L'ABBE JEAN RAIMBAULT
M. Jean Raimbault vit le jour le 4 février 1770, dans une des paroisses de la ville d'Orléans, Ce fut au collège de Meung qu'il suivit son cours classique, avec un grand succès, si on en croit le témoignage de M. le grand vicaire Desjardins, qui l'avait connu et vu à l'œuvre. M. Raimbault prit la soutane immédiatement après avoir termirié ses études collégiales. Mgr de Jarente, alors coadjuteur de l'évêque d'Orléans, lui donna la tonsure. Dans le même temps, il occupait la charge de répétiteur pour la classe de pliilosopliie. C'était, de la part de ses supérieurs, une marque de confiance en ses talents et en sa capacité. Le jeune lévite s'était mis à la besogne avec toute l'ardeur de ses vingt ans, sans se douter qu'une révolution terrible allait bientôt éclater sur la France, et décimer le clergé, depuis le plus humble séminariste jusqu'au cardinal le plus illustre. L'abbé Raimbault en cette occurrence suivit l'exemple de beaucoup d'autres ; au lieu de prêter le serment qu'on exigeait d'eux, ils préférèrent quitter provisoirement l'habit ecclésiastique et rentrer dans le monde, en attendant des jours plus sereins. Mais, si, en ôtant sa soutane, le séminariste se mettait à l'abri des persécuteurs de l'Eglise, il n'en restait pas moins sous le coup de la conscription. Il n'hésita
pas cependant, et pour ne pas toniber dans l'irrégularité canonique, il réussit à obtenir la place de clerc d'un chirurgien de régiment.
Le 6 octobre 1793, M. Raimbault quittait Orléans pour Paris, où il devait rejoindre ses compagnons d'armes. Parmi ceux-là se trouvait Charles- Vincent Fournier,un ami de collëge, pourvoyeur dansle même régiment et qui, à son instar, avait revêtu l'habit laïque dans le but d'éviter le serment schismatique. Les liens d'une étroite amitié devaient se resserrer dans la vie des camps, se continuer ensuite et ne finir qu'avec la vie de ces deux hommes, si bien faits pour se comprendre.
Le régiment partit bientôt pour la Belgique, dont la France voulait s'emparer. Accoutumés déjà à vivre de la vie de séminaire, nos deux jeunes gens ne trouvaient guère de charme dans cette nouvelle atmosphère, si peu appropriée à leur vocation. Ils résolurent de s'évader à la première occasion favorable. Celle-ci ne pouvait longtemps tarder. Une nuit ils abandonnèrent leur poste, sans se préoccuper des dangers d'une pareille conduite. Liège fut leur première étage, puis Bruxelles et Anvers. M. Fournier se dirigea ensuite vers Francfort, en Allemagne, et son compagnon traversa en Angleterre où, disaiton, il était plus facile de vivre. M. Raimbault arriva à Londres, le 12 juillet 1794. Mgr de la Marche lui trouva bientôt de l'emploi dans une. famille, comme précepteur de français. Il sut profiter de sa nouvelle position en apprenant la langue anglaise, au cours de l'année suivante, pendant laquelle il put mener une existence assez agréable, à Pabri de la misère.
Ayant ouï dire que l'évêque de Saint-Pol de Léon cherchait des prêtres pour le Canada, il offrit ses services, qui furent agréés.
M. Raimbault s'embarqua à Portsmouth le 1er juin 1795, arriva à Québec le 6 juillet, et s'empressa d'aller s'enfermer au presbytère de Longueuil, chez l'évêque Denaut, coadjuteur de Mgr Hubert depuis le mois de mai de l'année 1794. Le 19 de juillet, M. Raimbault recevait les ordres mineurs, et le dimanche suivant, Mgr Denaut l' élevait au sacerdoce. Comme on voit, tout avait marché rondement, et même pourrait-on dire, avec une célérité un peu extraordinaire. Mais le séminariste d'Orléans était muni de lettres testimoniales tellement flatteuses, que l'évêque ne crut pas devoir hésiter à l'admettre dans les rangs de son clergé.
