‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 40 sur 81 · L'ABBE CHARLES -BON AVENTURE JAOUËN, P. S. S · texte numérisé non relu

L'ABBE CHARLES -BON AVENTURE JAOUËN, P. S. S

Voici le premier prêtre breton que nous rencontrons dans les rangs de l'émigration ecclésiastique dirigée vers le Canada. Il était originaire de Morlaix. Son nom a été écrit de plusieurs manières : Jahouin, Jaouhen, Jaouen. Il signait Jaouën. G-uy le Borgne, dans son Armoriai, cite deux anciennes familles de ce nom, l'une de la paroisse de Ploumoguer, l'autre, sieur de Eerlosquet, habitait les environs de Morlaix.

Quand il arriva à Montréal, en 1796, l'abbé Jaouën, qui était Sulpicien, était déjà un homme de cinquante ans ; son ordination remontait au 9 février 1772. C'était un prêtre de grande vertu. Il avait quitté sa patrie pour échapper aux foreurs des Jacobins, et il partit pour le Canada sans y mettre d'objection, tant était parfait son abandon à la divine Providence. Très humble, très mortifié, il acceptait toutes les besognes avec une joie qu'il ne pouvait cacher. Il montra toujours une prédilection toute spéciale pour le ministère des âmes. En chaire, il savait se faire écouter ; ses sermons brillaient surtout par la simplicité unie à la clarté. L'auréole de sainteté qui entourait toute sa personne, lui donnait une autorité particulière, et le faisait rechercher pour l'administration des mourants.

M. Jaouën aimait beaucoup la solitude. Sa cellule était comme un petit cloître, où. il priait et méditait dans le silence. C'est ainsi qu'il put acquérir cet esprit d'oraison propre aux saintes âmes, entraînées vers la perfection chrétienne.

M. Jaouën est mort le 30 janvier 1806, âgé d'environ soixante ans. Sa santé n'avait jamais été brillante ; aussi ses dernières années furent-elles bien pénibles à vivre. Il souffrit sans se plaindre et se dirigea vers la mort d'un œil serein, avec l'espoir d'arriver au port du salut.

Ce saint homme a laissé après lui quelques manuscrits, fruit de ses études constantes dans le domaine ascétique. Ce sont des homélies, des sermons, des instructions pour le peuple ; toutes ces petites œuvres portent en soi l'empreinte du prêtre méditatif et du savant ; toutes sont remarquables par la sûreté de doctrine.

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