir leurs enfants. Mais il y avait de sérieuses difficultés à vaincre. Le curé Courtin encouragea les siens du mieux qu'il put, leur promettant même de venir à leur aide, du moins quant à la partie religieuse. Et bientôt l'on vit de jeunes colons partir, la hache au bras, s'enfoncer dans les terres qu'arrosent les rivières Béean court et Nicolet, et s'attaquer aux géants de la forêt avec un courage des plus louables. M, Courtin lui-même, malgré son âge, entreprenait des trajets de six à huit lieues afin d'aller porter les secours de son ministère à ces braves défricheurs, dire pour eux la messe dans des cabanes en bois rond, et les encourager dans leurs indicibles labeurs. Bientôt les cantons de

Maddington et de Blandford furent envahis par ces héroïques pionniers, et la tradition, pieusement recueillie et transmise par les premiers colons à leurs descendants, nous apprend que les missionnaires à l'origine étaient tous des prêtres venus de France, et que les plus anciens clochers des Cantons de l'Est furent celui de Saint-Louis de Blandford, sur la rivière Bécaneourt, et celui de Drummondville.

M. Gourtin fit partie pendant plusieurs années de la corporation du collège de ÎJicolet, depuis son établissement par lettres - patentes en date du 10 décembre 1821. A sa mort, il n'avait pas cessé d'appartenir à ce conseil, et il est facile de comprendre qu'il légua tous ses biens à cette institution, qui lui était d'autant plus chère,qu'un de ses confrères, français comme lui, en était le supérieur. Par son testament, il disposait de son mobilier en faveur des élèves les plus nécessiteux.

M. Gourtin mourut le 16 août 1882, à l'âge de 67 ans. Il avait dû, quelque temps auparavant, abandonner tout travail pour vivre dans la retraite la plus absolue : l'âge, les infirmités qui l'accompagnent, l'avaient terrassé.

Ce prêtre était doué d'un caractère très sympathique ; il était affable envers tout le monde et conciliant en affaires. Ses confrères l'estimaient dans la proportion de ses qualités et de ses vertus. Les paroissiens en ont conservé un long souvenir.

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