A l'automne, M. Raimbault entra au séminaire de Québec, comme professeur. On avait foi en ses connaissances variées et en ses aptitudes pour le professorat. Du reste M. Desjardins l'avait chaudement recommandé auprès des directeurs. Après deux années d'enseignement, M. Raimbault se trouvant un peu fatigué, demanda un changement de vie. Mgr Hubert, alors retiré au Château-Richer, en fit son secrétaire et son vicaire. Mais la maladie força bientôt le Prélat, déjà vieux, à s'interner à l'Hôpital- Général, et son secrétaire fut chargé de la cure de l'Ange-G-ardien. M. Raimbault devait y séjourner pendant les huit années qui suivirent. Ce furent autant d'années de bonheur, consacrées au travail. Cet excellent prêtre savait unir, aux nombreuses consolations du devoir curial, le contentement de pou-
vofr disposer d'heures entières à l'enseignement privé des sciences et des lettres. Son presbytère fut ouvert à sept ou huit jeunes élèves triés sur le volet, et dont le principal objectif consistait à se perfectionner dans leurs études ou à en poursuivre le cours. Les plus remarquables de cette phalange distinguée furent Henry Hardinge, natif d'Angleterre, et qui plus tard fut élevé à la pairie, après avoir occupé les plus hauts grades dans l'administration et dans l'armée anglaise, et Charles-François Painchaud, fondateur du beau et florissant collège de Saint- Anne de la Pocatière. Les leçons du maître avaient pénétré si profondément dans l'esprit de ses élèves, qu'ils s'accordèrent tous à lui attribuer le mérite de leurs succès.
En 1805, M. Raimbault fut transféré à la cure de la Pointe-aux-Trembles, près Montréal.
L'année suivante, 1806, marque dans la vie de M. Raimbault une ère toute différente, remplie de responsabilités nouvelles, et dont il fut tout le premier à sentir le poids. Mgr Plessis voulait faire de l'école paroissiale de !N'icolet un collège où la jeunesse du district avoisinant put se former en vue du sacerdoce. Or, l'on ne transforme pas du jour au lendemain, une école, si bien fondée qu'elle soit, en un collège, même lorsque les ressources pécuniaires ne font pas défaut. Le Prélat comptait pour arriver à son but, plutôt sur la Providence que sur l'argent. Ce qui lui fallait aussi, c'était un homme qui pût entrer dans ses plans et les exécuter ponctuellement. Cet homme, il crut l'avoir sous la main en la personne de M. Raimbault, et il ne se trompait pas.
On connaît l'œuvre de M. Raimbault comme supérieur du collège de Mcolet, de même que personne -n'ignore le dévouement du grand évêque Plessis pour une institution qui lui était si chère. On ne saurait établir lequel de ces deux hommes déploya le plus de zèle afin d'asseoir Nicolet sur des bases inébranlables. Si Mgr Plessis sut pourvoir à tous les détails des constructions, s'il contrôla la question financière de façon à ce que personne ne soufirit par la suite, si,enfin,il apporta à l'ensemble de l'œuvre son concours intelligent, M. Raimbault, de son côté, fut l'âme de la maison, il ouvrit à l'enseignement des horizons nouveaux, il fit de IN'icolet la noble institution à laquelle toute une élite est fière d'appartenir. Et, comme corollaire, nous pouvons ajouter, sans craindre la contradiction, que iNicolet n'aurait jamais atteint les proportions qu'il a aujourd'hui, ^'il eut été privé à son point de départ de la coopération de ces deux personnages. Wj eût-il en outre, que l'œuvre de M. Eaimbault, à l'exclusion de ce qu'ont pu faire de beau et de grand ses compatriotes et confrères réfugiés au Canada, que nous serions justifiables de croire à l'intervention de la Providence dans cette immigration d'ecclésiastiques français.
Tout en s'occupant des moindres détails de la vie de son collège, M. Raimbault apportait au ministère des âmes tout le soin que réclamait son titre de curé de Kicolet. Comme il possédait la langue anglaise, il consentit même à porter les secours religieux aux colons et aux soldats fixés à Drummondville. Tous les ans, il entreprenait cette course de plusieurs lieues à travers les bois, sans se préoccuper de la fatigue et
des misères. Tout cela afin d'obéir à Mgr Plessis, qui exigeait beaucoup de ceux qu'il savait capables de donner beaucoup. Ceux-là, il les connaissait bien.
