L'ABBE JACQUES DE LA VAIYRE
Avant de venir au Canada, M. de la Vaivre avait été, pendant près de trois ans, vicaire à Bissy, dans le diocësedeChâIou8-sur-Saône. Son ordination datait du 6 novembre 1791. C'était donc, en 1795,un tout jeune prêtre, sans expérience ; et, malheureusement, il était doué d'un caractère un tant soit peu léger. On l'avait vu à Londres, en 1794, vivant, comme bien d'autres, de la charité du peuple anglais. Cependant, là-bas, rien qui pût laisser entrevoir la moindre irrégularité dans sa conduite.
A son arrivée à Québec, en 1795, MgrPlessis consentit à le prendre comme vicaire à la paroisse de Notre-Dame. Tout marcha à souhait sous l'œil vigilant de ce curé attentif et prudent. L'année suivante, Mgr Hubert l'envoya dans la Baie des Chaleurs, où étaient déjà rendus les abbés Joyer et Louis- Joseph Desjardins. Il n'y fit pas un bien long séjour, car on le voit bientôt à la desserte de Saint- IsTicolas de Lauzon, puis à Saint-Michel de Bellechasse, en qualité de vicaire auprès du curé Déguise. Partout il se montra actif, laborieux, et même zélé. En 1801, l'évêque l'envoya aux Trois - Rivières comme chapelain du monastère des TJrsulines et assistant du curé de la paroisse. Entre temps, il desservait le Cap de la Madeleine.
Le séjour dans la cité trifluvienne, quelque peu
bruyante qu'elle fût, produisit un effet pernicieux sur l'esprit de ce jeune prêtre porté par tempérament à la frivolité. Les amusements, les promenades l'attiraient plus que les livres sérieux ou les conversations avec ses confrères. Tous ses loisirs étaient consacrés à, ces divertissements qui, sans être rigoureusement défendus, n'en sont pas moins un danger, surtout pour un ecclésiastique obligé par état de mener une vie plus retirée. D'une affaire à l'autre, l'imprudent aumônier finit par provoquer sur son compte des remarques disgracieuses, auxquelles il n'avait que trop donné de prise. L'abbé de la Vaivre se voyant ainsi eu butte aux langages, crut bien faire en mettant la mer entre sa personne et le Canada. Il partit en toute hâte pour son pays natal, le 15 juillet 1803, laissant après lui une réputation quelque peu avariée. Plusieurs de ses confrères et compatriotes auraient préféré le voir rester au pays, afin qu'il pût- se refaire dans l'opinion par une tenue plus conforme à l'état ecclésiastique.
Entré dans son pays, l'abbé de la Vaivre s'enferma dans une maison de retraite. Il y passa le reste de sa vie dans l'exercice de la mortification et de la pénitence. M. le grand vicaire Desjardins, rapatrié aussi, écrivait, quelques années plus tard, que ce pauvre prêtre expiait, avec des larmes de repentir, la légèreté de sa conduite sur le sol canadien.
De tous les prêtres français réfugiés au Canada, il est le seul qui ait donné une fausse note dans le concert si harmonieux, où tous les autres ont joué une partie admirable. O fragilité humaine, voilà de tes coups !