‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 38 sur 81 · L'ABBE JOSEPH -JEAN -BAPTISTE SAINT -MARC · texte numérisé non relu

L'ABBE JOSEPH -JEAN -BAPTISTE SAINT -MARC

Originaire du pays landais, l'abbé Saint-Marc avait été ordonné le 1er novembre 1785. Il appartenait au diocëse d'Aire et Dax,et fut nommé curé de Grenade sur l'Adour, dans le pays des Landes. En 1792 il passa en Angleterre, et de là il se rendit au Canada, où il arriva le 8 juin 1796. Tout aussitôt l'évêque le nomma chapelain des Ursulines des Trois- Rivières et aumônier de l'hôpital. Il desservit la paroisse du Cap de la Madeleine, depuis l'automne de 1797 jusqu'au mois de janvier 1801. Alors il se retira de nouveau aux Trois-Rivières, dans l'espérance de refaire sa santé un peu délabrée. Mais son plus grand mal consistait en une nostalgie contre laquelle il lutta en vain. L'on pouvait aisément deviner par son langage qu'il retournerait en France, aussitôt que les portes lui en seraient ouvertes. Aussi bien, dès que la paix fut rétablie, il partit pour ne plus jamais revenir. C'était au lendemain de la signature du Concordat. Il s'embarqua le 2 juin 1802, " au grand regret de la communauté ", écrit l'Annaliste des Ursulines des Trois-Rivières ; " celleci eût désiré vivre longtemps sous sa paternelle égide."

M. Saint -Marc, retourné dans son diocèse, fut nommé curé de Mont-de-Marsan, où il est mort en

1842. Son souvenir est resté vivace dans les Landes. Sa famille, qui était de Mont-de-Marsan, y compte encore des membres très honorables, entre autres un neveu, médecin très estimé.

Le passage de ce prêtre français dans la ville trifluvienne laissa des traces bien visibles de son habileté comme de son dévouement. Voici ce qu'on pensait de lui dans l'intérieur du cloître, alors qu'il y exerçait .les fonctions de chapelain. " M. de Saint-Marc est un homme de mérite et d'une vertu distinguée. Monseigneur ne pouvait nous choisir un meilleur directeur que ce jeune ecclésiastique, si mûr déjà, si vertueux et si savant dans les choses de Dieu. On voudrait lui faire oublier l'ancienne France, s'il était possible d'oublier sa patrie."

Le fait est que le nom de cet apôtre du Seigneur est resté en grande vénération aux Trois-Eivières, aussi bien qu'à Mont- de-Marsan. C'était un homme studieux, trës pieux et doué d'une mémoire fort heureuse. Mgr Plessis aimait à lui entendre raconter les divers épisodes de la révolution dont l'abbé avait été lui-même le témoin. Il narrait avec une grande facilité, et ses jugements étaient sûrs et éclairés.

L'ABBE ANTOINE VILLADE

M. Villade était né à Bloxs, le 8 septembre 1768. Il fut ordonné le 7 avril 1792. La même année, il dut prendre le chemin de l'exil, et il arriva à Québec le 28 juin, après n'avoir fait que passer par l'Angleterre. Avant que Mgr Hubert eût été capable de lui trouver une paroisse afin de lui permettre d'exercer son apostolat, il se réfugia à l'Hôpital-Général pour remplacer temporairement M. Gazel. Ce pauvre prêtre était arrivé ici dans le plus profond dénuement. Les religieuses durent intéresser à son sort des personnes charitables ; elles lui procurèrent des vêtements et les objets les plus indispensables.

Le même automne, M. Villade fut envoyé à la cure de Sainte-Marie de la Î^ouvelle-Beauce, en remplacement de l'abbé Joseph Lelièvre-Duval, prêtre canadien. Celui-ci fut appelé, plus tard, à prendre la charge d'aumônier du régiment dit Volontaire Royal Canadien, que lord Dorchester avait fait lever pour le service de Sa Majesté. La paroisse de Sainte- Marie n'était pas alors très populeuse, mais elle était étendue, et difficile à desservir à raison des mauvaises communications. L'abbé Villade vit, au cours des quarante années suivantes, prospérer et grandir sa paroisse. Il la vit aussi se démembrer à plusieurs reprises et former d'autres paroisses, que l'on a vues devenir riches et puissantes. Le fait est qu'il pous-

sait ardemment à la roue, encourageant les défricheurs à combattre les géants de la forêt, aidant les colons au milieu de leurs nombreuses épreuves, les consolant dans leurs détresses sans nombre. Désintéressé, comme tous les héroïques missionnaires qui n'ont d'autre ambition que de voler à la conquête des âmes, M. Villade n'hésitait jamais à ouvrir sa bourse devant un malheur à réparer, une plaie à guérir. Voilà pourquoi il a laissé aprës lui la réputation d'un curé charitable par excellence, d'un colonisateur intelligent et pratique.

En 1837, il dut abandonner sa cure, mais non sa paroisse, pour prendre une retraite forcée. Sa santé était épuisée. Il vécut deux années de plus : ce furent deux années de préparation au grand passage de la triste vie de ce monde à l'éternité bienheureuse. Sa carrière ne fut marquée que par des œuvres de bien. Il avait fondé de sa bourse (£700) le couvent des sœurs de la Congrégation, aujourd'hui florissant. A part son zèle pour l'éducation et la religion, ce prêtre distingué brillait par sa grande urbanité, qui lui attira des amis sincères. Il était doux, gai et spirituel ; mais rien ne fera oublier son désintéressement, sa rare modestie, ni son cou- • rage sans égal à travailler au bien-être spirituel des individus. Des curés de cette trempe méritent bien que le bronze ou le granit rappellent à la postérité le souvenir de leurs bienfaits. Aussi, les citoyens de Sainte-Marie, dans le but de prouver leur reconnaissance à ce bon M. Villade, lui ont-ils fait ériger, dans leur église, une plaque commémôrative avec une inscription résumant sa vie.

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