M. Raimbault eut un jour la velléité de retourner en France. Sollicité par sa famille, il croyait sans doute remplir son devoir en se rendant auprès d'elle afin d'y passer le reste de son existence. Certes, le motif était louable, mais que de liens le retenaient au Canada, surtout à cette maison de Nicolet, dont il avait été, sinon le fondateur en titre, du moins le bienfaiteur insigne par sa sollicitude non lassée à la faire marcher de progrès en progrès. L'arbrisseau que l'évêque avait confié à ses soins, n'était-il pas devenu un arbre vigoureux et puissant ? Mais, tout bien considéré, comment Mgr Plessis eût-il pu consentir au départ définitif de ce supérieur, qui était, dans son collège, la cbeville ouvrière, l'âme de tout ce qui s'y produisait de noble et de grand ? Mgr Plessis s'y opposa, comme il le devait, et M. Raimbault n'en parla plus, sachant bien que toute nouvelle démarche dans ce sens aérait inutile et chagrinerait son supérieur.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce saint prêtre, cet habile éducateur, cet ami de la jeunesse, mais nous ne devons pas sortir du cadre tracé. Ajoutons seulement,et pour terminer cette imparfaite biographie, l'éloge que vient d'adresser Mgr Dou ville à la mémoire de celui qui fut son devancier comme supérieur de Nicolet. " M. Raimbault, dit-il, avait toutes les qualités nécessaires, science, prudence, sagesse, dévouement, zèle, piété, et de plus la con-
fiance de ses supérieurs, de ses confrères du clergé et du public en général, pour faire honneur à cette charge (celle de supérieur) et donner du renom à la maison aux destinées de laquelle il présida durant de si nombreuses annéees."
M. Raimbault disparut de la scëne du monde, le 16 février 1841, sans bruit, comme il avait vécu» pleuré par ceux qui l'avaient connu, et regretté depuis comme un des plus éminents bienfaiteurs du peuple canadien.
L'ABBE FRANÇOIS LEJAMTEL DE LA BLOUTERIE
Né le 10 novembre 1757, près de Granville, en N^ormandie, dans le diocèse d'Avranches, François Lejamtel de la Blouterie entra à l'âge ordinaire au collège diocésain et y fit un cours brillant. Il se distingua au milieu de ses condisciples par sa piété douce et résignée, comme son caractère. Il fut ordonné prêtre, le 14 juin 1783, et puis agrégé par son évêque, Mgr de Talaru de Chalmazel, au séminaire du Saint-Esprit de Coutances, qui s'était chargé de fournir des prêtres aux missions françaises dans les colonies. Le jeune prêtre ne tiarda pas à se voir assigner une mission qui lui permit de déployer son zèle. Ce fut celle des îles Saint- Pierre et Miquelon, à l'entrée du golfe Saint-Laurent. Il y avait là des difficultés à vaincre, au milieu d'une population assez indifférente en matière religieuse. Cependant, le nouveau curé sut conquérir l'estime générale par son urbanité et par sa douceur. Malheureusement, la tourmente révolutionnaire vint troubler la paix et briser l'harmonie qui semblaient régner entre pasteur et troupeau. Les autorités de l'île voulurent faire prêter à M. Lejamtel le fameux serment d'allégeance à la Constitution civile du clergé. Le curé refusa énergiquement de jurer contre les dictées de sa conscience. Cet acte de courage lui
valut bien des déboires. Quelques insulaires malintentionnés le menacèrent de lui faire un mauvais parti s'il ne prenait la fuite. Il disparut devant l'orage et il se cacha dans les bois. Bientôt ce groupe de persécuteurs revint de son emportement, après avoir compris que ce prêtre persécuté n'était pas aussi coupable qu'on l'avait représenté. Otr courut à lui pour le réintégrer dans ses fonctions.
Quelque temps après, un vaisseau français vint aborder aux rivages de l'île Saint-Pierre, et l'équipage contraignit les deux commandants de terre et de station, sous peine de mort, à expulser le calotin (expression des temps révolutionnaires) s'il persistait à refuser le serment. M. Lejamtel tint bon. Dès lors les officiers le forcèrent à. s'évader, tout en le félicitant privément de sa noble conduite ; ils facilitèrent même son évasion.
M. Lejamtel arriva à Québec au mois d'août 1795. Mgr Hubert le nomma immédiatement missionnaire au Cap-Breton, avec la desserte de plusieurs petits villages situés sur les côtes de la !N"ouvelle-Ecosse. M. Lejamtel alla fixer sa résidence à Aricbat. Pendant vingt-trois ans, il arrosa de ses sueurs ce vaste champ, confié à sa sollicitude par l'autorité religieuse. Il fut l'apôtre par excellence de cette immence contrée, de desserte difficile, ne rêvant que le bonheur et le bien-être de ses ouailles.
En 1819, Mgr Plessis appela à lui M. Lejamtel pour l'envoyer à Bécancourt comme curé. Bien qu'il commençât à se faire vieux, il n'en continua pas moins son œuvre de labeurs. Son zèle ne diminua en rien sur ce nouveau théâtre, et sa vie fut
toujours ce qu'elle avait été jusque-là, humble et austëre.
L'année 1833 marquait le cinquantième anniversaire de l'ordination de ce saint prêtre. Les citoyens de Bécancourt et les curés voisins ne consentirent pas à laisser passer inaperçu un jour si solennel, et ils voulurent en profiter afin de lui témoigner leur attachement et leur aflrection. La fête du 10 juin fut splendide. Un grand nombre de prêtres et de citoyens lui apportèrent le tribut de leurs félicitations et de leurs hommages. Tous voulurent, en ce jour de bénédiction, faire mieux comprendre la vérité de cette parole de l'Ecriture : Quiconque s'abaisse sera élevé.
L'humble M. Lejamtel vécut encore deux ans, mais complètement en dehors du ministère curial. Sa santé de plus en plus débile l'avait forcé de recourir à une retraite mille fois gagnée. Il mourut le 22 mai 1835, â l'âge dé 77 ans et 7 mois, comme il avait vécu, dans l'humilité, et sans laisser d'autre trace que la grande somme de bien qu'il avait distribué aux catholiques du diocèse de Québec. Le séminaire de iNicolet recueillit, après sa mort, l'argent qu'il avait destiné à la cause de l'éducation.
L'ABBE ANTOINE HOUDET, P. S. S.
M. l'abbé Houdet était natif de la ville d' Augers. Sa naissance remonte vers l'année 1765. I^ous ne connaissons rien de lui avant son ordination, qui eut lieu le 27 septembre 1788. Agrégé à Saint-Sulpice, il dut suivre la fortune de plusieurs de sea confrères que leur supérieur dirigea vers l'Amérique à l'époque de la révolution. Il arriva, le 21 janvier 1796, seul de son institut, mais accompagné d'un prêtre français, l'abbé Urbain Orfroy, que nous retrouverons plus tard. (1)
M. Houdet trouva de l'emploi dans le séminaire de MontréaL II fut nommé professeur de rhétorique, et il en assuma les fonctions avec joie, car il se sentait dans sa sphëre. L'enseignement avait pour lui un charme particulier, et il resta professeur toute sa vie. Il a rédigé conjointement avec MM. Sattin et Rivière, une grammaire latine et une française, qui, pendant plus de soixante ans, ont été enseignées au collège de Montréal et dans d'autres maisons d'éducation.-
M. Houdet enseigna en outre la philosophie dans son collège. H ne s'acquitta pas moins heureusement de cette nouvelle besogne, qui cadrait bien avec son profond savoir et sa vaste érudition. M. le docteur Meilleur, parlant de ces Solpicieps français
(1) Voir 7e lettre de l'évêque de Léon.
réfugiés à Montréal, et dont l'enseignement fut le principal objet de leur ambition, en trace un bel éloge : " Honneur et reconnaissance, dit-il, à ces hommes vraiment distingués que la persécution avait forcés de venir à Montréal, demander à leurs pieux devanciers l'hospitalité et le privilège de partager avec eux leurs travaux littéraires et apostoliques. Ils furent accueillis avec un religieux empressement, et jamais, dans la suite, ils ne cessèrent d'être l'objet de la vénération et de la reconnaissance vive et sincère du pays, mais surtout de la population du vaste district de Montréal dont ils étaient à la fois le conseil et le modèle. Comme prêtres et instituteurs de la jeunesse, ils étaient à la hauteur de leur sublime mission, et les nobles traces qu'ils ont laissées, profondes et exemplaires, sont ineffaçables. (1)
M. Houdet mourut^ le 7 avril 1826, à l'âge de 62 ans, plein de mérites, aimé de ses élèves, respecté de tout le monde. On a toujours vanté sa douceur, sa piété, et son talent pour la prédication qui ne le cédait en rien à ses qualités comme professeur. Ses exposés lumineux portaient la conviction dans les cœurs ; sa diction parfaite lui amenait des auditeurs en foule, qui s'en retournaient charmés non moins que réconfortés par des enseignements puisés aux sources les plus pures du christianisme.
(1) Meilleur, Mémorial, pp. 84.
L'ABBE URBAIN ORFROY 1796-1846
M. Orfroy, ou Orfray, ou Offroy, était né à La Fl^clie,diocëse d'Angers, en l'année 1766. Après son ordination, qui eut lieu le 22 décembre 1789, il exerça pendant quelque temps les fonctions curiales dans une petite paroisse que lui avait confiée Mgr du Vivier de Lorry, son évêque. A l'heure où s'ouvrit l'ère de. la persécution, le jeune abbé passa en Angleterre. Il fit à Londres un court séjour; n'y trouvant pas d'emploi, il se trouva désœuvré, et cela lui répugnait. Il se transporta à Guernesey pour y exercer le ministère comme vicaire de paroisse. L'ennui s' emparant de lui, il repassa en Angleterre, et là il ofiïit ses services à l' évêque de Léon, le priant de le diriger vers le Canada ou vers un autre endroit d'Amérique où il put se consacrer aux missions. Le Canada lui fut désigné, et l'abbé Orfroy, ayant trouvé un compagnon de voyage dans la personne de l'abbé Houdet, sulpicien, se mit en route pour l'Amérique. (1) Il arriva à Québec, le 21 janvier 1796. Mgr Hubert l'envoya aussitôt chez M. l'abbé Cazeneuve, curé de Saint-Laurent en l'île de Montréal. Au mois d'octobre 1797, il fut nommé curé de la Pointe-du- Lac, qu'il desservit pendant huit ans. De là il fut transféré dans la mission de la Baie des Chaleurs,
(1) Voir 7e lettre de l'évêque de Léon.
avec Caràquet et Miramichi comme centres d'opération. Ce fut pendant les cinq années de son séjour là-bas qu'il eut l'occasion de lier connaissance et de contracter amitié avec l'abbé Charles-François Painchaud, alors missionnaire de Ristigouché, Carleton, etc. Cette amitié dura aussi longtemps qu'eux, et M. Orfroy en donna des marques sensibles en faisant au collège, fondé à Sainte- Anne de la Pocatiëre par M. Painchaud, des legs assez précieux. Aussi M. Orfroy est-il regardé comme l'un des bienfaiteurs de cette institution.
En 1810, M. Orfroy devint curé de Saint-François et de Saint-Pierre du Sud, et en 1811, de Berthier, paroisse voisine. En 181 2 il eut la cure des Trois- Riviêres, où il passa sept ans. " Son arrivée fut accueillie avec bonheur", lisons- nous dans l'Histoire des Ursulines des Trois-Rivières, " M. de Calonne s'appuyait avec confiance sur ce saint homme, son compatriote. C'est surtout lorsqu'on est éloigné du pays natal qu'on renoue avec bonheur les liens qui nous y rattachent. M. Orfroy, homme paisible, charitable, prêtre pieux, rendait à son ancien compatriote tous les services en son pouvoir. L'un et l'autre avaient les yeux fixçs sur Rome et la France ; on se communiquait mutuellement les nouvelles reçues. En 1814, leurs plus ardents désirs étaient réalisés, le souverain Pontife avait revu la "Ville Eternelle ; et la France, leur chère patrie, redevenait franchement catholique. Intérieurement ils en bénissaient Dieu ; mais on ne voit pas qu'il y ait eu chez eux aucune velléité de retourner au pays. Leur mission était tracée ici, et ils s'en acquittaient avec amour.
" Comme curé de notre ville, M. Orfroy était généralement estimé. Son modeste revenu était le patrimoine des pauvres, et son occupation habituelle en dehors de l'exercice du saint ministère, était de surveiller les travaux de réparations et d'embellissement commencés à l'église paroissiale sous la direction de M. le grand vicaire." La zizanie ayant éclaté au sujet des décorations de l'église, M. Orfroy, homme pacifique, préféra se retirer, et Mgr Plessis le nomma à la cure de Saint- Vallier, qui fut son dernier champ d'action. Il y mourut, le 9 octobre 1846, à l'âge avancé de 80 ans et 10 mois.
Ce vénérable prêtre du Seigneur portait beaucoup d'intérêt à l'éducation de la jeunesse. Quelques jeunes gens, mieux dou^s sous le rapport de l'intelligence que sous le rapport de la fortune, méritèrent sa protection. Il en fit instruire plusieurs, entre autres un jeune Cooke qu'il avait placé au collège de Nicolet, pendant qu'il était curé à la Pointe-du- Lac. Cet enfant est devenu plus tard un évêque, le premier évêque des Trois-Rivières.
Pendant près de vingt ans, bien avant le fonctionnement d'une loi d'éducation, M. Orfroy avait soutenu à Saint- Vallier une école primaire. K'on seulement il y consacrait de ses deniers, mais il voyait lui-même à ce que l'instruction fût régulièrement et sagement distribuée à l'enfance.